Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2502553

jeudi 27 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2502553
TypeDécision
FormationPôle Urgences (J.U)
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Montreuil, statuant en référé, a rejeté la requête de M. D C, ressortissant algérien, qui contestait l’arrêté du préfet du Val-de-Marne du 12 février 2025 l’obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et prononçant une interdiction de retour de trois ans. Le tribunal a écarté les moyens d’incompétence et d’insuffisance de motivation, et a retenu que la mesure d’éloignement était fondée sur le 5° de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA), après substitution de base légale sollicitée par le préfet. La solution s’appuie notamment sur les dispositions du CESEDA et la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 février 2025, M. D C, alors retenu au centre de rétention administrative n°3 du Mesnil-Amelot, représenté par Me Stoffaneller et assisté de l'association France Terre d'Asile, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 février 2025 par lequel le préfet du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et a édicté à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'ordonner l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard et de procéder à un nouvel examen de sa situation.

Il soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale dès lors que son droit d'être entendu, en application du droit de l'Union européenne, a été méconnu ;

- est entachée d'une erreur de fait ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur d'appréciation en ce qui concerne la menace à l'ordre public ;

La décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision d'éloignement ;

- est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation ;

La décision fixant le pays de renvoi :

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision d'éloignement ;

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision d'éloignement ;

- est entachée d'une erreur d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet du Val-de-Marne, représenté par le cabinet Actis Avocats, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Nguër pour statuer sur les requêtes relevant des procédures mentionnées à l'article L. 776-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Nguër, magistrate désignée ;

- les observations de Me Stoffaneller, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, et ajoute que le préfet du Val-de-Marne a fondé la mesure d'éloignement sur les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non pas sur la menace pour l'ordre public ;

- les observations de Me El Assaad, représentant le préfet du Val-de-Marne, qui conclut au rejet de la requête, soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés, et sollicite une substitution de base légale de la mesure d'éloignement sur le fondement du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- Me Stoffaneller n'a pas souhaité présenter de nouvelles observations en réponse à cette demande de substitution de base légale ;

- et les observations de M. C, assisté de M. B, interprète en langue kabyle, qui réfute les faits d'exhibition sexuelle au préjudice d'un mineur de 15 ans pour lesquels il a été interpellé.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. D C, ressortissant algérien, déclare être né le 25 août 1984 en Algérie et être entré sur le territoire français le 1er juin 2024. Par un arrêté du 12 février 2025, dont il demande l'annulation, le préfet du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et a édicté à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, par un arrêté du 18 novembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs le même jour, le préfet du Val-de-Marne a donné délégation à M. E A, adjoint à la directrice des migrations et de l'intégration, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence dont seraient entachées les décisions contestées manque en fait et doit être écarté.

3. En second lieu, les décisions attaquées, qui visent les textes dont elles font application et présentent la situation administrative et personnelle de M. C, comportent les motifs de droit et les considérations de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions contestées doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, une atteinte au droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, également prévu à l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

5. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C a été empêché de faire valoir de nouveaux éléments de sa situation personnelle alors qu'il a fait l'objet d'une audition par les services de police, le 12 février 2025, au cours de laquelle il a été interrogé sur sa situation au regard du droit au séjour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. C est célibataire et père de deux enfants dont il n'a pas la charge. Il est domicilié chez sa sœur depuis son entrée sur le territoire français en 2024. S'il soutient que plusieurs membres de sa famille résident en France, il ressort des pièces du dossier que ses parents et ses enfants mineurs résident encore en Algérie, pays dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 39 ans. S'il soutient que sa présence auprès de sa sœur est indispensable, eu égard au handicap dont souffre cette dernière, cependant il ne l'établit pas. Le 11 février 2025, il a été interpellé pour des faits d'exhibition sexuelle au préjudice d'un mineur de 15 ans, dans un lieu accessible aux regards du public, à proximité immédiate d'une école, sur le territoire de la commune d'Orly. Compte tenu des éléments circonstanciés des faits ainsi reprochés qui ressortent des pièces du dossier, le comportement de M. C doit être regardé comme constitutif d'une menace pour l'ordre public. L'intéressé est d'ailleurs convoqué, le 5 juin 2025, à une audience de la 13ème chambre du tribunal correctionnel de Créteil. Ainsi, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'aux circonstances propres à sa vie familiale, le préfet du Val-de-Marne n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis par la mesure d'éloignement. Par suite, le préfet du Val-de-Marne n'a pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; / () ".

9. Il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet du Val-de-Marne a fondé la mesure d'éloignement sur la circonstance que M. C se trouvait être dans la condition définie au 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatif à l'entrée et au maintien, sans titre, sur le territoire français. Néanmoins, compte tenu de ce qui a été dit au point 7. du présent jugement, la décision contestée trouve également son fondement légal dans les dispositions du 5° du même article, portant sur la menace pour l'ordre public. Ces dispositions peuvent être substituées aux précédentes dès lors qu'en l'espèce, d'une part, cette substitution de base légale ne prive M. C d'aucune garantie et d'autre part, l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions. Par suite, il y a lieu de faire droit à la demande de substitution de base légale du préfet du Val-de-Marne.

10. En quatrième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 7. du présent jugement, le préfet du Val-de-Marne n'a pas commis d'erreur d'appréciation en qualifiant le comportement de M. C de menace pour l'ordre public.

11. En cinquième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7. du présent jugement, le préfet du Val-de-Marne n'a pas entaché sa décision d'illégalité en relevant que les liens personnels et familiaux de M. C en France ne sont pas intenses ni stables, eu égard à la date de son entrée sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

12. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen tiré de l'exception d'illégalité, dirigé contre la décision refusant au requérant l'octroi d'un délai de départ volontaire, doit être écarté.

13. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () ".

14. D'une part, ainsi qu'il a été dit au point 10. du présent jugement, c'est à bon droit que le préfet du Val-de-Marne a qualifié le comportement de M. C de menace pour l'ordre public. Le préfet pouvait donc légalement fonder le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire sur les seules dispositions du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

15. D'autre part, M. C ne peut utilement soutenir que le préfet du Val-de-Marne a commis une erreur de fait s'agissant des garanties de représentation, alors que la décision attaquée est motivée, à la fois, par la menace pour l'ordre public et par le risque de soustraction à la mesure d'éloignement en l'absence de démarche effectuée par le requérant en vue d'obtenir la délivrance d'un titre de séjour ainsi que le prévoient les dispositions du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du 1° de l'article L. 612-3 du même code.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

16. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen tiré de l'exception d'illégalité, dirigé contre la décision fixant le pays de renvoi, doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

17. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen tiré de l'exception d'illégalité, dirigé contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, doit être écarté.

18. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

19. En édictant une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans à l'encontre de M. C, qui s'est légalement vu refuser un délai de départ volontaire, ainsi qu'il a été dit au point 14. du présent jugement, et compte-tenu des circonstances de l'espèce, notamment rappelées au point 7., le préfet du Val-de-Marne n'a pas commis d'erreur d'appréciation.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées.

Sur les conclusions accessoires :

21. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions accessoires présentées par le requérant doivent également être rejetées, par voie de conséquence.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2025.

La magistrate désignée,

M. Nguër

La greffière,

C. Goossens

La République mande et ordonne au préfet du Val-de-Marne, ou à tout préfet territorialement compétent, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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