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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2311101

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2311101

jeudi 20 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2311101
TypeDécision
Formation5ème Chambre (JU)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil a rejeté la requête de Mme B A, qui contestait le refus du département de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte mobilité inclusion portant la mention "stationnement pour personnes handicapées". La requérante invoquait divers problèmes de santé (céphalées, arthrose, douleurs dorsales) et une différence de longueur de jambes affectant sa mobilité. Le tribunal a appliqué les dispositions du code de l'action sociale et des familles (article L. 241-3) et l'arrêté du 3 janvier 2017, qui exigent une réduction importante et durable de la capacité de déplacement à pied (périmètre de marche inférieur à 200 mètres ou recours systématique à une aide technique ou humaine). La solution retenue est le rejet de la demande, faute pour Mme A de démontrer remplir ces conditions strictes.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 septembre 2023, Mme B A doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 27 juin 2023 par laquelle le président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis a rejeté son recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la décision du 18 janvier 2023 refusant de lui accorder une carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement pour personnes handicapées ".

Elle soutient souffrir de céphalées, d'une sclérite, d'arthrose au niveau de l'épaule, d'un œil rouge et douloureux et de fortes douleurs en raison d'un pincement discal au niveau du dos. Elle soutient également que la différence de longueur entre ses jambes nuit à sa mobilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 avril 2024, le département de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requérante n'est pas fondée à se prévaloir du droit à la carte mobilité inclusion, mention " stationnement pour personnes handicapées ".

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Baffray, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Baffray a été entendu au cours de l'audience publique, à l'issue de laquelle la clôture de l'instruction a été prononcée, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a adressé à la maison départementale des personnes handicapées de la Seine-Saint-Denis une demande tendant à la délivrance d'une carte mobilité inclusion, mention " stationnement pour personnes handicapées ". Sa demande ayant été rejetée par une décision du 18 janvier 2023, l'intéressée a formé un recours administratif préalable obligatoire qui a été rejeté par le président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis le 30 juin 2023. Par la présente requête, Mme A doit être regardée comme demandant l'annulation de cette dernière décision et la reconnaissance de son droit à cette carte.

2. Aux termes du I de l'article L. 241-3 du code de l'action sociale et des familles : " La carte " mobilité inclusion " destinée aux personnes physiques est délivrée par le président du conseil départemental au vu de l'appréciation, sur le fondement du 3° du I de l'article L. 241-6, de la commission mentionnée à l'article L. 146-9. Elle peut porter une ou plusieurs des mentions prévues aux 1° à 3° du présent I, à titre définitif ou pour une durée déterminée. / () 3° La mention " stationnement pour personnes handicapées " est attribuée à toute personne atteinte d'un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied ou qui impose qu'elle soit accompagnée par une tierce personne dans ses déplacements. / () Les décisions prises par le président du conseil départemental sur le fondement du présent article peuvent faire l'objet d'un recours devant le juge administratif lorsque la demande concerne la mention " stationnement " de la carte () ". Aux termes du IV de l'article R. 241-12-1 de ce code : " Pour l'attribution de la mention " stationnement pour personnes handicapées ", un arrêté des ministres chargés des personnes handicapées, des personnes âgées et des anciens combattants définit les modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, en tenant compte notamment de la limitation du périmètre de marche de la personne ou de la nécessité pour celle-ci de recourir systématiquement à certaines aides techniques ou à une aide humaine lors de tous ses déplacements à l'extérieur ". Aux termes de l'annexe de l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles : " 1. Critère relatif à la réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied : / La capacité et l'autonomie de déplacement à pied s'apprécient à partir de l'activité relative aux déplacements à l'extérieur. / Une réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied correspond à une difficulté grave dans la réalisation de cette activité et peut se retrouver chez des personnes présentant notamment un handicap lié à des déficiences motrices ou viscérales (exemple : insuffisance cardiaque ou respiratoire). / Ce critère est rempli dans les situations suivantes : / - la personne a un périmètre de marche limité et inférieur à 200 mètres ; ou / la personne a systématiquement recours à l'une des aides suivantes pour ses déplacements extérieurs : / - une aide humaine ; / - une prothèse de membre inférieur ; / - une canne ou tous autres appareillages manipulés à l'aide d'un ou des deux membres supérieurs (exemple : déambulateur) ; / - un véhicule pour personnes handicapées : une personne qui doit utiliser systématiquement un fauteuil roulant pour ses déplacements extérieurs remplit les conditions d'attribution de la carte de stationnement pour personnes handicapées, y compris lorsqu'elle manœuvre seule et sans difficulté le fauteuil ; ou / - la personne a recours, lors de tous ses déplacements extérieurs, à une oxygénothérapie. / 2. Critère relatif à l'accompagnement par une tierce personne pour les déplacements : / Ce critère concerne les personnes atteintes d'une altération d'une fonction mentale, cognitive, psychique ou sensorielle imposant qu'elles soient accompagnées par une tierce personne dans leurs déplacements. / Ce critère est rempli si elles ne peuvent effectuer aucun déplacement seules, y compris après apprentissage. / La nécessité d'un accompagnement s'impose dès lors que la personne risque d'être en danger ou a besoin d'une surveillance régulière () ".

3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant la délivrance d'une carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement pour personnes handicapées ", il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide et de l'action sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si cette délivrance est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre partie à la date de sa propre décision, le handicap du demandeur justifie que lui soit délivrée une telle carte.

4. Mme A établit souffrir d'une gonalgie gauche et d'une dégénérescence des ligaments croisés et du ménisque du genou gauche et le certificat médical du 14 mars 2023 du Dr. Rose-Marie Batista atteste que les membres inférieurs de la requérante présentent une déviation angulaire et que le droit est plus court de 4,6 mm par rapport à celui de gauche, entrainant des problèmes de hanche et de dos et nécessitant un " appareillage avec des chaussures orthopédiques ". Toutefois un tel appareillage n'est pas une prothèse des membres inférieurs au sens des dispositions précitées de l'arrêté du 3 janvier 2017 précité, tandis qu'il ne résulte ni de ce certificat ni d'aucun autre élément de l'instruction que le périmètre de marche autonome de Mme A serait inférieur à 200 mètres ou qu'elle aurait systématiquement besoin d'une autre aide pour ses déplacements extérieurs. Dès lors, il n'apparaît pas que l'état de santé de Mme A justifie que lui soit délivrée une carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement pour personnes handicapées ". Par suite, sa requête doit être rejetée.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A au département de la Seine-Saint-Denis.

Copie en sera adressée pour information au médiateur du département de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mars 2025.

Le magistrat désigné,La greffière,

J.-F. BaffrayT. Kadima Kalondo

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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