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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2011296

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2011296

mardi 16 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2011296
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantMARTEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés respectivement le 21 octobre 2020, les 4 mai et 31 décembre 2021, et le 26 mai 2023, l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) Powertech Industrie, représentée par Me Martel, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) la décharge des cotisations supplémentaires à l'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos de 2012 à 2014, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) la décharge des droits supplémentaires de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er octobre 2011 au 31 janvier 2015, ainsi que des pénalités correspondantes ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et de le condamner aux entiers dépens.

Elle soutient que :

- les droits de la défense ont été méconnus en violation de l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les avis de mise en recouvrement mettant à sa charge les impositions en litige n'indiquant pas qu'elle peut être assistée d'un avocat et étant signés par une personne incompétente ;

- le dépôt de son dossier en commission départementale des impôts et des taxes sur le chiffre d'affaires a été refusé ;

- elle n'a pas obtenu l'intégralité des pièces de son dossier fiscal, en méconnaissance notamment de l'article L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration ;

- les impositions supplémentaires ne sont pas fondées ;

- les majorations et amendes appliquées l'ont été en méconnaissance de la loi fiscale.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 29 avril 2021, 20 janvier 2022 et 6 novembre 2023, l'administrateur général des finances publiques, chargé de la direction de contrôle fiscal Île-de-France conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le premier protocole additionnel à cette convention ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bertoncini, président-rapporteur,

- et les conclusions de M. Bories, rapporteur public.

Une note en délibéré, présentée par l'EURL Powertech Industrie, a été enregistrée le 15 mars 2024.

Considérant ce qui suit :

1. L'EURL Powertech Industrie, qui a une activité d'installation de radiateurs électriques, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre de la période du 1er octobre 2011 au 31 janvier 2015 à l'issue de laquelle, par une proposition de rectification du 22 juillet 2015 établie selon la procédure de redressement contradictoire, l'administration fiscale l'a informée, après avoir dressé un procès-verbal de défaut de présentation de comptabilité et reconstitué extra-comptablement son chiffre d'affaires et ses résultats, de son intention de rehausser ses cotisations à l'impôt sur les sociétés et ses droits de taxe sur la valeur ajoutée. Après le rejet de sa quatrième réclamation préalable, elle demande la décharge de l'intégralité des impositions, en droits et pénalités, mises à sa charge.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. En premier lieu, l'entreprise requérante ne conteste pas avoir eu plusieurs entretiens avec le vérificateur pendant la vérification de comptabilité. Il résulte également de l'instruction que la proposition de rectification du 22 juillet 2015 indiquait qu'elle disposait de trente jours pour adresser ses observations et se faire assister d'un conseil, la réponse aux observations formulées par l'EURL Powertech Industrie précisant encore à l'intéressée qu'elle disposait de la faculté de saisir la commission départementale des impôts et taxes sur le chiffre d'affaires. Dans ces circonstances, à supposer le moyen soulevé, il n'est pas établi que le vérificateur se serait soustrait à engager avec l'entreprise contribuable un débat oral et contradictoire au cours des opérations de contrôle, et que celle-ci n'aurait pas bénéficié de l'intégralité des droits et garanties qui s'attachent, d'une part, à l'exercice de son droit de communication par l'administration, et d'autre part, tant à la vérification de comptabilité qu'à la procédure de rectification contradictoire. Pour les mêmes motifs, et en tout état de cause, les droits de la défense garanties par l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales comme par le premier protocole additionnel à celle-ci n'ont pas été méconnus.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 350 terdecies de l'annexe III au code général des impôts, dans sa version alors applicable : " I. Sous réserve des dispositions des articles 409 et 410 de l'annexe II au code général des impôts, seuls les fonctionnaires de la direction générale des finances publiques appartenant à des corps des catégories A et B peuvent fixer les bases d'imposition et liquider les impôts, taxes et redevances ainsi que proposer les rectifications. () II. Les fonctionnaires mentionnés au premier alinéa du I peuvent exercer les attributions que ces dispositions leur confèrent à l'égard des personnes physiques ou morales ou groupements de personne de droit ou de fait qui ont déposé ou auraient dû déposer dans le ressort territorial du service déconcentré ou du service à compétence nationale dans lequel ils sont affectés une déclaration, un acte ou tout autre document ainsi qu'à l'égard des personnes ou groupements qui, en l'absence d'obligation déclarative, y ont été ou auraient dû y être imposés ou qui y ont leur résidence principale, leur siège ou leur principal établissement () ".

4. Il résulte de l'instruction que l'entreprise requérante, qui a son siège à Neuilly-sur-Seine, dans le département des Hauts-de-Seine, a déposé ses déclarations fiscales dans ce département. Partant, les agents de la direction de contrôle fiscal Île-de-France, compétente territorialement sur l'ensemble de l'Île-de-France, entrant dans le champ du I de l'article 350 terdecies précité, étaient compétents pour fixer les bases d'imposition et liquider les impôts des contribuables domiciliés dans leur ressort d'affectation. Il résulte de l'instruction que les opérations de contrôle ont été menées par M. B, inspecteur des finances publiques près cette direction, qui était donc compétent, en application de l'article 350 terdecies de l'annexe III au code général des impôts, pour y procéder et pour adresser par l'EURL Powertech Industrie la proposition de rectification du 22 juillet 2015.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 1651 G du code général des impôts, dans sa version alors applicable : " Pour des motifs de confidentialité, le contribuable peut demander la saisine de la commission d'un autre département. Ce département est choisi par le président du tribunal administratif dans le ressort de ce tribunal ou, lorsque le ressort du tribunal administratif ne comprend qu'un seul département, par le président de la cour administrative d'appel territorialement compétente, dans le ressort de cette cour () ". Les éventuelles irrégularités de l'avis émis par la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires ne peuvent avoir d'autre effet que de modifier, le cas échéant, la dévolution de la charge de la preuve conformément aux dispositions de l'article L 192 du livre des procédures fiscales, et restent sans incidence sur la régularité de la procédure d'imposition.

6. Il est constant que l'entreprise requérante a sollicité, le 27 novembre 2015, la saisine d'une commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires autre que celle du département des Hauts-de-Seine, celle de l'Hérault, dès lors que son gérant était hébergé chez sa mère à Montpellier. Outre que cette demande de dépaysement de son dossier ne se fondait pas sur des motifs de confidentialité, mais de pure convenance personnelle, elle portait sur la commission d'un département hors du ressort de la cour administrative d'appel de Versailles. Ainsi la commission du département des Hauts-de-Seine, compétente territorialement, a pu légalement se prononcer le 1er mars 2017. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de l'avis de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires des Hauts-de-Seine ne peut qu'en tout état de cause, être écarté.

7. En quatrième lieu, l'EURL Powertech Industrie, qui prétend que l'administration ne lui aurait pas communiqué la totalité des pièces versées dans son dossier fiscal, ne peut utilement invoquer la méconnaissance des articles L. 311-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration, et notamment son article L. 311-6, qui ont pour objet de faciliter, de manière générale, l'accès des personnes aux documents administratifs et non de modifier les règles particulières qui régissent la procédure d'imposition.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 256-1 du livre des procédures fiscales : " L'avis de mise en recouvrement prévu à l'article L 256 indique pour chaque impôt ou taxe le montant global des droits, des pénalités et des intérêts de retard qui font l'objet de cet avis. / L'avis de mise en recouvrement mentionne également que d'autres intérêts de retard pourront être liquidés après le paiement intégral des droits. / Lorsque l'avis de mise en recouvrement est consécutif à une procédure de rectification, il fait référence à la proposition prévue à l'article L 57 ou à la notification prévue à l'article L 76 et, le cas échéant, au document adressé au contribuable l'informant d'une modification des droits, taxes et pénalités résultant des rectifications () ".

9. Il résulte de ces dispositions, que l'avis de mise en recouvrement litigieux, qui comportait par ailleurs l'intégralité des mentions prévues par l'article R. 256-1 précité, n'avait pas à indiquer que l'entreprise requérante pouvait être assistée d'un conseil pour le contester. Par suite, le moyen tiré de ce que, pour ce motif, les droits de la défense auraient été méconnus, en tout état de cause, en méconnaissance notamment de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales comme de l'article 1er du premier protocole additionnel à celle-ci, ne peut qu'être écarté.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 257 A du livre des procédures fiscales : " Les avis de mise en recouvrement peuvent être émis et rendus exécutoires et les mises en demeure de payer peuvent être émises, sous l'autorité du comptable public compétent, par les agents du service ayant reçu délégation ".

11. Il résulte de l'instruction que M. C A, qui a émis l'avis de mise en recouvrement du 30 juin 2017 adressé à l'EURL Powertech Industrie en vertu d'une délégation de signature qui lui a été donnée par un arrêté de la comptable publique, responsable du service des impôts des entreprises de Neuilly-sur-Seine du 1er septembre 2016, dont l'article 4 précisait qu'il serait publié au recueil des actes administratifs du département des Hauts-de-Seine. Cette disposition de l'arrêté relative à ses modalités de publication permet de présumer de ce que cette publication serait effectivement mise en œuvre. Par suite, cette présomption n'étant pas renversée par l'entreprise requérante, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, de ce que l'avis de mise en recouvrement en litige a été émis par un agent disposant d'une délégation de signature régulièrement publiée.

Sur le bien fondé des impositions en litige :

12. Il résulte de l'instruction qu'au cours des opérations de contrôle, qui se sont déroulées à la demande de l'entreprise vérifiée dans les locaux de l'administration, le gérant n'a pas été en mesure de présenter de comptabilité ou de fichier retraçant ses écritures comptables, mais uniquement des factures d'achat. Ce faisant, un procès-verbal de défaut de comptabilité a donc été dressé le 16 juillet 2015, et l'administration a reconstitué extra-comptablement le chiffre d'affaires de l'entreprise vérifiée. Pour y parvenir, le vérificateur a exercé son droit de communication auprès de l'établissement bancaire tenant le compte de l'entreprise ainsi qu'auprès de ses fournisseurs. L'administration fiscale a ensuite, sur la base des encaissements nets portés sur le compte bancaire de la requérante, déterminé son chiffre d'affaires taxable et la taxe sur la valeur ajoutée déductible. Elle a procédé de même pour rectifier les résultats imposables à l'impôt sur les sociétés.

13. L'administration fiscale ayant établie le 16 juillet 2015 un procès-verbal de défaut de remise de comptabilité, en application du dernier alinéa de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales, il appartient à l'EURL Powertech Industrie d'établir le caractère exagéré de son imposition.

14. Le contribuable à qui incombe la charge de prouver l'exagération d'une reconstitution de son chiffre d'affaires peut, s'il n'est pas en mesure d'établir le montant exact de ses résultats en s'appuyant sur une comptabilité régulière et probante, soit critiquer la méthode d'évaluation que l'administration a suivie et qu'elle doit faire connaître au contribuable, en vue de démontrer soit que cette méthode est radicalement viciée ou excessivement sommaire, soit qu'elle aboutit, au moins sur certains points et pour un certain montant, à une exagération des bases d'imposition, soit encore, aux mêmes fins, soumettre à l'appréciation du juge une nouvelle méthode d'évaluation permettant de déterminer les bases d'imposition avec une précision meilleure que celle qui pouvait être atteinte par la méthode primitivement utilisée par l'administration. A l'appui de sa démonstration, il peut, en cours d'instance, apporter tous les éléments de preuve comptables ou extra-comptables.

15. L'EURL Powertech Industrie se borne à contester le bien-fondé des redressements en litige sans ne critiquer ni la méthode de reconstitution, ni ne proposer une nouvelle méthode d'évaluation permettant de déterminer les bases d'imposition avec une précision meilleure que celle qui pouvait être atteinte par la méthode primitivement utilisée par l'administration, ni même indiquer en quoi cette méthode devrait être corrigée. Ainsi, elle n'assortit pas sa critique du bien-fondé des impositions en litige des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

Sur les pénalités :

16. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".

17. L'administration fiscale, qui a assorti les rehaussements de taxe sur la valeur ajoutée de la pénalité en cause, fait valoir, sans être sérieusement contredite, que l'EURL Powertech Industrie qui n'a pu présenter aucune comptabilité au vérificateur, ni justifier de la réalité de ses recettes comme de ses charges, pour l'intégralité de la période vérifiée, a procédé néanmoins à des déclarations de chiffre d'affaires qu'elle était dans l'incapacité de justifier. Elle établit également que le gérant, et associé unique, qui ne pouvait ignorer ses obligations comptables, a en procédant de la sorte dégagé un crédit de taxe sur la valeur ajoutée fictif de 389 211 euros dans le seul but d'enrichir son dirigeant, l'entreprise n'ayant plus d'activité depuis 2014. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme rapportant la preuve, qui lui incombe, de l'intention délibérée de l'EURL Powertech Industrie d'éluder l'impôt. C'est donc à bon droit qu'elle a appliqué aux redressements litigieux la pénalité de 40 % du a de l'article 1729 du code général des impôts.

18. Il résulte de tout ce qui précède que l'EURL Powertech Industrie n'est pas fondée à demander la décharge des droits supplémentaires de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2018, ainsi que des pénalités y afférentes.

Sur les frais liés au litige :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans l'instance, la somme que l'EURL Powertech Industrie demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de l'EURL Powertech Industrie est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'EURL Powertech Industrie et à l'administrateur général des finances publiques, chargé de la direction de contrôle fiscal Île-de-France.

Délibéré après l'audience du 13 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

Mme Saïh, première conseillère,

Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.

Le président-rapporteur,

T. BertonciniL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

Z. Saïh

La greffière,

N. Magen

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2011296

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