jeudi 20 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2501364 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | SALOMON JEAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés les 27 janvier 2025, 13 février 2025 et 17 mars 2025, M. C A B, représenté par Me A, demande au juge des référés du tribunal administratif statuant sur le fondement de l'article
L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui fixer un rendez-vous en vue du dépôt de sa demande de carte de résident et de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler, dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que l'impossibilité de prendre un rendez-vous le place dans une situation administrative précaire, l'empêche de poursuivre son activité professionnelle et qu'il n'a plus accès aux soins que nécessite son état de santé ;
- la mesure demandée présente un caractère utile ;
- une telle mesure ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mars 2025, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Montreuil a désigné M. Charret, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A B, ressortissant haïtien né le 19 octobre 1993, s'est vu reconnaitre le statut de réfugié par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides du 22 juillet 2024. N'étant pas parvenu à déposer sa demande de titre de séjour au moyen du téléservice " ANEF " (administration numérique des étrangers en France) depuis lors, M. A B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une date de rendez-vous en vue du dépôt de sa demande de carte de résident et de lui délivrer, à cette occasion, un récépissé l'autorisant à travailler.
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
3. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.
4. Il résulte de l'instruction que M. A B a tenté à plusieurs reprises, sans succès, de déposer une demande sur le site " ANEF ", ce site lui ayant indiqué que son titre de séjour ayant expiré depuis plus de neuf mois, il devait se renseigner sur le site internet de la préfecture dont il dépend sur les démarches à entreprendre. Il a également déposé une demande de titre de séjour en tant que bénéficiaire de la protection internationale sur le site démarches-simplifiées.fr, le 18 octobre 2024, qui a été classée sans suite au motif qu'elle devait être formulé sur le site de l'ANEF. M. A B a alors adressé plusieurs courriels aux services de la préfecture de la Seine-Saint-Denis les 6 et 9 septembre 2024, le 4 novembre 2024 et le 11 décembre 2024, ainsi que deux courriers recommandés en date des 24 décembre 2024 et 10 janvier 2025, par lesquels il a tenté d'alerter les services de la préfecture de la Seine-Saint-Denis des difficultés qu'il rencontrait, sans toutefois obtenir de réponse utile. Dès lors, compte tenu de l'impossibilité dans laquelle il se trouve de déposer sa demande de titre de séjour et d'exercer les droits qu'il tire de sa qualité de réfugié, la mesure qu'il sollicite satisfait aux conditions d'urgence et d'utilité énoncées par les dispositions précitées.
5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de communiquer à M. A B, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, une date de rendez-vous pour lui permettre de présenter une demande de titre de séjour et de lui délivrer, à cette occasion, un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, sous réserve de la complétude de son dossier. Il n'y a en revanche pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à M. A B de la somme de 500 (cinq cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de communiquer à M. A B, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, une date de rendez-vous pour lui permettre de présenter une demande de titre de séjour et de lui délivrer, à cette occasion, un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, sous réserve de la complétude de son dossier.
Article 2 : L'Etat versera à M. A B une somme de 500 (cinq cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A B et au ministre de l'intérieur.
Copie pour information en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Fait à Montreuil, le 20 mars 2025.
Le juge des référés,
J. Charret
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.