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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2503429

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2503429

mardi 4 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2503429
TypeDécision
FormationPôle Urgences (J.U)
Avocat requérantMEUNIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête sommaire et un mémoire complémentaire, enregistrés les 27 et

28 février 2025, M. B C, retenu au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot 3, représenté par Me Meunier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 février 2025 par lequel le préfet du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, et lui a interdit de circuler sur le territoire français pendant une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet compétent, d'une part, de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour sur le fondement de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de procéder à un nouvel examen de sa situation et, d'autre part, de mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- son droit d'être entendu a été méconnu ;

- la décision méconnait l'article L. 251-1 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il ne constitue pas une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la nation ; la décision est entachée d'erreur d'appréciation ;

- la décision méconnait les articles L. 251-2 et L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il a acquis un droit au séjour permanent.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne l'interdiction de circulation sur le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- il ne pouvait faire l'objet, en sa qualité de ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Montreuil a désigné Mme Gaullier-Chatagner, première conseillère, pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gaullier-Chatagner ;

- les observations de Me Meunier, avocate du requérant, qui a indiqué que les conclusions de la requête dirigées contre la décision portant interdiction de retour devaient être regardées comme dirigées contre la décision portant interdiction de circulation pendant une durée de trois ans, a expressément abandonné le moyen dirigé contre l'ensemble des décisions tiré de l'incompétence de leur auteur, a repris les conclusions et autres moyens exposés dans la requête et a ajouté que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaissait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les observations de M. C assisté de Mme A, interprète en langue roumaine ;

- et les observations du préfet du Val-de-Marne, représenté par Me Rahmouni, qui conclut au rejet de la requête, aucun des moyens soulevés n'étant fondé.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant roumain, déclare être entré sur le territoire français en 2011. Par un arrêté du 13 février 2025, le préfet du Val-de-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trois ans. M. C demande l'annulation de cet arrêté.

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions contestées :

2. L'arrêté attaqué vise, notamment, les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application. Il fait, en outre, état des éléments relatifs à la situation personnelle du requérant et précise que l'intéressé a fait l'objet d'une condamnation pour, notamment, des faits de violence par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, en récidive. Par ailleurs, l'arrêté attaqué justifie l'obligation de quitter le territoire par le comportement personnel du requérant qui constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, au sens de l'article L. 251-1, 2° et, il mentionne, s'agissant du refus d'un délai de départ volontaire, qu'eu égard à la nature des faits commis et au risque de récidive, il y a urgence à éloigner le requérant du territoire. Enfin, l'arrêté vise l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile fondant l'interdiction de circulation et fait état de l'absence de liens personnels et familiaux, intenses et stables, en France du requérant, puis il fait mention de l'absence de méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales s'agissant de la décision fixant le pays de destination. L'arrêté litigieux comporte ainsi et avec suffisamment de précisions les considérations de droit et de fait qui fondent chacune des décisions qu'il contient. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que les décisions attaquées seraient insuffisamment motivées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, si aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ", il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant.

4. Toutefois, il résulte également de la jurisprudence de la Cour de Justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. Au cas d'espèce, M. C, qui se borne à soutenir que son droit d'être entendu a été méconnu, n'allègue pas qu'il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance du préfet du Val-de-Marne avant que ne soit prise la mesure d'éloignement et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît son droit à être entendu ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; () ".

6. Il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

7. Il ressort des pièces du dossier, notamment de la fiche pénale du requérant, que M. C a été condamné en dernier lieu le 27 mars 2024 par le tribunal correctionnel de Paris à une peine de trente mois d'emprisonnement dont douze mois avec sursis probatoire pendant trois ans, pour des faits de violence par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, usage illicite de stupéfiants et menace de mort avec ordre de remplir une condition, commise par une personne ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. Ces faits graves présentent un caractère récent et ont été commis, pour partie, en état de récidive. En outre, si l'intéressé, qui a fait l'objet de plusieurs mesures d'éloignement en 2021 et 2022, fait valoir qu'il a purgé sa peine, qu'il est présent en France depuis 2011 et qu'il a travaillé de 2019 à 2023 dans le domaine du BTP, il ne produit que quelques bulletins de paie et contrats, au titre des années 2020 à 2022, correspondant à des missions temporaires et il n'apporte pas les éléments démontrant l'existence d'une relation stable avec une ressortissante de nationalité française, alors par ailleurs qu'il démontre avoir un enfant résidant en Roumanie. Dans ces conditions, le préfet du Val-de-Marne n'a pas inexactement appliqué les dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en obligeant le requérant à quitter le territoire français sans délai au motif que son comportement constituait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Par ailleurs, pour les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être exposés, le requérant ne démontre pas que la mesure d'éloignement méconnaitrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 251-1 les citoyens de l'Union européenne ainsi que les membres de leur famille qui bénéficient du droit au séjour permanent prévu par l'article L. 234-1 ". Aux termes de l'article L. 234-1 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés à l'article L. 233-1 qui ont résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédentes acquièrent un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français () ". Aux termes de l'article L. 233-1 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; () ".

9. M. C soutient que la décision litigieuse viole les dispositions citées au point précédent dès lors qu'il réside régulièrement en France depuis 2011, qu'il travaille dans le domaine du bâtiment. Toutefois, les éléments qu'il produit ne démontrent pas une présence ininterrompue sur le territoire français au cours des cinq dernières années. En outre, s'il soutient qu'il entre dans les conditions de ces dispositions au motif qu'il travaille depuis 2019, le requérant ne le démontre pas en se bornant à produire des bulletins de paie correspondant à des contrats de mission temporaire au titre des années 2020 à 2022.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. En premier lieu, il résulte des développements qui précèdent que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination serait illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement prise à son encontre.

11. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 7, les moyens tirés de ce que la décision fixant le pays de destination serait contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et entachée d'erreur d'appréciation doivent, en tout état de cause, être écarté.

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

12. En premier lieu, il résulte des développements qui précèdent que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision refusant un délai de départ volontaire serait illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement prise à son encontre.

13. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel ".

14. Il résulte de ce qui a été exposé au point 7, s'agissant notamment de la nature des faits commis par M. C et de la réitération de certains d'entre eux, que le comportement personnel de l'intéressé représente, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, qui justifie l'urgence à l'éloigner. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision en litige serait entachée d'une erreur d'appréciation ne peut être accueilli.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :

15. En premier lieu, il résulte des développements qui précèdent que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français prise à son encontre serait illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement prise à son encontre.

16. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ".

17. Si M. C fait valoir qu'il ne pouvait pas faire l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dès lors qu'il est de nationalité roumaine, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français en litige.

18. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 7, le moyen tiré de ce que la décision serait entachée d'erreur d'appréciation au vu de sa situation personnelle doit être écarté.

19. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à B C et au préfet du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mars 2025.

La magistrate désignée,

N. Chatagner-Gaullier

Le greffier,

F. de Thezillat

La République mande et ordonne au préfet du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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