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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2306981

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2306981

mercredi 17 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2306981
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantTAJ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 juin 2023, M. C A représenté par Me Taj, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 mai 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours sous astreinte de cent cinquante euros par jour de retard ou de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une incompétence de son signataire ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence de son signataire ;

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale par voie d'exception ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée.

La procédure a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Lamlih.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant indien né le 28 avril 1976, soutient être entré en France en 2 000 et y résider depuis lors. Il a sollicité le 1er octobre 2021 son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 11 mai 2023, dont M. A demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 10 mars 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à M. B, adjoint au chef du bureau de l'accueil et de l'admission au séjour, signataire de l'arrêté litigieux, pour signer, notamment, un tel arrêté. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté manque en fait et doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision portant refus de séjour vise notamment les articles L. 435-1 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne également différents éléments de la situation personnelle de M. A et est ainsi suffisamment motivée. La décision portant obligation de quitter le territoire français vise notamment le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et il résulte des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la motivation de l'obligation de quitter le territoire français se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, dès lors que ce refus est lui-même motivé et que les dispositions législatives qui permettent d'assortir le refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français ont été, comme en l'espèce, rappelées, de mention spécifique pour respecter les exigences de motivation des actes administratifs. Dans ces conditions, l'obligation de quitter le territoire français est suffisamment motivée en droit et en fait. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut de motivation des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A avant de prendre les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné par un jugement du tribunal correctionnel du 23 février 2018 à une peine d'emprisonnement d'une durée de quatre ans pour des faits de violence aggravée par trois circonstances suivie d'incapacité supérieure à huit jours, de violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, d'arrestation, d'enlèvement, séquestration ou détention arbitraire suivi d'une libération avant le septième jours, de violation de domicile à l'aide de manœuvres, menace, voies de fait ou contrainte et qu'il a également été condamné par le tribunal correctionnel de Bobigny en date du 10 septembre 2012 à une amende de cinq cents euros pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis et de conduite de véhicule sous l'emprise d'un état alcoolique. M. A, en se bornant à soutenir qu'il n'a été condamné " que " pour des faits de violences, ne conteste pas les faits précités, particulièrement graves et répétés, en considération desquels il a été condamné par le juge pénal en 2018. Compte tenu de la réitération de faits, pénalement sanctionnés et notamment de faits de violence physique sur des personnes, le préfet de la Seine-Saint-Denis a pu, sans erreur d'appréciation, estimer que la présence en France du requérant constitue une menace pour l'ordre public. Ainsi, le préfet de la Seine-Saint-Denis a pu légalement, pour ce seul motif, refuser, en application des dispositions précitées de l'article L 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de délivrer un titre de séjour au requérant. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi qu'en tout état de cause celui tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés. Il s'ensuit également que le moyen tiré de ce que la décision refusant un séjour est entachée d'un vice de procédure en raison du défaut de saisine de la commission du titre de séjour en méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

7. En cinquième lieu, M. A ne justifie pas de son entrée en France en 2000 ni, par les pièces qu'il produit, résider habituellement sur le territoire depuis lors. En outre, il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile de M. A a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 9 mars 2001, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 27 juillet 2001. L'insertion professionnelle dont se prévaut le requérant, qui ne produit que des fiches de paie allant de juin à décembre 2016, de mars à octobre 2018 et de mars à novembre 2019, est insuffisante. Enfin, il ressort des pièces du dossier que M. A est célibataire, sans charge de famille, qu'il ne démontre être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine et que son comportement, ainsi qu'il a été dit au point 6, constitue une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, le préfet n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale en France de M. A une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le refus de titre contesté méconnaîtrait les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni davantage que cette décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte pour sa situation personnelle.

8. En sixième lieu, il résulte de tout ce qui précède que les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ne sont pas illégales. Le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination est illégale par voie d'exception doit donc être écarté.

9. En dernier, lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

10. Eu égard à la situation de M. A telle que décrite au point 7, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ne méconnait pas les dispositions de l'article L. 612-8 et de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point précédent.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 3 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gauchard, président,

M. Guiral, premier conseiller,

Mme Lamlih, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2024.

La rapporteure,

D. Lamlih

Le président,

L. Gauchard La greffière,

S. Jarrin

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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