jeudi 13 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2104840 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 9ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET LECAT ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrés les 10 avril 2021, 7 janvier, 21 juin, 18 octobre 2022, 24 octobre 2023, 15 mai 2024, 10 et 17 juin 2024, Mme C B, représentée par Me Lecat, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite née le 10 avril 2021 par laquelle le directeur de l'établissement public de santé (EPS) Roger Prévot a refusé de lui accorder la protection fonctionnelle ;
2°) d'enjoindre à l'établissement public de santé (EPS) Roger Prévot de lui accorder la protection fonctionnelle, et notamment de : faire cesser les agissements harcelants, lui adresser une lettre personnelle de soutien, la maintenir à son poste, sauf demande contraire de sa part, adresser aux équipes un courrier, rappelant le cadre juridique du fonctionnement d'un pôle clinique, le risque pénal encouru pour dénonciation calomnieuse, et le risque disciplinaire en cas de diffamation envers les collègues ou la hiérarchie médicale et paramédicale, publier un communiqué ou droit de réponse au titre de la loi de 1881, prendre en charge ses frais, à savoir le montant des honoraires de l'avocat, le montant des consignations réclamées en cas de dépôt de plainte avec constitution de partie civile, ou en cas de citation directe de l'auteur des faits devant une juridiction pénale, le montant des frais exposés dans le cadre d'une action civile (frais d'huissier, expertise), le montant des frais d'huissier et/ou d'avocat exposés pour obtenir l'exécution de la décision judiciaire rendue à son profit, le montant des frais afférents aux déplacements, ainsi qu'à ceux de l'avocat, nécessités par la procédure judiciaire ;
3°) de mettre à la charge de l'EPS Roger Prévot la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation ;
- elle est entachée d'un détournement de pouvoir et/ou de procédure dès lors qu'elle constitue une mesure excédant l'exercice du normal du pouvoir hiérarchique dans la mesure où elle est victime de mesures de rétorsion à la suite de l'alerte lancée par son chef de pôle sur des faits graves dans le fonctionnement du pôle à l'égard des patients.
L'EPS Roger Prévot n'a pas présenté d'observations malgré la mise en demeure qui lui a été adressée par courrier du 15 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse ;
- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Jacquelin,
- et les conclusions de Mme Chabrol, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, infirmière cadre supérieur de santé depuis le 16 octobre 2008, a été recrutée par l'EPS Roger Prévot, et occupe, en qualité de cadre, la fonction d'assistante du chef du pôle G02-Asnières. La direction de l'établissement a reçu une lettre non signée et datée du 14 mai 2020 portant la mention " l'équipe d'infirmière de l'extra hospitalier ", intitulée " Alerte sur la situation inquiétante dans le secteur d'Asnières " et faisant état des difficultés rencontrées par les personnels et concluant " la question de harcèlement, d'abus de pouvoir et de maltraitance se pose ". Par un courrier du 8 février 2021, reçu par l'administration le 10 février suivant, Mme B a demandé l'octroi de la protection fonctionnelle, en raison de la teneur de la lettre du 14 mai 2020 précitée. Le silence de l'administration a fait naître une décision implicite de rejet, dont l'intéressée demande l'annulation.
Sur l'acquiescement aux faits :
2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant. ".
3. Malgré la mise en demeure qui lui a été adressée le 15 septembre 2023, l'EPS Roger Prévot n'a produit aucun mémoire en défense dans le délai qui lui a été imparti et, en tout état de cause, avant la clôture de l'instruction fixée au 8 juillet 2024. Ainsi, il est réputé avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête. Il appartient toutefois au juge de vérifier que ces faits ne sont pas contredits par les pièces du dossier.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa version applicable au litige : " I.-A raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, le fonctionnaire ou, le cas échéant, l'ancien fonctionnaire bénéficie, dans les conditions prévues au présent article, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire (). IV.- La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté () ".
5. Ces dispositions établissent à la charge de l'administration une obligation de protection de ses agents lorsqu'ils ont été victimes d'attaques à raison de leurs fonctions, sans qu'une faute personnelle puisse leur être imputée, à laquelle il ne peut être dérogé que pour des motifs d'intérêt général. Cette obligation de protection a pour objet, non seulement de faire cesser les attaques auxquelles l'agent est exposé, mais aussi d'assurer à celui-ci une réparation adéquate des torts qu'il a subis. La mise en œuvre de cette obligation peut notamment conduire l'administration à assister son agent dans l'exercice des poursuites judiciaires qu'il entreprendrait pour se défendre. Il appartient dans chaque cas à l'autorité administrative compétente de prendre les mesures lui permettant de remplir son obligation vis-à-vis de son agent, sous le contrôle du juge et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.
6. Aux termes de l'article 29 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse : " Toute allégation ou imputation d'un fait qui porte atteinte à l'honneur ou à la considération de la personne ou du corps auquel le fait est imputé est une diffamation. () ".
7. Il ressort des pièces du dossier, comme il a été dit au point 1, que la direction des soins de l'EPS Roger Prévot a été destinataire, d'une lettre non signée et datée du 14 mai 2020 portant la mention " équipe d'infirmière de " l'extra-hospitalier " " intitulée " Alerte sur la situation inquiétante dans le secteur d'Asnières ". Cette lettre fait état de difficultés rencontrées par les personnels du pôle et conclut " la question de harcèlement, d'abus de pouvoir et de maltraitance se pose ", de la part notamment de l'encadrement du pôle d'Asnières, dont fait partie Mme B, en sa qualité de cadre et d'assistante du docteur D. Ce même courrier indique que " l'équipe soignante dans sa globalité subit depuis plusieurs années des injonctions hiérarchiques incohérentes " () qu'" il est impossible pour nous d'exprimer des avis divergents de ceux de l'encadrement " () qu'" il est difficile de résister à un clivage permanent agi par l'encadrement " (). A la suite de cette lettre, l'administration a diligenté une enquête administrative interne qui s'est déroulée du 19 juin au 4 novembre 2020, compte tenu de la crise sanitaire, à l'issue de laquelle un rapport a été établi, lequel conclut " à l'absence d'un projet de service et d'une vision de la prise en charge thérapeutique, à des problèmes de management et à une absence de dialogue au sein du secteur extrahospitalier ". Toutefois, la requérante fait valoir le caractère impartial de cette enquête dès lors qu'elle a été menée à charge. Il ressort des autres éléments produits au dossier que l'ensemble des personnels n'a pas été entendu lors de cette enquête. Ainsi, la requérante produit une attestation en date du 11 février 2021, signée de 15 professionnels de l'établissement, qui déplorent ne pas avoir été entendus au cours de l'enquête administrative et qui font valoir que cette enquête est dénuée d'impartialité. En outre, ce document fait état de ce que : " certains d'entre nous n'ont pas été reçus par les responsables de l'enquête () les termes qualifiant les actions de " l'encadrement " nous paraissent abusifs () Nous souhaitons témoigner, malgré le manque d'effectifs, d'une ambiance de travail apaisée depuis plusieurs mois dans les différentes unités du secteur ". Ces éléments sont corroborés par le courrier du 23 juillet 2021 du docteur A adressé à la direction, présidente de la commission médicale d'établissement, qui évoque que " l'enquête administrative sur le pôle d'Asnières, partielle, à charge, n'a pas entendu l'ensemble des professionnels sur les difficultés institutionnelles rencontrés par le pôle et a fait apparaître des témoignages contradictoires ". Dans ces conditions, les conclusions de l'enquête administrative ne peuvent être regardées comme de nature à retenir la réalité des faits d'abus de pouvoir, de harcèlement et maltraitance évoqués par la lettre du 14 mai 2020. Si Mme B n'est pas nominativement citée dans ce courrier, elle est, d'une part, en copie du courrier, et d'autre part, en tant que membre de l'encadrement du pôle d'Asnières et assistante du chef de pôle, concernée par les propos précités. Eu égard à la diffusion de ce courrier auprès de la direction des soins paramédicaux et des syndicats SUD, CGT, et UNSA, les faits cités, en plus d'être pénalement répréhensibles, sont susceptibles de porter atteinte à l'honneur et à la réputation de la requérante. Ils constituent ainsi des faits ayant été portés de façon diffamatoire ouvrant droit au bénéfice de la protection fonctionnelle. L'EPS Roger Prévot n'a formulé aucune observation en défense. Il est ainsi réputé avoir acquiescé aux faits ainsi exposés par la requérante dans ses écritures, qui ne sont, ainsi qu'il vient d'être dit pas contredits par les pièces du dossier. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B aurait commis une faute personnelle, ni que le centre hospitalier Roger Prévost, qui ainsi qu'il a été dit, n'a pas produit d'observations en défense, aurait fondé sa décision sur un motif d'intérêt général, justifiant que la protection fonctionnelle lui soit refusée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être accueilli.
8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision implicite de rejet née le 9 décembre 2021 de la demande de protection fonctionnelle pour les faits de diffamation subies à raison de ses fonctions d'encadrement au sein du pôle d'Asnières doit être annulée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
9. Le présent jugement implique nécessairement que la directrice de l'EPS Roger Prévot accorde à Mme B le bénéfice de la protection fonctionnelle contre les écrits à caractère diffamatoire contenus dans la lettre du 14 mai 2020 à raison de ses fonctions au sein du Pôle d'Asnières. Ainsi qu'il a été dit au point 5, il appartient à l'administration d'apprécier, sous le contrôle du juge, les modalités appropriées pour assurer à Mme B la protection qu'elle lui doit.
Sur les frais liés au litige :
10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'EPS Roger Prévot la somme de 1 500 euros à verser à Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La décision de rejet implicite née le 10 avril 2021 d'octroi de la demande de protection fonctionnelle de Mme B est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à l'établissement public de santé Roger Prévot d'accorder à Mme B le bénéfice de la protection fonctionnelle contre les propos diffamatoires contenus dans la lettre du 14 mai 2020 subis à raison de l'exercice de ses fonctions d'encadrement au sein du pôle d'Asnières.
Article 3 : L'établissement public de santé Roger Prévot versera à Mme B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à l'établissement public de santé Roger Prévot.
Délibéré après l'audience du 21 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Le Griel, présidente ;
M. Jacquelin, premier conseiller ;
Mme Fabas, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2025.
Le rapporteur,
signé
G. Jacquelin
La présidente,
signé
H. Le Griel
La greffière,
signé
H. Mofid
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation, le greffier
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-24PA03101
La Cour administrative d’appel de Paris a été saisie par le ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique d’un appel contre un jugement du tribunal administratif de Paris ayant déchargé M. Capitaine de rappels de TVA pour 2016 et 2017. Le litige portait sur l’exonération de TVA des prestations d’hypnose et de thérapie familiale exercées par M. Capitaine, soumises à taxation d’office. La cour a annulé le jugement et rétabli les impositions, jugeant que M. Capitaine, qui ne justifiait pas des diplômes requis pour exercer en tant que psychologue ou psychothérapeute, ne pouvait bénéficier de l’exonération prévue à l’article 261-4-1° du code général des impôts. La décision s’appuie sur les directives européennes 77/388/CEE et 2006/112/CE, ainsi que sur les décrets et arrêtés nationaux relatifs aux professions de psychologue et psychothérapeute.
04/05/2026
Conseil d'État — N° 515333
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de Mme A..., magistrate, qui demandait le report et l'encadrement de ses auditions par l'inspection générale de la justice (IGJ) dans le cadre d'une enquête administrative. La requérante invoquait une atteinte grave à ses droits de la défense, à sa dignité et à l'indépendance juridictionnelle. Le juge a estimé que l'audition prévue du 4 au 7 mai 2026, qui ne préjugeait pas de l'issue de l'enquête ni d'éventuelles poursuites disciplinaires, n'était pas susceptible de porter une atteinte manifestement disproportionnée à ses droits. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la condition d'urgence n'étant pas retenue comme caractérisant une illégalité grave.
03/05/2026
Conseil d'État — N° 509298
Le Conseil d'État rejette la requête de M. A... pour défaut d'intérêt à agir, les circonstances invoquées (qualité de citoyen, d'usager ou de professionnel) n'étant pas suffisamment directes et certaines pour contester la nomination du président du conseil d'administration de l'OFII. La portée de cette décision est de rappeler la rigueur du contrôle de l'intérêt à agir en matière de nominations aux emplois publics.
09/04/2026