jeudi 13 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2108422 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | HOGAN LOVELLS LLP |
Vu la procédure suivante :
Par une requête sommaire et des mémoires, enregistrés les 29 juin 2021, 12 août 2021, 26 avril 2022 et 21 mars 2023, la société MGF Logistique (MGF), représentée par Me Scanvic, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 29 avril 2021 par laquelle le grand port fluvio-maritime de l'axe Seine (HAROPA) a rejeté son offre portant sur un terrain de 62 950 mètres carrés situé route du Bassin n° 6 sur le port de Gennevilliers, et l'a informée que le projet présenté par la société Goodman a été désigné lauréat ;
2°) d'annuler la décision par laquelle HAROPA a attribué la concession du terrain litigieux à la société Goodman ;
3°) d'annuler la convention conclue entre HAROPA et la société Goodman ;
4°) de mettre à la charge de HAROPA la somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
EIle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée, dès lors qu'elle ne contient pas un exposé détaillé des raisons qui ont conduit à son éviction ;
- elle a été prise sur la base de critères de notation erronés, ceux-ci n'étant ni transparents ni porteurs de garanties d'impartialité, et ne peut, de ce fait, conduire à la signature d'une convention valide, débarrassée de toute illégalité ;
- a méconnu la durée de validité de la convention d'occupation du domaine public, signée le 6 décembre 1972, arrivée à terme et par laquelle l'occupation du domaine public avait été consentie au groupe dont elle relève pour une durée de cinquante ans.
Par trois mémoires en défense, enregistrés les 3 mars 2022, 25 mai 2022 et 22 mai 2023, l'établissement HAROPA conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, au rejet de la requête, et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la société MGF au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la décision de rejet de l'offre présentée par la requérante n'est pas susceptible de recours pour excès de pouvoir et qu'aucun des moyens n'est fondé.
Par deux mémoires en intervention, enregistrés les 7 mars et 25 mai 2022, la société Goodman, représentée par Me Cantier, conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, au rejet de la requête, et demande à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la société MGF au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la décision de rejet de l'offre présentée par la requérante n'est pas susceptible de recours pour excès de pouvoir et qu'aucun des moyens n'est fondé.
Par une ordonnance du 18 mars 2022, prise en application des dispositions de l'article R. 611-7-1 du code de justice administrative, la date à partir de laquelle aucun moyen nouveau ne pourra plus être invoqué a été fixée au 19 avril 2022 à 16 heures.
Par une ordonnance du 1er septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 18 septembre 2023 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- l'ordonnance n° 2021-614 du 19 mai 2021 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 16 novembre 2023.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bories,
- les conclusions de M. Lebdiri, rapporteur public,
- les observations de Me Piwnica, représentant la société requérante,
- les observations de Mme A, représentant HAROPA,
- et les observations de Me Layrisse, substituant Me Cantier, représentant la société Goodman.
Considérant ce qui suit :
1. La société MGF Logistique occupait un terrain relevant du domaine public fluvial, situé route du Bassin n° 6 sur le port de Gennevilliers, et propriété du grand port fluvio-maritime de l'axe Seine (HAROPA), aux termes d'une convention d'occupation du domaine public. Elle s'est portée candidate à un appel à projets lancé par HAROPA dans le but de sélectionner l'occupant de ce terrain à l'échéance de la convention qui les lie. Par un courrier du 29 avril 2021, HAROPA a informé la société MGF, d'une part, du rejet de sa candidature et, d'autre part, de la sélection du projet d'occupation du domaine public soumis par la société Goodman. La société MGF demande au tribunal d'annuler cette décision, ainsi que la décision par laquelle la concession a été attribuée à la société Goodman et la convention d'occupation du domaine public conclue entre HAROPA et la société Goodman.
2. En premier lieu, tout tiers à un contrat administratif susceptible d'être lésé dans ses intérêts de façon suffisamment directe et certaine par sa passation ou ses clauses est recevable à former devant le juge du contrat un recours de pleine juridiction contestant la validité du contrat ou de certaines de ses clauses non réglementaires qui en sont divisibles. La légalité du choix du cocontractant ne peut être contestée qu'à l'occasion d'un tel recours, exercé dans un délai de deux mois à compter de l'accomplissement des mesures de publicité appropriées. Il résulte de ce qui précède que la légalité de ce choix ainsi que celle du refus simultanément opposé à un candidat ne peuvent être contestées, par ce dernier, que par un recours de pleine juridiction contestant la validité du contrat. Le candidat évincé n'est, dès lors, pas recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre la décision par laquelle l'autorité administrative n'a pas retenu son offre.
3. Il résulte de ce qui précède que la décision attaquée du 29 avril 2021, par laquelle HAROPA a informé la société requérante que son offre n'avait pas été retenue, et que la société Goodman avait été désignée lauréate de l'appel à projets, n'est pas susceptible de recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de la société LOGIMMO dirigées contre cette décision et contre l'attribution de la concession à la société Goodman sont irrecevables. La fin de non-recevoir opposée en ce sens par HAROPA et par la société Goodman doit dès lors être accueillie.
4. En second lieu, il ressort des pièces du dossier qu'une convention d'occupation du domaine public, portant sur le terrain litigieux, a été signée entre HAROPA et la société Goodman le 2 novembre 2022, postérieurement à la date de cristallisation des moyens fixée par le tribunal au 19 avril 2022. Les conclusions de la requérante dirigées contre cet acte, présentées avant même sa conclusion, sont ainsi, et en tout état de cause, irrecevables.
5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de HAROPA, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la société MGF Logistique au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées à ce titre par HAROPA, qui ne justifie pas avoir exposé de frais de représentation par un avocat. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la société requérante la somme de 1 500 euros à verser à la société Goodman.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : La requête de la société MGF Logistique est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par l'établissement HAROPA au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Il est mis à la charge de la société MGF Logistique la somme de 1 500 euros à verser à la société Goodman au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société MGF Logistique, à la société Goodman et au grand port fluvio-maritime de l'axe Seine.
Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bories, présidente,
M. Bourragué, premier conseiller,
Mme Goudenèche, conseillère,
Assistés de Mme Nimax, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.
La présidente-rapporteure,
signé
C. BoriesL'assesseur le plus ancien,
signé
S. Bourragué La rapporteure,
M. B La présidente,
C. Van Muylder
La greffière,
signé
S. Nimax
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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