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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2502508

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2502508

lundi 7 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2502508
TypeDécision
Formation11ème Chambre (JU)
Avocat requérantLEBOUL

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil a rejeté la requête de M. B A, ressortissant bangladais, qui contestait son transfert aux autorités polonaises responsables de sa demande d'asile. Le requérant invoquait notamment une méconnaissance de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013, estimant que la clause discrétionnaire aurait dû être appliquée pour éviter sa séparation d'avec son épouse. Le tribunal a jugé que cette clause ne constitue pas un droit pour le demandeur et que le préfet n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation en ne l'appliquant pas. La décision a également admis le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 février 2025 et 26 mars 2025, M. D B A, représenté par Me Leboul, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 février 2025 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a prononcé son transfert, ainsi que celui de son enfant mineur, aux autorités polonaises, responsables de sa demande d'asile.

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de l'admettre au séjour au titre de l'asile et de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai de dix jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire, d'enjoindre à toute autorité administrative compétente de réexaminer sa situation sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) en cas d'admission définitive à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 300 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ; en cas de rejet de l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle, de lui verser directement cette somme.

Il soutient que la décision attaquée :

- est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen ;

- méconnaît les articles 5 et 35 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- méconnaît l'article 4 de la directive n° 2013/32/UE ;

- méconnaît l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 mars 2025, le préfet de la Seine-Saint-Denis, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Montreuil a désigné M. Israël pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 921-1 et L. 921-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Israël ;

- les observations de Me Leboul, représentant M. B A, présent, assisté de M.Sarker, interprète en langue bengali, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

L'OFII n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été différée au 28 mars 2025 à midi.

Une note en délibéré, présentée pour M. B A, a été enregistrée le 27 mars 2025.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant bangladais, né le 1er juin 1979, a déposé une demande d'asile le 9 janvier 2025. Il a été mis en possession de l'attestation correspondante le même jour. A l'issue de la procédure de détermination de l'Etat responsable de cette demande d'asile, le préfet de la Seine-Saint-Denis a prononcé, par un arrêté du 5 février 2025, le transfert de l'intéressé, ainsi que de son enfant mineur, aux autorités polonaises. M. B A demande l'annulation de cette décision.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ".

3. En l'espèce, en raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre M. B A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article 17 du même règlement : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () 2. L'État membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'État membre responsable, ou l'État membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre État membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre État membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. Les personnes concernées doivent exprimer leur consentement par écrit ".

5. Il résulte de ces dispositions que si une demande d'asile est examinée par un seul État membre et qu'en principe cet État est déterminé par application des critères d'examen des demandes d'asile fixés par son chapitre III, dans l'ordre énoncé par ce chapitre, l'application de ces critères est toutefois écartée en cas de mise en œuvre de la clause dérogatoire énoncée au paragraphe 1 de l'article 17 du règlement, qui procède d'une décision prise unilatéralement par un État membre. Cette faculté laissée à chaque État membre est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

6. M. B A soutient que la décision attaquée entraînerait sa séparation ainsi que celle de son enfant d'avec son épouse, mère de leur fille, laquelle a également déposé une demande d'asile en France le 9 janvier 2025. Or, aucune pièce du dossier ne démontre qu'elle ait également fait l'objet d'une décision de prise ou de reprise en charge par les autorités polonaises à la date de l'audience. Par suite, dans les circonstances particulières de l'espèce, le requérant est fondé à soutenir que le préfet de la Seine-Saint-Denis a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en s'abstenant de faire application de la clause discrétionnaire prévue à l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté litigieux par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a décidé de son transfert, ainsi que celui de son enfant mineur, aux autorités polonaises.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

8. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que le préfet de la Seine-Saint-Denis, ou tout autre préfet territorialement compétent, d'enregistre sa demande d'asile et de lui délivre une attestation de demande d'asile dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. M. B A étant admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve de l'admission définitive de l'intéressé à l'aide juridictionnelle et sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat (préfet de la Seine-Saint-Denis) le versement à Me Leboul de la somme de 1 100 euros. En cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, l'Etat (préfet de la Seine-Saint-Denis) versera cette somme à M. B A.

D E C I D E :

Article 1er : M. B A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 5 février 2025 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout autre préfet territorialement compétent, d'enregistre la demande d'asile de M. B A et de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat (préfet de la Seine-Saint-Denis) versera une somme de 1 100 euros, à Me Leboul, conseil de M. B A, en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de M. B A à l'aide juridictionnelle ou, à défaut d'admission définitive de M. B A à l'aide juridictionnelle, directement à celui-ci au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. D B A, au ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur et à Me Leboul.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis

Rendu public par mise à disposition au greffe le 07 avril 2025.

Le magistrat désigné,

M. Israël

La greffière,

Mme C

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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