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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2308382

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2308382

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2308382
TypeDécision
Formation6ème chambre
Avocat requérantMEUROU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 11 juillet, 20 juillet, 5 septembre et 28 septembre 2023, Mme A B épouse C, représentée par Me Meurou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 juin 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte en lui délivrant, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

en ce qui concerne la décision de refus de séjour :

- elle est signée par une autorité incompétente, car ne disposant pas d'une délégation de signature régulière du préfet ;

- elle est insuffisamment motivée et procède d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est signée par une autorité incompétente, car ne disposant pas d'une délégation de signature régulière du préfet ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

en ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est signée par une autorité incompétente, car ne disposant pas d'une délégation de signature régulière du préfet ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

en ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est signée par une autorité incompétente, car ne disposant pas d'une délégation de signature régulière du préfet ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu consacré par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Boucetta, rapporteure,

- et les observations de Me Raymond substituant Me Meurou, représentant Mme B épouse C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B épouse C, ressortissante algérienne née le 13 août 1976 à Tizi Ouzou (Algérie), est entrée en France le 11 janvier 2013, après avoir transité par l'Italie, sous couvert d'un visa de court séjour. L'intéressée a fait l'objet d'une décision portant refus de séjour, assortie d'une obligation de quitter le territoire français, prononcée le 20 juin 2017 par le préfet des Hauts-de-Seine. Le 14 février 2022, Mme B épouse C a demandé son admission exceptionnelle au séjour en raison de ses attaches familiales. Par l'arrêté attaqué du 5 juin 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté cette demande, a obligé la requérante à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée à l'expiration de ce délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme B épouse C réside en France depuis 2013, qu'elle est mariée depuis le 19 septembre 2020 avec un compatriote, en situation régulière à la date de la décision contestée, qui exerce un emploi d'agent de sécurité depuis juillet 2019, sous couvert d'un contrat à durée indéterminée. Contrairement à ce que mentionne le préfet dans l'arrêté contesté, l'intéressé justifie en outre, par les multiples pièces qu'elle verse aux débats, tels que des factures, des avis d'imposition, son contrat de bail et des quittances de loyer, la réalité de la communauté de vie avec son époux. En outre, Mme B épouse C établit exercer, depuis 2015, une activité professionnelle en tant que garde d'enfants, elle assume d'ailleurs désormais cet emploi dans le cadre de contrats à durée indéterminée auprès de deux familles, qui attestent du sérieux, de l'investissement et du professionnalisme de l'intéressée. A cet égard, elle démontre également avoir perçu et déclaré auprès des services des impôts des revenus excédant le montant du salaire minimum de croissance au moins au cours des trois années précédant la décision attaquée. Enfin, la requérante démontre entretenir des relations étroites avec sa sœur et son frère, lesquels résident régulièrement en France, sous couvert de certificats de résidence d'une durée de dix ans. Dans ces conditions, le préfet, en refusant de lui délivrer un certificat de résidence, a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect à sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être accueilli.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B épouse C est fondée à demander l'annulation de la décision du 5 juin 2023 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un certificat de résidence et, par voie de conséquence, des décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et lui interdisant le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard aux motifs qui le fondent, que l'autorité préfectorale territorialement compétente délivre à Mme B épouse C un certificat de résidence d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au préfet d'y procéder dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette mesure d'une astreinte.

6. Il y a lieu d'enjoindre au préfet d'effacer le signalement de Mme B épouse C du système d'information Schengen dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 100 euros à verser à Mme B épouse C au titre des frais qu'elle a exposés dans le cadre de la présente instance et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 5 juin 2023 du préfet de la Seine-Saint-Denis est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de délivrer à Mme B épouse C un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de Mme B épouse C dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour du 5 juin 2023 annulée, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Mme B épouse C une somme de 1 100 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B épouse C est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B épouse C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Romnicianu, président,

- Mme Dupuy-Bardot, première conseillère,

- Mme Boucetta, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.

La rapporteure,

H. BOUCETTA

Le président,

M. ROMNICIANULe greffier,

Y. EL MAMOUNI

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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