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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2103894

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2103894

vendredi 24 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2103894
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCABINET OLIVIER BOURDEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 mars 2021, la SCCV Cyrille, représentée par Me Bourdeau, avocat, demande au Tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2016 à 2018, ainsi que des pénalités correspondantes, pour un montant total de 74 070 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La SCCV Cyrille soutient que :

- elle ne pouvait pas perdre le bénéfice du régime fiscal des sociétés de construction-vente prévu à l'article 239 ter du code général des impôts, et être ainsi soumise à l'impôt les sociétés, au seul motif qu'elle aurait procédé à l'achat d'un bien immobilier, en se prévalant des dispositions de l'article 1115 du code général des impôts, puis à sa revente sans y avoir réalisé le moindre travail, alors que l'absence de réalisation des travaux initialement prévus est due à une insuffisance de moyens, et qu'elle ne saurait donc être regardée comme exerçant à titre habituel une activité de marchand de biens ;

- le versement de la somme de 80 000 euros à la société GFLBI, correspondant à une indemnité de résiliation d'un contrat d'assistance à maîtrise d'ouvrage, correspondant aux pratiques du secteur, ne saurait être considéré comme un acte anormal de gestion ;

- le manquement délibéré ne peut pas être établi, dès lors que la société GBLFI, qui est par ailleurs associée dans la SCCV Cyrille, a constaté le produit du versement de cette indemnité dans sa comptabilité.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 septembre 2021, l'administrateur général des finances publiques, chargé de la direction de contrôle fiscal Île-de-France, conclut au rejet de la requête.

L'administrateur général des finances publiques, chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Île-de-France, fait valoir que les moyens invoqués par la SCCV Cyrille ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Villette, conseiller ;

- et les conclusions de M. Prost, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SCCV Cyrille, qui a pour activités déclarées l'acquisition par voie d'achat ou d'apport de tous immeubles et la construction sur ceux-ci de tous biens de toutes destinations, la vente en totalité ou par lots de ces biens, à terme, en l'état futur d'achèvement ou après achèvement, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité pour la période 1er janvier 2016 au 31 décembre 2018. À la suite de cette vérification, l'administration fiscale, constatant que l'activité effectivement exercée par la société ne correspondait pas à son objet social et qu'elle relevait, en application du 2. de l'article 206 du code général des impôts, de l'impôt sur les sociétés, lui a notifié, par une proposition de rectification du 11 décembre 2019, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des années 2016 à 2018. La réclamation, du 16 novembre 2020, présentée par la société requérante en vue d'obtenir le dégrèvement de ces impositions supplémentaires, a été rejetée par l'administration fiscale le 21 janvier 2021. La SCCV Cyrille demande au Tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2016 à 2018, ainsi que les pénalités correspondantes, pour un montant total de 74 070 euros.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

Sur le bien-fondé des impositions :

2. Aux termes de l'article 206 du code général des impôts : " " () 2. Sous réserve des dispositions de l'article 239 ter, les sociétés civiles sont également passibles dudit impôt () si elles se livrent à une exploitation ou à des opérations visées aux articles 34 et 35 () ". Aux termes de l'article 34 du même code : Sont considérés comme bénéfices industriels et commerciaux, pour l'application de l'impôt sur le revenu, les bénéfices réalisés par des personnes physiques et provenant de l'exercice d'une profession commerciale, industrielle ou artisanale () ". Aux termes de l'article 35 de ce code : " I. - Présentent également le caractère de bénéfices industriels et commerciaux, pour l'application de l'impôt sur le revenu, les bénéfices réalisés par les personnes physiques désignées ci-après : / 1° Personnes qui, habituellement, achètent en leur nom, en vue de les revendre, des immeubles, des fonds de commerce, des actions ou parts de sociétés immobilières ou qui, habituellement, souscrivent, en vue de les revendre, des actions ou parts créées ou émises par les mêmes sociétés () ". Enfin aux termes de l'article 239 ter du code général des impôts : " I. - Les dispositions du 2 de de l'article 206 ne sont pas applicables aux sociétés civiles créées après l'entrée en vigueur de la loi n° 64-1278 du 23 décembre 1964 et qui ont pour objet la construction d'immeubles en vue de la vente, à la condition que ces sociétés ne soient pas constituées sous la forme de sociétés par actions ou à responsabilité limitée et que leurs statuts prévoient la responsabilité indéfinie des associés en ce qui concerne le passif social () ".

3. D'une part, il résulte de la combinaison de ces dispositions qu'une société civile exerçant l'une des activités visées à l'article 35 du code général des impôts est en principe assujettie à l'impôt sur les sociétés, sauf à ce que, sous les conditions prévues à l'article 239 ter de ce code, elle ait pour objet la construction d'immeubles en vue de la vente. Ce régime dérogatoire s'applique aux sociétés civiles qui, tout en remplissant les conditions exigées par ces dispositions, ne se livrent pas effectivement, en plus des opérations de construction-vente et réserve faite, le cas échéant, des opérations accessoires à cette activité, à d'autres opérations qui, si elles étaient effectuées isolément, auraient pour conséquence la soumission de ces sociétés à l'impôt sur les sociétés en application des dispositions combinées des articles 206 et 35 du code général des impôts.

4. D'autre part, la condition d'habitude à laquelle est subordonnée, d'après leurs termes mêmes, l'application des dispositions précitées du 1° du I. de l'article 35 du code général des impôts, n'est pas en principe remplie dans le cas d'une société civile qui a eu pour seule activité la réalisation d'une opération spéculative unique consistant à acheter et revendre en l'état un immeuble déterminé. Il en va toutefois différemment lorsque les associés qui jouent un rôle prépondérant ou bénéficient principalement des activités de la société sont des personnes se livrant elles-mêmes de façon habituelle à des opérations immobilières soit par des achats et des ventes faites en leur propre nom, soit par leur participation à des sociétés civiles dont chacun réalise une opération déterminée. En pareil cas, la société étant l'un des instruments d'une activité d'ensemble entrant dans le champ d'application du 1° du I de l'article de ce code, doit être réputée remplir la condition d'habitude posée par ce texte.

5. En l'espèce, il n'est pas contesté que la SCCV Cyrille a procédé à l'achat d'un ensemble immobilier situé 6, rue du Landy à Saint-Ouen, qu'elle a revendu en l'état le 6 janvier 2017, ni que les associés propriétaires de la société requérante se livreraient à titre habituel à une activité d'achat, en vue de leur revente, de biens immobiliers. Par ailleurs, s'il est constant que la SCCV Cyrille remplit, par son objet statutaire et par sa forme, les conditions énoncées à l'article 239 ter du code général des impôts précité, l'intéressée, en se bornant à soutenir qu'elle a dû renoncer à son projet de construction en raison de diverses difficultés, ne justifie pas l'abandon de ce projet, et s'être ainsi écarté de son objet social, du fait d'un événement indépendant de sa volonté. Dans ces conditions, la SCCV Cyrille doit être regardée comme ayant eu une activité commerciale, au sens du 1° du I de l'article 35 du code général des impôts, qui la rend passible de l'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 206 de ce code.

6. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : / 1° Les frais généraux de toute nature () ". En vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, s'il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits qu'elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable de justifier tant du montant des charges qu'il entend, en application du I. de l'article 39 du code général des impôts précité, déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du même code que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. Le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.

7. Il résulte de l'instruction que le service vérificateur a réintégré, dans le résultat imposable de la SCCV Cyrille, des dépenses correspondant à une indemnité versée à la société GFLBI au titre de la résiliation d'un contrat d'assistance à maîtrise d'ouvrage, au motif, notamment, que la société requérante ne justifiait d'aucune contrepartie tirée de ce contrat, alors que la société GFLBI, appartenant au même groupe de sociétés que l'intéressée, avait une activité de marchand de biens, ne disposait que d'un seul salarié, et que l'immeuble faisant l'objet du contrat d'assistance à maîtrise d'ouvrage s'était trouvé sous promesse de vente à peine deux mois après la signature de ce contrat. En se bornant à soutenir que la société GFLBI a, sur la période du 22 août 2016 au 6 janvier 2017, réalisé diverses missions, telles que la mise en place de contrat d'assurance ou l'introduction de référés préventifs, sans apporter le moindre élément de preuve à l'appui de ses allégations, la SCCV Cyrille ne justifie pas de l'existence d'une contrepartie qu'elle aurait retiré de ce contrat. Dans ces conditions, l'administration fiscale était fondée à considérer que les dépenses en cause ne présentaient pas la nature de charges déductibles du bénéfice de la SCCV Cyrille, et à rehausser ses résultats.

Sur les pénalités :

8. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'État entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ". Il incombe à l'administration d'apporter la preuve du bien-fondé de l'application de ces sanctions.

9. Pour justifier du bien-fondé de la pénalité pour manquement délibéré, l'administration fiscale s'est fondée sur l'importance du montant de la charge indument déduite, et sur la circonstance que la société requérante avait porté en charge une somme, facturée par une société membre du groupe auquel elle appartient, pour laquelle elle ne pouvait ignorer l'absence de contrepartie autre que la réduction de son propre bénéfice imposable. Dès lors, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, du manquement délibéré de la SCCV Cyrille et, par suite, du bien-fondé des pénalités qui ont été mises à sa charge, en application de l'article 1729 précité du code général des impôts.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge présentées par la SCCV Cyrille doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Les conclusions présentées à ce titre par la SCCV Cyrille doivent, par suite, être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la SCCV Cyrille est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCCV Cyrille et à l'administrateur général des finances publiques, chargé de la direction de contrôle fiscal Île-de-France.

Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2023.

Le rapporteur,

signé

G. VILLETTE

Le président,

signé

K. KELFANI La greffière,

signé

A. CHANSON

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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