jeudi 30 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2102413 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 8ème Chambre |
| Avocat requérant | COIGNET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 17 février 2021 et 23 février 2023, M. F D A, représenté par Me Coignet, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 janvier 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a prononcé son expulsion du territoire français dès sa levée d'écrou et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté en litige a été signé par une autorité incompétente ;
- cet arrêté est fondé sur des faits matériellement inexacts ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article 3-1 de la convention de New-York du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 août 2021, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention de New-York du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Weiswald, premier conseiller ;
- les conclusions de Mme Chabrol, rapporteure publique ;
- les observations de Me Coignet représentant M. D A ;
- le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. F D A, ressortissant portugais né le 24 juin 1992, est entré en France en 2010, selon ses déclarations. Par un arrêté du 4 janvier 2021, dont il demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine a prononcé son expulsion du territoire français.
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté litigieux a été signé par M. Vincent Berton, secrétaire général de la préfecture des Hauts-de-Seine, qui bénéficiait d'une délégation de signature en vertu d'un arrêté PCI n° 2020-148 du 21 décembre 2020, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 22 décembre suivant, à l'effet de signer à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département des Hauts-de-Seine à l'exception de certains actes dont la décision contestée ne fait pas partie. Par ailleurs, l'arrêté contesté, auquel n'avait pas à être joint la délégation de signature précitée, comporte le nom, le prénom et la qualité de son signataire, de telle sorte qu'il permettait au requérant de vérifier la compétence de son auteur. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté manque en fait et doit, dès lors, être écarté.
3. En deuxième lieu, comme le soutient M. D A et contrairement à ce qu'indique l'arrêté litigieux, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait été condamné pour sa participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un crime et pour trafic, transport et détention de stupéfiants ou qu'il serait connu défavorablement des services de police pour des faits de recel de biens provenant d'un vol en bande organisée. Toutefois, il ressort également des pièces du dossier que l'autorité préfectorale aurait pris la même décision si elle ne s'était fondée que sur les circonstances que l'intéressé a été condamné à deux mois d'emprisonnement en avril 2019 pour des faits de conduite en ayant fait usage de stupéfiants et refus d'obtempérer à une sommation de s'arrêter ainsi qu'à neuf années d'emprisonnement en avril 2020 pour des faits de vol en bande organisé avec armes et n'avait pas commis cette erreur de fait, laquelle est, dès lors, sans influence sur la légalité de la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué serait fondé sur des faits matériellement inexacts doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 521-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " Les mesures d'expulsion prévues aux articles L. 521-1 à L. 521-3 peuvent être prises à l'encontre des ressortissants d'un État membre de l'Union européenne () si leur comportement personnel représente une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société. / Pour prendre de telles mesures, l'autorité administrative tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée de leur séjour sur le territoire national, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle dans la société française ainsi que l'intensité des liens avec leur pays d'origine ".
5. Ces dispositions doivent être interprétées à la lumière des objectifs de la directive du 29 avril 2004, notamment de ses articles 27 et 28 mentionnés au point 3. Il appartient à l'autorité administrative d'un État membre qui envisage de prendre une mesure d'éloignement à l'encontre d'un ressortissant d'un autre État membre de ne pas se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, mais d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. L'ensemble de ces conditions doivent être appréciées en fonction de la situation individuelle de la personne, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.
6. Il est constant que M. D A a été condamné le 11 avril 2019 par le tribunal correctionnel de Versailles à deux mois d'emprisonnement pour des faits de conduite en ayant fait usage de stupéfiants et refus d'obtempérer à une sommation de s'arrêter ainsi que le 19 juin 2020 par la Cour d'assises de l'Essonne pour des faits de vols en bande organisée avec armes. Estimant au vu de l'ensemble de son comportement que la présence de l'intéressé sur le territoire français constituait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société, le préfet des Hauts de Seine a, après un avis favorable de la commission départementale d'expulsion des Hauts-de-Seine du 18 décembre 2020, prononcé son expulsion du territoire français dès sa levée d'écrou et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office. M. D A soutient qu'en raison de son incarcération à la date de l'arrêté d'expulsion attaqué, il ne pouvait être regardé comme constituant une menace actuelle et imminente pour l'ordre public notamment en raison des gages de réinsertion qu'il présente. Toutefois, la circonstance qu'une personne soit emprisonnée au moment de l'adoption de la décision d'expulsion sans perspective de libération dans un avenir proche n'exclut pas que son comportement représente une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. En outre, ainsi qu'il a été dit, le requérant a fait l'objet de deux condamnations pénales en 2019 et 2020 dont la dernière à neuf années d'emprisonnement pour des faits de vols en bande organisée avec armes commis à trois reprises entre avril et février 2017. Par ailleurs, si l'intéressé se prévaut de rapports d'expertises psychologique et psychiatriques établis les 3 octobre 2017 et 25 juin 2018 ainsi que d'un rapport de détention du 19 mai 2020, mentionnant notamment qu'il " ne présente pas un état dangereux d'un point de vue psychiatrique ", qu'il " est réadaptable " et qu'il travaille en détention où son comportement est calme et correct, il ressort cependant de ce même rapport de détention qu'il a été sanctionné à deux reprises lors de sa détention provisoire entre avril 2017 et janvier 2020, notamment en raison d'une altercation avec un autre détenu. S'il fait également valoir qu'après avoir été placé en régime de semi-liberté à compter du 26 octobre 2021, il bénéficie, depuis le 27 juin 2022, d'une liberté conditionnelle jusqu'à la fin de sa peine et qu'il travaille depuis le 10 mars 2022, sous contrat à durée indéterminée, en qualité de chauffeur, livreur installateur, ces éléments constituent toutefois des gages de réinsertion professionnelle et sociale fragiles qui sont insuffisants pour lever les craintes de récidives de l'intéressé compte tenu de la gravité des faits ayant donné lieu à la dernière condamnation prononcée à son encontre et de ce qu'il ne justifie pas de gages de réinsertion sur le plan familial alors que les rapports psychologique et psychiatriques susmentionnés indiquent qu'il présente un " défaut d'appuis psychiques " et qu'il se décrit lui-même comme un " suiveur ". Dans ces conditions, et en dépit des efforts de réinsertion effectués par M. D A, postérieurement à la date de l'arrêté attaqué pour la plupart, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine aurait commis une erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article L. 521-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
8. M. D A se prévaut de la durée de son séjour depuis 2010 sur le territoire français où résident sa mère et ses quatre sœurs et où il a travaillé jusqu'en 2017 dans le secteur des bâtiments et travaux publics. Il soutient en outre qu'il est dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine et qu'il est le père de trois enfants nés en France de deux mères différentes. Toutefois, les bulletins de salaire délivrés entre juin 2014 et janvier 2017 puis à compter de mars 2022 produits par l'intéressé ne sauraient démontrer une insertion professionnelle stable et ancienne sur le territoire. Par ailleurs, il n'est pas établi par les autres pièces versées au dossier que le requérant, qui est séparé des deux mères de ses enfants, contribuerait effectivement à l'éducation et à l'entretien de ses enfants ou aurait tissé des liens particuliers avec eux, les attestations des membres de sa famille et de ses ex-compagnes, dont l'une indique qu'il verse une pension alimentaire étant à cet égard insuffisamment probantes à elles seules. Enfin, M. D A n'est pas dépourvu de famille dans son pays d'origine, où réside toujours son père et où il a vécu jusque l'âge de dix-huit ans. Par suite, eu égard à la gravité des faits et de la menace que l'intéressé représente, l'arrêté d'expulsion attaqué n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations précitées de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de la convention internationale des droits de l'enfant. Par suite, ces moyens doivent être écartés.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. D A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 4 janvier 2021. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. D A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F D A et au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 8 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Féral, président, M. B et M. C, premiers conseillers.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.
Le rapporteur,
signé
J.-B. C
Le président,
signé
R. FéralLa greffière,
signé
M. E
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Grenoble — N° TA38-2511300
Le Tribunal Administratif de Grenoble a annulé l'arrêté d'obligation de quitter le territoire français (OQTF) pris à l'encontre d'une ressortissante algérienne. Le juge a retenu que le préfet de la Seine-Saint-Denis avait signé l'arrêté en méconnaissance d'une clause de sa propre délégation de signature, ce qui constitue une incompétence. Cette illégalité entache l'ensemble de la procédure, rendant inutile l'examen des autres moyens soulevés. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) relatives à la compétence et à la forme des actes.
03/04/2026
Tribunal Administratif de Grenoble — N° TA38-2511321
Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de Mme B... visant à annuler l'arrêté préfectoral refusant un titre de séjour et ordonnant une obligation de quitter le territoire français. Le tribunal a jugé que la décision était signée par une autorité compétente, qu'un examen particulier de la situation avait été réalisé, et que les conditions exceptionnelles de l'article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'étaient pas remplies. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la CEDH et d'une erreur manifeste d'appréciation ont également été écartés.
03/04/2026
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2511531
Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a annulé l'arrêté préfectoral du 27 mai 2025 refusant un titre de séjour et ordonnant l'éloignement d'un ressortissant tunisien. Le juge a retenu que l'administration avait méconnu son obligation d'examiner la situation personnelle et familiale du requérant au regard de son droit au respect de la vie privée, notamment en vertu de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. En conséquence, le préfet est enjoint de réexaminer la demande de titre de séjour dans un délai de deux mois.
31/03/2026