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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2314108

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2314108

vendredi 5 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2314108
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation10ème Chambre (JU)
Avocat requérantSENDA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil a condamné l’État à verser 4 095 euros à M. B... pour le préjudice subi du fait de l’absence de relogement, malgré sa reconnaissance comme prioritaire par la commission de médiation le 29 juillet 2020. La carence fautive de l’État a été retenue à compter du 29 janvier 2021, en application des articles L. 300-1 et L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation. Les conclusions indemnitaires pour les membres de la famille ont été rejetées, la responsabilité étant engagée uniquement envers le demandeur.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 novembre 2023, M. A... B..., représenté par Me Senda, demande au tribunal :

1°) de condamner l’Etat à lui verser la somme de 100 000 euros en réparation des préjudices qu’il estime avoir subis et de ceux subis par sa famille du fait de leur absence de relogement ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la responsabilité pour faute de l’Etat est engagée dès lors qu’ils n’ont pas été relogés, alors qu’il a été reconnu prioritaire par la commission de médiation ;
- il vit avec sa femme et leurs trois enfants dans un logement suroccupé ;
- ils subissent des troubles de toute nature dans ses conditions d’existence.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n’a pas produit de mémoire en défense.

M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d’aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bobigny du 28 novembre 2022.


Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné M. Hégésippe, premier conseiller, pour statuer sur les litiges prévus aux articles R. 222-13 du code de justice administrative.

En application de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative, le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Hégésippe, premier conseiller, a été entendu au cours de l’audience publique.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation de la Seine-Saint-Denis a, par une décision du 29 juillet 2020 reconnu M. B... comme prioritaire et devant être relogé en urgence. Cette décision valant pour quatre personnes. N’ayant pas reçu de proposition de logement, M. B... a saisi le préfet de la Seine-Saint-Denis d’une demande indemnitaire préalable par un courrier daté du 7 juillet 2023, Cette demande ayant été implicitement rejetée, M. B... demande au tribunal de condamner l’État à lui verser la somme de 100 000 euros en réparation des préjudices qu’il estime avoir subis et de ceux subis par sa famille.

2. Aux termes de l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation : « Le droit à un logement décent et indépendant (…) est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ».

3. Lorsqu’une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d’urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation, la carence fautive de l’Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d’existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l’intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l’Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l’Etat, qui court à l’expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l’article R. 441-16-1 du code de la construction et de l’habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.

4. La carence fautive de l’Etat à assurer le logement du bénéficiaire de la décision de la commission de médiation dans le délai imparti engage sa responsabilité à l’égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d’existence qu’elle a entraînés pour ce dernier.

5. Il résulte de ce qui vient d’être dit que les conclusions indemnitaires présentées par le requérant pour le compte des membres de sa famille doivent, en tout état de cause, être rejetées.

6. La commission de médiation a reconnu le caractère urgent et prioritaire de la demande de M. B..., le 29 juillet 2020, au motif selon l’intéressé qu’il demeurait dans un logement suroccupé. L’intéressé soutient que cette situation persiste et qu’il vit avec son épouse et trois enfants mineurs dans un logement de 34 m2. Par ailleurs, il ne résulte pas de l’instruction que l’intéressé aurait renoncer à sa demande de logement social. En l’absence de toute observation utile en défense, le préfet n’ayant pas produit de mémoire, la persistance de cette situation, à compter du 29 janvier 2021, date à laquelle la carence de l’État a revêtu un caractère fautif, a causé à M. B... des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence. La période d’indemnisation s’étend du 29 janvier 2021 à la date du présent jugement. Dans les circonstances de l’espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en fixant l’indemnisation due au montant totale de 4 095 euros.

7. Il résulte de tout ce qui précède qu’il y a lieu de condamner l’État à verser à M. B... une somme de 4 095 euros.

8. M. B... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle totale. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de mettre à la charge de l’Etat la somme sollicitée par son conseil en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.



D E C I D E :


Article 1er : L’Etat est condamné à verser à M. B... une somme de 4 095 euros.

Article 2 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., à Me Sylvain Senda, et au ministre de la ville et du logement.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2025.








Le magistrat désigné

D. HEGESIPPE
La greffière

T. MANE




La République mande et ordonne au ministre de la ville et du logement en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.






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