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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2109079

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2109079

jeudi 29 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2109079
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantELBAZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 décembre 2021, M. et Mme A B, représentés par Me Elbaz, avocat, demandent au Tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2015 et 2016 ainsi que des majorations et pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. et Mme B soutiennent que :

- l'administration fiscale a refusé, à tort, de saisir la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, en méconnaissance des articles L. 59 et L. 59 A du livre des procédures fiscales ;

- la somme perçue par la SARL Société européenne des boyaux (SEB) est une prime exceptionnelle au sens de l'article 163-0 A du code général des impôts ;

- l'administration a qualifié à tort de revenus distribués le remboursement de la créance détenue par la SARL SEB sur l'un de ses sociétés fournisseuses ;

- les pénalités pour manquement délibéré prononcées en application de l'article 1729 du code général des impôts ne sont pas fondées.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 décembre 2021, l'administrateur général des finances publiques, chargé de la direction de contrôle fiscal Île-de-France, conclut au rejet de la requête.

L'administrateur général des finances publiques, chargé de la direction de contrôle fiscal Île-de-France fait valoir que les moyens invoqués par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Louazel, conseillère ;

- et les conclusions de M. Prost, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B ont fait l'objet d'un examen contradictoire de leur situation fiscale personnelle portant sur la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016 à l'issue duquel ils se sont vu notifier, par deux propositions de rectification des 29 mai et 13 juillet 2018, selon la procédure contradictoire, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre des années 2015 et 2016, ainsi que des majorations et pénalités correspondantes. Par une réclamation préalable en date du 1er février 2021, rejetée le 19 mai 2021, M. et Mme B ont contesté les cotisations supplémentaires des impositions mises à leur charge. Les requérants demandent au Tribunal de prononcer la décharge de ces cotisations.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

2. Aux termes de l'article L. 55 du livre des procédures fiscales : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 56, lorsque l'administration des impôts constate une insuffisance, une inexactitude, une omission ou une dissimulation dans les éléments servant de base au calcul des impôts, droits, taxes, redevances ou sommes quelconques dues en vertu du code général des impôts ou de l'article L. 2333-55-2 du code général des collectivités territoriales, les rectifications correspondantes sont effectuées suivant la procédure de rectification contradictoire définie aux articles L. 57 à L. 61 A () ". Aux termes de l'article L. 59 du même code : " Lorsque le désaccord persiste sur les rectifications notifiées, l'administration, si le contribuable le demande, soumet le litige à l'avis soit de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires prévue à l'article 1651 du code général des impôts () ". Aux termes de l'article L. 59 A de ce code : " I.-La commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires intervient lorsque le désaccord porte : / 1° Sur le montant du résultat industriel et commercial, non commercial, agricole ou du chiffre d'affaires, déterminé selon un mode réel d'imposition () ".

3. M. et Mme B soutiennent que l'administration a irrégulièrement refusé de saisir pour avis la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires. Il est toutefois constant que les rehaussements en litige ont été opérés, pour partie, dans les catégories des traitements et salaires et de revenus de capitaux mobiliers. Or ces matières n'entrent pas dans le champ de compétence de la commission tel qu'il est défini au I de l'article L. 59 A du livre des procédures fiscales. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que M. et Mme B n'ont pas formulé d'observations à la réponse de l'administration du 17 octobre 2018 portant sur le montant et les conséquences financières des cotisations supplémentaires d'imposition mises à leur charge dans la catégorie des bénéfices non commerciaux non professionnels par les deux propositions de rectifications adressées les 29 mai et 13 juillet 2018. Dans ces conditions, en l'absence d'un désaccord exprimé sur ces points, l'administration a pu à bon droit estimer que M. et Mme B avaient tacitement donné leur accord à ce chef de rehaussement. Par suite, l'administration fiscale a pu légalement, sans entacher la procédure d'imposition d'irrégularité, ne pas donner suite à la demande de M. et Mme B de saisir la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires.

En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition :

4. Aux termes de l'article 12 du code général des impôts : " L'impôt est dû chaque année à raison des bénéfices ou revenus que le contribuable réalise ou dont il dispose au cours de la même année. ". Aux termes de l'article 163-0 A du même code : " I. - Lorsqu'au cours d'une année un contribuable a réalisé un revenu qui par sa nature n'est pas susceptible d'être recueilli annuellement et que le montant de ce revenu exceptionnel dépasse la moyenne des revenus nets d'après lesquels ce contribuable a été soumis à l'impôt sur le revenu au titre des trois dernières années, l'intéressé peut demander que l'impôt correspondant soit calculé en ajoutant le quart du revenu exceptionnel net à son revenu net global imposable et en multipliant par quatre la cotisation supplémentaire ainsi obtenue. Le revenu exceptionnel net s'entend après imputation, le cas échéant, du déficit constaté dans la même catégorie de revenu, du déficit global ou du revenu net global négatif () ".

5. Il résulte de l'instruction que M. B a perçu, au titre de l'année 2016, une somme totale de 381 000 euros de la SARL SEB, comptabilisée par cette dernière comme une prime exceptionnelle versée dans le cadre de ses fonctions de gérant. Toutefois, les requérants, qui supportent la charge de la preuve du caractère exagéré des impositions en litige, ne démontrent pas que cette somme était un revenu exceptionnel au sens des dispositions précitées de l'article 163-0 A du code général des impôts. Par suite, M. et Mme B ne sont pas fondés à demander le bénéfice de ces dispositions.

6. Aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : () c. Les rémunérations et avantages occultes () ".

7. Pour imposer M. et Mme B à raison de revenus distribués par la SARL SEB, l'administration a relevé que M. B avait reconnu, dans le cadre d'une procédure judiciaire le concernant, avoir perçu une somme de 47 000 euros en espèces qu'il a utilisé à des fins personnelles. Si le requérant soutient que cette somme correspond au remboursement, par la SARL SEB, d'une créance qu'elle détenait sur l'une de ses sociétés fournisseuses, il ne résulte pas de l'instruction que cette somme a été régulièrement comptabilisée par la société SEB, ni qu'elle aurait été portée au crédit du compte courant d'associé de M. B. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration l'a imposée au titre de revenus distribués en application du c) de l'article 111 du code général des impôts.

En ce qui concerne les pénalités :

8. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ". Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs, de la taxe sur la valeur ajoutée et des autres taxes sur le chiffre d'affaires, des droits d'enregistrement, de la taxe de publicité foncière et du droit de timbre, la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration. ".

9. Pour justifier du bien-fondé de la pénalité pour manquement délibéré, l'administration fait valoir qu'en raison des parts détenues et des fonctions de gérant que M. B exerçait dans la société SEB, les requérants ne pouvaient pas ignorer le caractère imposable des sommes en litige. Dans ces conditions, au regard des fonctions de M. B et du caractère important de ces sommes, l'administration apporte la preuve, qui lui incombe, de l'existence d'une volonté délibérée des intéressés d'éviter le paiement de l'impôt dû, justifiant l'application aux droits en litige de la pénalité de 40 % prévue par les dispositions précitées de l'article 1729 du code général des impôts.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge de la requête de M. et Mme B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement d'une quelconque somme au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A B et à l'administrateur général des finances publiques, chargé de la direction de contrôle fiscal Île-de-France.

Délibéré après l'audience du 1er février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 février 2024.

La rapporteuse,

signé

M. LOUAZEL

Le président,

signé

K. KELFANI Le greffier,

signé

D. HAUDE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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