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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2414155

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2414155

mardi 25 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2414155
TypeDécision
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantHAMOT

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Montreuil a rejeté la requête de Mme C, ressortissante marocaine, qui contestait le refus de titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français et la fixation du pays de destination pris par le préfet des Yvelines le 9 août 2024. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence, d'insuffisance de motivation et de défaut d'examen, jugeant la décision suffisamment motivée en droit et en fait. Il a également estimé que la vie commune de Mme C avec son compagnon, bien qu'établie, ne justifiait pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de la requête, confirmant la légalité des décisions préfectorales.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2407987 du 3 octobre 2024, le président de la 7ème chambre du tribunal administratif de Versailles a transmis le dossier de la requête de Mme B C au tribunal administratif de Montreuil.

Par une requête, enregistrée le 13 septembre 2024 au greffe du tribunal administratif de Versailles, et des mémoire enregistrés les 24 février 2025 et 5 mars 2025 (non communiqué),

Mme C, représentée par Me Hamot, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 9 août 2024 par lesquelles le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou à défaut de réexaminer sa situation et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'elle justifie de l'ancienneté de son activité professionnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 312-1 A du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de destination est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité des décisions de refus de titre et portant obligation de quitter le territoire français.

La requête a été communiquée au préfet des Yvelines qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fabre, conseillère ;

- et les observations de Me Hamot, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante marocaine, née le 17 mars 1979, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour mention " salarié ". Par un arrêté du 9 août 2024, dont la requérante demande l'annulation, le préfet des Yvelines a cependant refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté du 4 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, M. A D, directeur des migrations, a reçu délégation du préfet des Yvelines pour signer les décisions contenues dans la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet arrêté manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision en litige vise notamment l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 sur le fondement duquel la décision portant refus de titre de séjour a été prise. Elle vise également l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces conditions, la décision attaquée est suffisamment motivée en droit. La décision précise, en fait, que Mme C a produit une demande d'autorisation de travail pour un salarié étranger établie le 20 mars 2023 pour un emploi de femme de ménage, en contrat à durée indéterminée à temps complet, le contrat de travail à durée indéterminée établi le 20 mars 2023 et des bulletins de paie à partir de janvier 2019. La décision en litige contient ainsi l'exposé des considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondé le préfet des Yvelines. Le moyen tiré du défaut de motivation soulevé à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour doit être écarté. Si la requérante soutient que le préfet des Yvelines n'a pas examiné sa situation professionnelle en 2018, il ressort des pièces du dossier que

Mme C n'a travaillé que deux mois en 2018, de sorte que le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme C établit vivre en concubinage depuis au moins l'année 2023 avec un ressortissant turc, titulaire d'une carte de résident permanent, qui dispose d'un fort ancrage sur le territoire français du fait de la présence de sa mère, de ses quatre enfants, de ses treize petits-enfants et de ses frères sur le territoire français. Mme C se prévaut également d'une situation professionnelle, en qualité d'agent de service pour des sociétés de nettoyage, depuis août 2018, à temps partiel au sein de plusieurs sociétés simultanément, de sorte que son revenu annuel s'est élevé à 11 627 euros en 2019, 10 071 euros en 2020, 11 831 euros en 2021, 19 774 euros en 2022 et 17 815 euros en 2023. Toutefois, la vie commune de Mme C et son compagnon est récente à la date de la décision attaquée. En outre, elle n'établit pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de trente-sept ans. Enfin, son expérience professionnelle, si elle est continue, est récente et ses revenus annuels de 2019 à 2021 sont inférieurs au SMIC. Par suite, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet des Yvelines, qui ne s'est pas fondé sur des faits matériellement inexacts, n'a pas commis une erreur manifeste d'appréciation.

5. En quatrième lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision de refus de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, Mme C ne saurait se prévaloir de l'illégalité de cette décision, pour demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

6. En cinquième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 4, la décision par laquelle le préfet des Yvelines a lui a fait obligation de quitter le territoire français n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise et, par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir que cette décision méconnaîtrait les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 312-1 A du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des conditions mentionnées à l'article L. 311-2, les visa mentionnés aux articles L. 312-1 à L. 312-4 ne sont pas délivrés à l'étranger qui a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français depuis moins de cinq ans et n'apporte pas la preuve qu'il a quitté le territoire français dans le délai qui lui a été accordé au titre de l'article

L. 612-1 ou, le cas échéant, dans les conditions prévues à l'article L. 612-2. / Dans le cas où des circonstances humanitaires de même nature que celles prises en compte pour l'application des articles L. 612-6 et L. 612-7 sont constatées à l'issue d'un examen individuel de la situation de l'étranger, le premier alinéa du présent article n'est pas applicable. ".

8. Les dispositions de l'article L. 312-1 A du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point précédent portent sur les conditions de délivrance de visas en cas d'inexécution, dans le délai imparti, d'une obligation de quitter le territoire français édictée il y a moins de cinq ans. Par suite, la requérante ne saurait utilement soutenir qu'elle ne sera pas en mesure d'obtenir un visa pour revenir en France en cas d'éloignement, cette circonstance étant sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. En tout état de cause, eu égard à l'effet suspensif du présent recours ainsi qu'il résulte de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rien ne fait obstacle à ce que Mme C exécute la décision portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours qui lui est imparti à compter de la notification de la décision à intervenir.

9. En dernier lieu, compte tenu de ce qui précède, les décisions portant refus de délivrance de titre de séjour et obligation de quitter le territoire sans délai ne sont pas entachées d'illégalité. Dès lors, les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination, par voie de conséquence de l'illégalité des décisions précitées, doit être écartée.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par

Mme C doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'injonction de la requête ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 11 mars 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Deniel, présidente,

Mme Biscarel, première conseillère,

Mme Fabre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mars 2025.

La rapporteure,

A.-L. FabreLa présidente,

C. DenielLa greffière,

A. Capelle

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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