jeudi 6 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2500388 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Pôle Urgences (J.U) |
| Avocat requérant | TAJ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 janvier 2025, M. D A, retenu au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 3, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 janvier 2025 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office, et l'a interdit de retour pour une durée de 48 mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer, sans délai, une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation sous astreinte de 100 euros par jour de retard.
M. A soutient que la compétence du signataire de l'arrêté en litige n'est pas établie et que :
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- il a été privé d'une garantie tenant à son droit à être entendu, prévu par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la décision méconnait l'article 21 de la convention d'application de l'accord de Schengen ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation et d'erreur de droit en l'absence de prise en compte de la possibilité de faire application des dispositions des articles L.621-1 et
L.621-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'erreur de droit, dès lors qu'il souhaite être remis aux autorités portugaises en vertu des articles L.621-2 et L.621-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est également entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
S'agissant de la décision lui refusant un délai de départ volontaire :
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 février 2025, le préfet de la Seine-Saint-Denis, représenté par la Selarl Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal a désigné Mme Tahiri, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience qui s'est tenue par un moyen de communication audiovisuelle garantissant la confidentialité et la qualité de la transmission, dans les conditions déterminées par l'article L. 922-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les procès-verbaux prévus par le troisième alinéa de ces dispositions ayant été dûment établis.
Ont été entendus au cours de la visio-audience :
- le rapport de Mme Tahiri, qui a précisé qu'après le début de l'audience, Me Taj, désigné par M. A, a transmis au tribunal un courrier indiquant qu'il ne serait pas présent et sollicitant la désignation d'un avocat commis d'office ;
- et les observations de M. A, assisté de M. B, interprète en langue hindi, qui indique qu'il est venu en France en décembre 2024 pour y passer les fêtes de fin d'année, que la durée de validité du titre de séjour qui lui a été délivré au Portugal a été prolongée automatiquement sur le fondement de dispositions prises par les autorités portugaises, qu'il n'a commis aucune infraction et n'a jamais été condamné, qu'il avait pris ses billets retour pour le Portugal et qu'il souhaite y retourner rapidement afin de ne pas perdre son emploi d'ouvrier agricole.
Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était ni présent, ni représenté.
La clôture d'instruction a été prononcée dans les conditions prévues à l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant indien, né le 1er avril 1984, est entré en France le 29 décembre 2024 selon ses déclarations. L'intéressé a été interpellé avec des tiers le 5 janvier 2025 pour des faits de tentative d'homicide et a été placé, à l'issue de sa garde à vue levée le 7 janvier 2025, en retenue administrative pour vérification de son droit au séjour. Par arrêté du 7 janvier 2025, le préfet de la Seine-Saint-Denis a obligé l'intéressé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé une interdiction de retour pour une durée de 48 mois. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Pour prendre l'arrêté en litige, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé à la fois sur, d'une part, le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif que M. A ne justifiait pas être entré en France muni d'un permis de séjour portugais et, d'autre part, sur le 5° du même article au motif que le comportement de ce dernier constituait une menace pour l'ordre public
3. D'une part, aux termes de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : / 1° Sauf s'il est exempté de cette obligation, des visas exigés par les conventions internationales et par l'article 6, paragraphe 1, points a et b, du règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ; / 2° Sous réserve des conventions internationales, et de l'article 6, paragraphe 1, point c, du code frontières Schengen, du justificatif d'hébergement prévu à l'article L. 313-1, s'il est requis, et des autres documents prévus par décret en Conseil d'Etat relatifs à l'objet et aux conditions de son séjour et à ses moyens d'existence, à la prise en charge par un opérateur d'assurance agréé des dépenses médicales et hospitalières, y compris d'aide sociale, résultant de soins qu'il pourrait engager en France, ainsi qu'aux garanties de son rapatriement ; / 3° Des documents nécessaires à l'exercice d'une activité professionnelle s'il se propose d'en exercer une ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; ". Aux termes de l'article L. 611-2 du même code : " L'étranger en provenance directe du territoire d'un des États parties à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 peut se voir appliquer les 1° et 2° de l'article L. 611-1 lorsqu'il ne peut justifier être entré ou s'être maintenu sur le territoire métropolitain en se conformant aux stipulations () des paragraphes 1 et 2 de l'article 21 de cette même convention. ". Selon l'article 21 de la convention d'application de l'accord de Schengen conclue le 19 juin 1990 : " 1. Les étrangers titulaires d'un titre de séjour délivré par une des Parties contractantes peuvent, sous le couvert de ce titre ainsi que d'un document de voyage, ces documents étant en cours de validité, circuler librement pendant une période de trois mois au maximum sur le territoire des autres Parties contractantes, pour autant qu'ils remplissent les conditions d'entrée visées à l'article 5, paragraphe 1, points a), c) et e), et qu'ils ne figurent pas sur la liste de signalement nationale de la Partie contractante concernée (). ". Selon l'article R. 621-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des dispositions de l'article R. 621-4, l'étranger souscrit la déclaration d'entrée sur le territoire français mentionnée à l'article L. 621-3 auprès des services de la police nationale ou, en l'absence de tels services, des services des douanes ou des unités de la gendarmerie nationale. A cette occasion, il lui est remis un récépissé qui peut être délivré par apposition d'une mention sur le document de voyage. () ". Enfin, aux termes de l'article R. 621-4 de ce code : " N'est pas astreint à la déclaration d'entrée sur le territoire français l'étranger qui se trouve dans l'une des situations suivantes : () 2° Est titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, d'une durée supérieure ou égale à un an, délivré par un Etat partie à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 ; toutefois un arrêté du ministre chargé de l'immigration peut désigner les étrangers titulaires d'un tel titre qui demeurent astreints à la déclaration d'entrée ".
5. En premier lieu, l'arrêté en litige mentionne que M. A n'a pas été en mesure de présenter un document transfrontière au moment de son interpellation et que s'il déclare être titulaire d'un titre de séjour portugais, il n'en justifie pas. Toutefois, il ressort des pièces versées par le préfet de la Seine-Saint-Denis, qui en produit une copie et ne remet pas en cause l'authenticité de ce document, qu'un titre de séjour temporaire a été délivré le 18 octobre 2022 par les autorités portugaises à M. A. Si ce titre mentionne qu'il expire le 18 octobre 2024, le requérant se prévaut, sans être contredit, du 8° de l'article 2 du décret-loi portugais n.º 41-A/2024 du 28 juin 2024, modifiant l'article 16 du décret-loi portugais n.º 10-A/2020 du 13 mars 2020, publié au Diário da República du 28 juin 2024 et entré en vigueur le lendemain de sa publication, qui prévoit que les documents et visas relatifs au séjour sur le territoire portugais, dont la validité expire à compter de sa date d'entrée en vigueur ou dans les 15 jours qui la précèdent immédiatement, sont acceptés, dans les mêmes conditions, jusqu'au 30 juin 2025. Dans ces conditions, M. A doit être regardé comme possédant, à la date de l'arrêté en litige, un titre de séjour portugais en cours de validité et, eu égard à sa durée de séjour en France dont il est constant qu'elle est inférieure à trois mois, il est au nombre des étrangers exempts de la déclaration d'entrée sur le territoire français au sens des dispositions précitées du 2° de l'article R. 621-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, M. A est fondé à soutenir que c'est à tort que, par la décision contestée, le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a opposé l'irrégularité de son entrée en France pour l'obliger à quitter le territoire français.
6. En second lieu, ainsi qu'il a été dit au point 2, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est également fondé sur le motif tiré de ce que le comportement de M. A constituait une menace pour l'ordre public. Toutefois, il ressort des actes d'enquête produits par le préfet de la Seine-Saint-Denis que la garde à vue de l'intéressé pour les faits de tentative d'homicide a été levée après notamment l'audition de la victime qui a mis exclusivement en cause un tiers que l'enquête a permis d'identifier. En outre, si l'arrêté en litige mentionne également que M. A est connu au fichier automatisé des empreintes digitales pour les faits notamment d'infractions aux conditions générales d'entrée et de séjour, entrée ou séjour irrégulier, achats et ventes sans facture et travail clandestin, ces faits, dont l'intéressé conteste la matérialité et dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils auraient donné lieu à des condamnations pénales ou même à des poursuites pénales, ne sont pas établis et, en tout état de cause, ne suffisent pas à caractériser un comportement constitutif d'une menace à l'ordre public. Par suite, en l'absence d'autre élément, c'est à tort que le préfet a considéré que le comportement de M. A était constitutif d'une menace à l'ordre public.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la décision du 7 janvier 2025 obligeant M. A à quitter le territoire français doit être annulée. L'illégalité de cette décision entraîne, par voie de conséquence, celle des décisions subséquentes portant refus de délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Le présent jugement implique uniquement, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il soit enjoint au préfet de la
Seine-Saint-Denis ou à tout préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de M. A, dans un délai de quatre mois à compter de la notification de ce jugement, et, dans cette attente, de délivrer à l'intéressé une autorisation provisoire de séjour.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 7 janvier 2025 du préfet de la Seine-Saint-Denis est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de M. A dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M.Ch et au le préfet de la Seine-Saint-Denis.
Jugement rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2025.
La magistrate désignée,
S. TAHIRI
La greffière,
C. GOOSSENS
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Conseil d'État — N° 515333
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de Mme A..., magistrate, qui demandait le report et l'encadrement de ses auditions par l'inspection générale de la justice (IGJ) dans le cadre d'une enquête administrative. La requérante invoquait une atteinte grave à ses droits de la défense, à sa dignité et à l'indépendance juridictionnelle. Le juge a estimé que l'audition prévue du 4 au 7 mai 2026, qui ne préjugeait pas de l'issue de l'enquête ni d'éventuelles poursuites disciplinaires, n'était pas susceptible de porter une atteinte manifestement disproportionnée à ses droits. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la condition d'urgence n'étant pas retenue comme caractérisant une illégalité grave.
03/05/2026
Conseil d'État — N° 509298
Le Conseil d'État rejette la requête de M. A... pour défaut d'intérêt à agir, les circonstances invoquées (qualité de citoyen, d'usager ou de professionnel) n'étant pas suffisamment directes et certaines pour contester la nomination du président du conseil d'administration de l'OFII. La portée de cette décision est de rappeler la rigueur du contrôle de l'intérêt à agir en matière de nominations aux emplois publics.
09/04/2026