Le Tribunal administratif de Montreuil a rejeté la demande indemnitaire de M. B..., qui sollicitait 4 312,18 euros en réparation du préjudice financier subi du fait de la non-exécution du jugement du 11 avril 2023. Ce jugement avait annulé pour vice de forme la décision du 7 juin 2021 refusant sa réintégration, mais n'impliquait pas une obligation de réintégration effective à cette date. Le tribunal a donc estimé que l'administration n'avait pas commis de faute de nature à engager sa responsabilité. Les conclusions relatives aux frais de l'instance ont également été rejetées.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 novembre 2023 et 2 septembre 2025, M. A... B..., représenté par Me Krzisch, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) de condamner l’Etat à lui verser une somme de 4 312, 18 euros au titre du préjudice financier qu’il a subi du fait de la non-exécution du jugement du tribunal administratif de Montreuil du 11 avril 2023 ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il doit être regardé comme soutenant que :
- l’exécution du jugement du 11 avril 2023 du tribunal administratif de Montreuil, annulant la décision du 7 juin 2021 du directeur de la sécurité de proximité de l’agglomération parisienne rejetant sa demande de réintégration dans ses fonctions de gardien de la paix, impliquait sa réintégration dans ses fonctions à compter du 7 juin 2021 ;
- en ne procédant pas à cette réintégration, l’administration a commis une faute ;
- cette faute lui a causé un préjudice financier correspondant à la perte de ses salaires entre le 7 juin 2021 et le 5 septembre 2021, soit un montant de 4 312,18 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 juillet 2025, le préfet de police de Paris conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu’il n’y a pas de lien de causalité entre l’illégalité de la décision du 7 juin 2021 et le préjudice invoqué par M. B....
La clôture d'instruction a été fixée au 30 septembre 2025.
L’affaire a été renvoyée en formation collégiale en application de l’article R. 222-19 du code de justice administrative.
Vu :
- le jugement n° 2109700 du 11 avril 2023 du tribunal administratif de Montreuil ;
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Van Maele,
- et les conclusions de Mme Caro, rapporteure publique.
Les parties n’étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
M. B... a été affecté, le 16 septembre 2018, à la circonscription de sécurité publique (CSP) de Bondy en qualité de gardien de la paix stagiaire. A la suite d’une accusation de faits de viol de la part de l’une de ses collègues lors d’une soirée le 3 février 2019, et de son placement sous contrôle judiciaire par le juge d’instruction du tribunal de grande instance de Bobigny le 12 juin 2019, M. B... a été suspendu de ses fonctions à compter du 24 juillet 2019, avec maintien de son plein traitement. Par un arrêté du 4 février 2020, l’administration a prolongé sa suspension à mi-traitement. Par un réquisitoire définitif du 8 décembre 2020, la procureure de la République près le tribunal de grande instance de Bobigny a requis le non-lieu à poursuivre, faute d’éléments à charge contre l’intéressé. M. B... a alors sollicité à plusieurs reprises sa réintégration, en dernier lieu par un courrier du 18 mai 2021. Sa demande a été rejetée par une décision du 7 juin 2021 du directeur de la sécurité de proximité de l’agglomération parisienne. Par une ordonnance du 5 août 2021, le juge des référés du tribunal administratif de Montreuil a suspendu l’exécution de la décision du 7 juin 2021 et a enjoint à l’administration de rétablir provisoirement M. B... dans ses fonctions ou de l’affecter provisoirement dans un autre emploi compatible avec les obligations du contrôle judiciaire auquel il était soumis, dans un délai d’un mois à compter de la notification de l’ordonnance. Par un arrêté du 28 février 2022, M. B... a été réintégré dans ses fonctions de gardien de la paix stagiaire au sein de la CSP du Blanc-Mesnil à compter du 2 mars 2022. Par une ordonnance du 24 août 2022, le juge des référés du tribunal administratif de Montreuil a alloué à M. B... une provision d’un montant de 7 017,95 euros correspondant à l’indemnisation du préjudice subi du fait de sa perte de salaire entre le 5 septembre 2021, date à laquelle l’administration était tenue de réintégrer l’intéressé dans ses fonctions en exécution de l’ordonnance du 5 août 2021, et le 1er mars 2022, date de sa réintégration effective. Par un jugement du 11 avril 2023, le tribunal administratif de Montreuil a annulé la décision du 7 juin 2021 du directeur de la sécurité de proximité de l’agglomération parisienne pour vice de forme. Par une réclamation indemnitaire préalable datée du 26 juin 2023, que l’administration ne conteste pas avoir reçue, M. B... a sollicité l’indemnisation de son préjudice financier, résultant de la perte de salaire subie entre le 7 juin 2021 et le 5 septembre 2021. A la suite du rejet implicite de sa réclamation, M. B... a saisi le tribunal administratif afin que l’Etat soit condamné à lui verser la somme de 4 312,18 euros en réparation de ce préjudice.
Sur les conclusions indemnitaires :
Il résulte des motifs du jugement du tribunal administratif de Montreuil du 11 avril 2023 que la décision du 7 juin 2021 par laquelle le directeur de la sécurité de proximité de l’agglomération parisienne a rejeté la demande de réintégration dans ses fonctions de M. B... a été annulée pour vice de forme, en l’absence de mention des nom, prénom et qualité de son signataire. Contrairement à ce que soutient le requérant, ce jugement n’impliquait pas la réintégration effective de M. B... dans ses fonctions. Par suite, l’intéressé n’est pas fondé à soutenir qu’en s’abstenant de le réintégrer dans ses fonctions au 7 juin 2021, l’administration aurait commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires de M. B... doivent être rejetées.
Sur les frais de l’instance :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’Etat, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. B... au titre des frais exposés dans l’instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet de police de Paris.
Délibéré après l'audience du 7 novembre 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Jimenez, présidente,
Mme Van Maele, première conseillère,
Mme Chaillou, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2025.
La rapporteure,
S. Van Maele
La présidente,
J. Jimenez
La greffière,
P. Demol
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.