mercredi 2 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2503465 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | BIROLINI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 février et 14 mars 2025, M. A B, représenté par Me Birolini, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de le convoquer à un rendez-vous afin qu'il puisse déposer sa demande de carte de résident, et de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler à l'issue de ce rendez-vous, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil, sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la condition tenant à l'urgence est satisfaite dès lors qu'en raison d'un problème technique, il n'est pas parvenu à déposer sa demande de carte de résident sur la plateforme de l'Administration numérique pour les étrangers en France (ANEF) ; elle est également satisfaite dès lors qu'il ne dispose de la capacité de déposer une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que durant l'année de ses dix-huit ans, soit jusqu'au 21 juin 2025 ; par ailleurs, il se trouve dans une situation financière précaire et ne peut travailler ni suivre une formation en l'absence de titre de séjour, alors qu'il est père d'un enfant mineur et que sa compagne et mère de l'enfant est encore scolarisée au lycée ;
- la mesure sollicitée est utile dès lors qu'elle lui permettra d'obtenir un rendez-vous afin de déposer sa demande de titre de séjour ;
- le prononcé de la mesure sollicitée ne fera pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 mars 2025, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les conditions d'urgence et d'utilité de la mesure sollicitée ne sont pas remplies.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Gauchard, vice-président, pour statuer sur les demandes en référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant afghan né le 21 juin 2006, indique être entré en France en 2017 alors qu'il était encore mineur, accompagné de sa mère et de sa fratrie, afin de rejoindre son père qui y a obtenu le statut de réfugié. Il a alors été mis en possession d'un document de circulation pour étranger mineur et a résidé régulièrement sur le territoire français. En 2024, année de ses dix-huit ans, il a souhaité déposer une demande de carte de résident sur le fondement des dispositions de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur la plateforme de l'Administration numérique pour les étrangers en France (ANEF). Toutefois, en raison d'un problème technique, il n'a pas été en mesure de procéder au dépôt de sa demande. M. B soutient que malgré de nombreuses et vaines démarches qu'il a effectuées depuis plusieurs mois pour tenter de surmonter ce blocage, il n'est toujours pas parvenu à déposer sa demande. Il demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de le convoquer à un rendez-vous pour procéder à l'enregistrement de sa demande de titre de séjour.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence, et sur simple requête qui sera recevable, même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles, sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
3. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. S'agissant de la condition d'urgence à laquelle est notamment subordonné le prononcé des mesures mentionnées à l'article L. 521-3, il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si la situation portée à sa connaissance est de nature à porter un préjudice suffisamment grave et immédiat à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l'article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.
4. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.
5. Ainsi qu'il a été dit au point 1, M. B a tenté de déposer une demande de carte de résident sur le fondement des dispositions de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur la plateforme de l'ANEF, sans toutefois y parvenir en raison d'un problème technique faisant obstacle à la création de son espace personnel, nécessaire au dépôt de demande de titre de séjour. Il résulte de l'instruction que l'intéressé a, par l'intermédiaire de son assistante sociale, tenté de prendre contact à de multiples reprises par l'envoi de nombreux courriels entre le mois d'août 2024 et le mois de mars 2025, tant auprès des services techniques de l'ANEF que des services de la préfecture de la Seine-Saint-Denis, afin de les alerter sur sa situation et de solliciter une convocation à un rendez-vous afin de pouvoir déposer sa demande, sans obtenir de réponse utile. Dans ces conditions, et dès lors que l'absence d'examen des droits de M. B fait obstacle à ce qu'il puisse séjourner régulièrement sur le territoire français en tant qu'enfant d'un réfugié, le prononcé de la mesure sollicitée par le requérant satisfait aux conditions d'utilité et d'urgence exigées par l'article L.521-3 du code de justice administrative.
6. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet de la
Seine-Saint-Denis de donner, dans un délai de six semaines à compter de la notification de la présente ordonnance, une date de convocation à M. B afin de lui permettre de faire enregistrer sa demande de titre de séjour. Il n'y a pas lieu, à ce stade, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :
7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de communiquer à M. B, dans un délai de six semaines à compter de la notification de la présente ordonnance, une date de rendez-vous pour lui permettre de déposer une demande de titre de séjour.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Birolini et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Fait à Montreuil, le 2 avril 2025.
Le juge des référés,
L. Gauchard
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2503465