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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2501303

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2501303

vendredi 21 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2501303
TypeDécision
FormationPôle Urgences (J.U)
Avocat requérantSTOFFANELLER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 janvier 2025 à 19 h 21, M. C, actuellement retenu au centre de rétention n°3 du Mesnil Amelot, représenté par Me Stoffaneller, demande au président du tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2025 par lequel le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a désigné le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'auteur de cette décision n'a pas justifié de sa compétence ;

- elle méconnaît le droit d'être entendu ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision portant refus de départ volontaire :

- elle est entachée d'un défaut de base légale de par l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français

- l'auteur de cette décision n'a pas justifié de sa compétence ;

- cette décision n'est pas suffisamment motivée.

Sur la décision fixant le pays d'éloignement :

- elle est entachée d'un défaut de base légale de par l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français

- l'auteur de cette décision n'a pas justifié de sa compétence.

Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de base légale de par l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français

- l'auteur de cette décision n'a pas justifié de sa compétence ;

- cette décision n'est pas suffisamment motivée.

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation et a méconnu L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 20 février 2025, le préfet de

Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Il sollicite en particulier, le cas échéant, une substitution de base légale pour l'obligation de quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 611-1 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en place du 1° de ces mêmes dispositions.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal administratif de Montreuil a désigné M. Iss, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 921-1 à L. 921-4 et R. 922-4 à R. 922-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Iss,

- les observations de Me Stoffaneller, représentant M. C,

- les observations de M. C, qui a notamment indiqué que sa mère et son beau-père tous deux titulaires d'une carte de résident sont en France, que ses deux demi-sœurs sont de nationalité française, qu'il a suivi des études en 2021-2022 de BTS NDRC (Négociation et digitalisation de la relation client) puis MCO (management commercial des opérations), puis en 2022-2023 une formation en ligne relative à la logistique et aux transports, qu'il a travaillé comme manœuvre et ouvrier en intérim pour les années 2022 jusqu'à la date de la décision attaquée pour diverses enseignes de la grande distribution dont Leroy Merlin et Brico Dépôt, qu'il a vécu depuis son entrée sur le territoire en 2021 avec sa mère et ses sœurs avant d'emménager dans une colocation en 2024, qu'il avait sollicité des rendez-vous auprès de la préfecture de Seine-et-Marne afin d'obtenir le renouvellement de son titre de séjour expiré le 13 juin 2023, ce de manière infructueuse,

- le préfet de Seine-et-Marne n'est ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

1. M. C, ressortissant congolais né le 12 décembre 1995 à Brazzaville, actuellement retenu au centre de rétention du Mesnil Amelot 3 a fait l'objet d'un arrêté du

24 janvier 2025 par lequel le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter sans délai le territoire français à destination du pays dont il a la nationalité et portant une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans. Le requérant demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions contestées :

2. En premier lieu, par un arrêté du 24 septembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de Seine-et-Marne a donné délégation de signature à Mme A B, en sa qualité de directrice de l'immigration et de l'intégration, pour signer les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté du 24 janvier 2025 par lequel le préfet de

Seine-et Marne a obligé le requérant à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions en cause. En particulier, il précise que M. C titulaire d'un titre de séjour temporaire expiré depuis le 13 juin 2023 se maintient irrégulièrement sur le territoire, qu'il a été placé en garde à vue par les services de police de Melun le 23 janvier 2025 pour des faits de violences volontaires sur personne vulnérable, à savoir une femme enceinte de 29 semaines, qu'il est célibataire, sans enfants à charge et sans profession, qu'il ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière et que la durée de trois ans d'interdiction de retour sur le territoire français ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au regard de sa vie privée et familiale. Ainsi, l'arrêté en litige est donc suffisamment motivé.

En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, se prévalant de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, le requérant peut être regardé comme soulevant le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu préalablement à toute décision qui affecte sensiblement et défavorablement les intérêts de son destinataire, qui constitue l'une des composantes du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne, invocable à l'encontre de la décision d'éloignement litigieuse. Selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne C-383/13 PPU du 10 septembre 2013, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. Le requérant, qui se borne à soutenir que son droit d'être entendu a été méconnu, ne précise pas en quoi il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il a été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Tout d'abord, il ressort des pièces du dossier, à savoir notamment le Fichier national des étrangers produit en défense, que M. C, contrairement à ce que mentionne l'arrêté du préfet, est entré régulièrement en France le 22 octobre 2021. Par ailleurs il ressort des pièces du dossier que M. C justifie d'un titre de séjour délivré le

14 juin 2022 par le préfet de la Seine-Saint-Denis qui a expiré le 13 juin 2023. En outre,

M. C soutient, sans être contredit utilement en défense, que sa mère sa mère et son beau-père tous deux titulaires d'une carte de résident sont en France, que ses deux demi-sœurs sont de nationalité française, qu'il a suivi des études en 2021-2022, puis en 2022-2023 une formation en ligne relative à la logistique et aux transports, qu'il a travaillé comme manœuvre et ouvrier en intérim pour les années 2022 jusqu'à la date de la décision attaquée pour diverses enseignes de la grande distribution dont Leroy Merlin et Brico Dépôt, qu'il a vécu depuis son entrée sur le territoire en 2021 avec sa mère et ses sœurs avant d'emménager dans une colocation en 2024, qu'il avait sollicité des rendez-vous auprès de la préfecture de Seine-et-Marne afin d'obtenir le renouvellement de son titre de séjour expiré le 13 juin 2023, ce de manière infructueuse. Par ailleurs, si le préfet de Seine-et-Marne fait état dans son arrêté le fait que M. C a été placé en garde à vue par les services de police de Melun le 23 janvier 2025 pour des faits de violences volontaires sur personnes vulnérables (femme enceinte de 29 semaines), il ne ressort des pièces du dossier ni que ces faits soient établis par les seuls procès-verbaux d'audition produits, ni que ceux-ci aient donné lieu à des suites pénales. Nonobstant ces circonstances, il est constant que le requérant est célibataire, sans charge de famille, ne justifie pas avoir sollicité le renouvellement de son titre de séjour expiré le 13 juin 2023, qu'il ne justifie pas d'une intégration professionnelle particulière en France, et qu'il ne justifie pas de l'absences d'attaches familiales dans son pays d'origine. Comme il n'est pas fait état de circonstances qui s'opposeraient à la poursuite de sa vie familiale hors du territoire national, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'obligation de quitter le territoire français porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier et il résulte de ce qui a été dit au point 6 que le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écartée.

En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

8. M. C n'établissant pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français séjour serait illégale, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire, n'est pas fondée et doit, en conséquence, être écartée.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

9. M. C n'établissant pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français séjour serait illégale, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination, n'est pas fondée et doit, en conséquence, être écartée.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour :

10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Enfin, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

11. Il ressort des pièces du dossier et il résulte des éléments mentionnés au point 6 que le préfet de Seine-et-Marne ne conteste pas utilement l'existence de liens familiaux substantiels de M. C ainsi que l'existence d'une insertion professionnelle de celui-ci à la date de la décision attaquée, ce alors même que M. C était titulaire jusqu'au 13 juin 2023 d'un titre de séjour, et que contrairement aux mentions de l'arrêté attaqué il est entré régulièrement en France en 2021. En outre, il ressort du Fichier national des étrangers produit en défense qu'il n'a jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement à laquelle il se serait soustrait. De même les faits pour lesquels il a été placés en garde à vue le 23 janvier 2025 ne sont, en l'état du dossier pas établis. Ainsi, eu égard à ces éléments, en fixant une durée d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans, le préfet de Seine-et-Marne a méconnu les dispositions sus-citées.

12. Il résulte de ce qui précède que M. C est seulement fondé à demander l'annulation de la décision du 24 janvier 2025 en ce qu'elle porte interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur la demande d'injonction :

13. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 24 janvier 2025 du préfet de Seine-et-Marne portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, et au préfet de Seine-et-Marne.

Rendu public par mise à disposition par le greffe le 21 février 2025.

Le magistrat désigné,

A. Iss La greffière,

C. Goossens

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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