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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2113354

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2113354

lundi 14 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2113354
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation8ème Chambre
Avocat requérantCABINET GAFTARNIK, LE DOUARIN & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 octobre 2021 et le 23 mai 2022, la société par actions simplifiée (SAS) TSE Express Médical, représentée par le cabinet Gaftarnik, Levi et Le Douarin, demande au tribunal :

1°) la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2014 et 2015 et des droits supplémentaires de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015, dont le paiement lui est réclamé en sa qualité de débiteur solidaire sur le fondement de l'article 1724 quater du code général des impôts ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 15 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- la proposition de rectification n'est pas suffisamment motivée en méconnaissance de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ;

- c'est à tort que l'administration fiscale a mis en œuvre à son encontre la procédure de solidarité prévue à l'article 1724 quater du code général des impôts, dès lors qu'elle avait procédé, en qualité d'entrepreneur principal, à toutes les vérifications requises ;

- la méthode de reconstitution du résultat imposable de la SARL Happy Courses utilisée par l'administration est sommaire et manifestement viciée ;

- l'administration fiscale doit faire preuve de réalisme économique en matière de reconstitution de recettes en vertu des paragraphes 200 et 210 de la documentation administrative de base référencée BOI-CF-IOR-50-20 ;

- les modalités de reconstitution du chiffre d'affaires de la SARL Happy Courses ne permettent pas de confirmer les ratios retenus de 64 % et de 85 % pour déterminer sa quote-part des impositions dues par la société sous-traitante.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 avril 2022, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code du travail ;

- la décision n° 2015-479 QPC du 31 juillet 2015 ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Saïh, rapporteure ;

- les conclusions de M. Boriès, rapporteur public ;

- les observations de Me Golab, représentant la SAS TSE Express Médical.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée (SARL) Happy Courses, sous-traitante de la société par actions simplifiée (SAS) TSE Express Médical, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à l'issue de laquelle l'administration fiscale lui a notifié, d'une part, un procès-verbal de constatation de travail dissimulé et, d'autre part, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés pour la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015 par une proposition de rectification du 6 novembre 2017. Un avis de mise en recouvrement de ces impositions, d'un montant de 532 897 euros, en date du 29 décembre 2017, a été notifié à la SARL Happy Courses. Un avis de mise en recouvrement de ces impositions, d'un montant de 295 104.23 euros, en date du 25 janvier 2018, a ensuite été notifiée à la SAS TSE Express Médical en application des dispositions de l'article 1724 quater du code général des impôts, en tant que débiteur solidaire de la SARL Happy Courses en raison de sa qualité de donneur d'ordre au titre de cette période. Le 5 février 2018, le comptable public du pôle de recouvrement spécialisé du Val-d'Oise a adressé à la SAS TSE Express Médical une mise en demeure de payer cette somme de 295 104.23 euros. Par courrier du 12 avril 2018, reçu le 16 avril suivant, la SAS TSE Express Médical a formé une réclamation préalable tendant à la décharge de son obligation de payer cette somme, qui a fait l'objet d'une décision de rejet du directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise en date du 3 juin 2019. Par courrier du 30 décembre 2020, reçu le 5 janvier 2021, la SAS TSE Express Médical a présenté une nouvelle réclamation, laquelle a été rejetée par une décision du 12 août 2021. Par la présente requête, la SAS TSE Express Médical demande au tribunal de prononcer la décharge de l'obligation de payer, à hauteur de 295 104.23 euros, les rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à la charge de la SARL Happy Courses, sa sous-traitante, au titre de la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015 et de la cotisation d'impôts sur les sociétés à laquelle cette même société a été assujettie au titre de la même période, ainsi que les pénalités correspondantes, dont le paiement lui est réclamé en sa qualité de débiteur solidaire sur le fondement de l'article 1724 quater du code général des impôts.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne le cadre juridique applicable :

2. Aux termes de l'article 1724 quater du code général des impôts : " Toute personne qui ne procède pas aux vérifications prévues à l'article L. 8222-1 du code du travail ou qui a été condamnée pour avoir recouru directement ou par personne interposée aux services de celui qui exerce un travail dissimulé est, conformément à l'article L. 8222-2 du même code, tenue solidairement au paiement des sommes mentionnées à ce même article dans les conditions prévues à l'article L. 8222-3 du code précité ".

3. L'article L. 8222-1 du code du travail prévoit que toute personne qui conclut un contrat dont l'objet porte sur une obligation d'un montant minimum en vue de l'exécution d'un travail, de la fourniture d'une prestation de services ou de l'accomplissement d'un acte de commerce est tenue de vérifier, lors de la conclusion de ce contrat et périodiquement jusqu'à la fin de son exécution, que son cocontractant s'acquitte de certaines obligations déclaratives et formalités exigées par la législation du travail. Aux termes de l'article L. 8222-2 du même code : " Toute personne qui méconnaît les dispositions de l'article L. 8222-1, ainsi que toute personne condamnée pour avoir recouru directement ou par personne interposée aux services de celui qui exerce un travail dissimulé, est tenue solidairement avec celui qui a fait l'objet d'un procès-verbal pour délit de travail dissimulé : / 1° Au paiement des impôts, taxes et cotisations obligatoires ainsi que des pénalités et majorations dus par celui-ci au Trésor ou aux organismes de protection sociale ; (). ". Aux termes de l'article L. 8222-3 de ce code : " Les sommes dont le paiement est exigible en application de l'article L. 8222-2 sont déterminées à due proportion de la valeur des travaux réalisés, des services fournis, du bien vendu et de la rémunération en vigueur dans la profession. ". Par sa décision n° 2015-479 QPC du 31 juillet 2015, le Conseil constitutionnel a déclaré conformes à la Constitution les dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 8222-2 du code du travail, citées ci-dessus, sous la réserve qu'elles n'interdisent pas au donneur d'ordre de contester la régularité de la procédure, le bien-fondé et l'exigibilité des impôts, taxes et cotisations obligatoires, ainsi que les pénalités et majorations y afférentes au paiement solidaire desquels il est tenu.

4. Pour l'application de l'article 1724 quater du code général des impôts, l'obligation de vérification incombant au donneur d'ordre naît à la conclusion du contrat et dure jusqu'à la fin de l'exécution de celui-ci. Cette obligation est méconnue pour la totalité de cette période si le donneur d'ordre n'effectue pas l'une des vérifications périodiques qui lui incombe. En cas de manquement à cette obligation de vérification, la solidarité de paiement couvre toute la durée du contrat au cours de laquelle a été constatée une infraction aux dispositions relatives au travail dissimulé.

5. L'article D. 8222-5 du code du travail dispose, dans sa version applicable au litige, que : " La personne qui contracte, lorsqu'elle n'est pas un particulier répondant aux conditions fixées par l'article D. 8222-4, est considérée comme ayant procédé aux vérifications imposées par l'article L. 8222-1 si elle se fait remettre par son cocontractant, lors de la conclusion et tous les six mois jusqu'à la fin de son exécution : / 1° Une attestation de fourniture des déclarations sociales et de paiement des cotisations et contributions de sécurité sociale prévue à l'article L. 243-15 émanant de l'organisme de protection sociale chargé du recouvrement des cotisations et des contributions datant de moins de six mois dont elle s'assure de l'authenticité auprès de l'organisme de recouvrement des cotisations de sécurité sociale. / 2° Lorsque l'immatriculation du cocontractant au registre du commerce et des sociétés ou au répertoire des métiers est obligatoire ou lorsqu'il s'agit d'une profession réglementée, l'un des documents suivants : / a) Un extrait de l'inscription au registre du commerce et des sociétés (K ou K bis) ; / b) Une carte d'identification justifiant de l'inscription au répertoire des métiers ; / c) Un devis, un document publicitaire ou une correspondance professionnelle, à condition qu'y soient mentionnés le nom ou la dénomination sociale, l'adresse complète et le numéro d'immatriculation au registre du commerce et des sociétés ou au répertoire des métiers ou à une liste ou un tableau d'un ordre professionnel, ou la référence de l'agrément délivré par l'autorité compétente ; / d) Un récépissé du dépôt de déclaration auprès d'un centre de formalités des entreprises pour les personnes en cours d'inscription. ".

En ce qui concerne le bien-fondé de la solidarité de paiement :

6. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 8222-2 du code du travail que le donneur d'ordre qui n'a pas procédé à l'ensemble des vérifications prévues à l'article L. 8222-1 du même code et précisées par décret est tenu solidairement au paiement des sommes dues au Trésor public et aux organismes de protection sociale par le cocontractant qui a fait l'objet d'un procès-verbal pour délit de travail dissimulé, à due proportion de la valeur des travaux réalisés, des services fournis, du bien vendu et de la rémunération en vigueur dans la profession. Le donneur d'ordre est considéré comme ayant procédé aux vérifications requises par l'article L. 8222-1 précité lorsqu'il s'est fait remettre par ce cocontractant les documents qu'énumère l'article D. 8222-5 du code du travail.

7. En l'espèce, la SAS TSE Express Médical soutient que les documents qu'elle produit, constitués d'une attestation du 2 février 2015 de versement de cotisations et de contributions sociales et de fourniture de déclarations des candidats attributaires d'un marché public au 31 décembre 2014, d'une attestation du 29 janvier 2016 de versement de cotisations et de fourniture de déclarations des candidats attributaires d'un marché public, deux attestations de régularité de situation fiscale et sociale établie le 9 février 2015 et le 23 janvier 2016 par le représentant de la société Happy Courses et une attestation de régularité fiscale concernant cette société du 25 janvier 2016, permettent d'établir qu'en sa qualité de donneur d'ordre de la SARL Happy Courses, elle a respecté son obligation de vigilance tout au long de leurs relations contractuelles. Toutefois, la société requérante n'a versé aucune attestation de fourniture de déclarations sociales émanant de l'organisme de protection sociale chargé du recouvrement des cotisations et des contributions sociales incombant à la société Happy Courses, telle que prévue par les dispositions précitées de l'article D. 8222-5 du code du travail. Dans ces conditions, elle ne peut être regardée comme ayant procédé à l'ensemble des vérifications prévues à l'article L. 8222-1 du même code. Par suite, l'administration pouvait à bon droit mettre à la charge de la société requérante les impositions en litige, en application de la solidarité de paiement prévue par l'article 1724 quater du code général des impôts.

En ce qui concerne la régularité de la procédure :

8. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les rectifications envisagées, de façon à permettre au contribuable de formuler ses observations de façon entièrement utile.

9. En l'espèce, la proposition de rectification du 6 novembre 2017 mentionne les impôts sur lesquels elle porte, les années en litige, le fondement légal des impositions, et expose les bases ou éléments servant au calcul des impositions et leurs modalités de détermination. Si la société requérante conteste la méthode de reconstitution du résultat imposable de la société Happy Courses, cette circonstance est sans incidence sur le caractère suffisant de la motivation de la proposition de rectification, dès lors que les motifs de fait sont suffisamment explicités pour être discutés. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que la proposition de rectification serait insuffisamment motivée au sens des dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales.

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

S'agissant de la charge de la preuve :

10. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où l'imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". Aux termes de l'article R. 193-1 du même livre : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré ". En outre, aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. () ".

11. D'une part, dès lors que la SARL Happy Courses a été imposée, par voie d'évaluation d'office en application de l'article L. 66, 3° du livre des procédures fiscales, il appartient à la SAS TSE Express Médical, qui est, en sa qualité de débiteur solidaire, soumise au même régime de charge de la preuve que le débiteur principal, d'apporter la preuve de l'exagération des montants imposables retenus par l'administration en matière de taxe sur la valeur ajoutée.

12. D'autre part, il est constant que la SARL Happy Courses s'est abstenue de répondre à la proposition de rectification datée du 6 novembre 2017. Par suite, contrairement à ce qui est soutenu, il appartient à la SAS TSE Express Médical, qui est, en sa qualité de débiteur solidaire, soumise au même régime de charge de la preuve que le débiteur principal, d'apporter la preuve de l'exagération des montants imposables retenus par l'administration en matière d'impôts sur les sociétés.

S'agissant de la méthode de reconstitution des bénéfices passibles de l'impôt sur les sociétés :

13. La société requérante conteste la méthode de reconstitution utilisée par les services car elle ne tiendrait pas compte conditions d'exploitation propres à l'entreprise et que l'activité de la société Happy Courses ne pourrait être comparée aux deux des trois entreprises retenues du fait notamment de la variation de leur taux de charges. Toutefois, il résulte de l'instruction que la société Happy Courses n'a pas été en mesure de présenter aux services fiscaux, lors des opérations de vérification, de comptabilité ou de pièces justificatives de ses recettes et de ses charges au titre de la période vérifiée du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015, et que l'administration fiscale a dressé un procès-verbal pour défaut de présentation de comptabilité et un procès-verbal de défaut de pièces justificatives en date du 5 mai 2017.

14. Pour déterminer le chiffre d'affaires de la SARL Happy Courses, le service vérificateur a repris les sommes correspondant aux factures de celle-ci, obtenues auprès de clients dans le cadre de l'exercice du droit de communication. Le chiffre d'affaires de la société Happy Courses a ainsi été déterminé à hauteur de 593 370 euros au titre de l'année 2014 et à hauteur de 629 245 euros au titre de l'année 2015. En outre, le service vérificateur a admis un montant de charges déductibles au titre de la rémunération du personnel et des cotisations sociales y afférentes à la suite de l'exercice du droit de communication auprès de l'URSSAF. Le service a également tenu compte des impositions dues par la SARL Happy Courses, à savoir l'impôt sur les sociétés et la cotisation foncière des entreprises. Enfin, les autres charges externes ont été évaluées par le service par l'application au chiffre d'affaires déterminé d'un coefficient obtenu par comparaison avec trois entreprises de chiffre d'affaires et d'activités comparables. Le coefficient moyen de charges externes a alors été fixé à 38 % au titre de l'exercice clos en 2014 et à 55 % au titre de l'exercice clos en 2015. Ainsi, le montant des charges d'exploitation admis en déduction s'élève à 264 897 euros au titre de l'exercice clos en 2014 et à 402 710 euros au titre de l'exercice clos en 2015. Si la société requérante conteste la comparaison en particulier avec deux des sociétés retenues par le service eu égard à la variation des taux de charge d'une année sur l'autre, cette circonstance n'est pas de nature à remettre en cause le montant de charges admis par l'administration, alors que la société ne produit aucune pièce susceptible de justifier la déduction d'autres charges. Dans ces conditions, la société requérante n'apporte pas d'éléments circonstanciés et justifiés qui seraient de nature à établir que la méthode retenue par l'administration serait radicalement viciée ou excessivement sommaire.

S'agissant de la méthode de reconstitution de la taxe sur la valeur ajoutée :

15. Aux termes de l'article 269 du code général des impôts : " 1. Le fait générateur de la taxe se produit : / a) Au moment où la livraison, l'acquisition intracommunautaire du bien ou la prestation de services est effectué () 2. La taxe est exigible : () c) Pour les prestations de services autres que celles visées au b bis, lors de l'encaissement des acomptes, du prix, de la rémunération ou, sur option du redevable, d'après les débits () ".

16. La SARL Happy Courses, qui exerce une activité dans le secteur du transport, est assujettie à la taxe sur la valeur ajoutée. Ainsi qu'il a été dit au point 14, la SARL Happy Courses n'a pas été en mesure de présenter aux services fiscaux, lors des opérations de vérification, de comptabilité ou de pièces justificatives de ses recettes et de ses charges au titre de la période vérifiée du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015. Pour déterminer le montant de la taxe sur la valeur ajoutée collectée, le service a exercé son droit de communication auprès du seul établissement bancaire sein duquel ladite société détient un compte bancaire au titre de la période vérifiée. Elle a alors tenu compte des encaissements apparaissant sur son compte bancaire, desquels ont été extournées les opérations annulées ainsi que les virements de compte à compte. Ainsi, le service a déterminé le rappel de la taxe sur la valeur ajoutée collectée à un montant de 105 201 euros au titre de l'année 2014 et à un montant de 122 144 euros au titre de l'année 2015. S'agissant du rappel de taxe sur la valeur ajoutée déductible, le service n'a pas retenu de taxe sur la valeur ajoutée déductible en l'absence de toute pièce justificative. Ainsi, les rappels de taxe sur la valeur ajoutée ont été fixées, après imputation des acomptes payés, à la somme de 92 530 euros au titre de l'année 2014 et à la somme de 111 019 euros au titre de l'année 2015.

17. En l'espèce, et en tout état de cause, en se limitant à contester la méthode retenue par l'administration, la société requérante ne démontre pas que cette méthode de reconstitution de la taxe sur la valeur ajoutée serait radicalement viciée.

18. En dernier lieu, à supposer que la société requérante ait entendu se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des énonciations des paragraphes 200 et 210 de la documentation administrative de base référencée BOI-CF-IOR-50-20, cette instruction, relative à la procédure d'imposition, ne constituent pas une interprétation de la loi fiscale invocable en application de cet article.

En ce qui concerne l'étendue de la solidarité financière :

19. La société requérante soutient que les modalités de reconstitution du chiffre d'affaires de la SARL Happy Courses sur la base des seuls relevés bancaires, ne permettent pas, en l'état, de confirmer les ratios retenus de 64 % et de 85 % pour déterminer sa quote-part des impositions dues par la société sous-traitante.

20. Toutefois, d'une part, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la société requérante n'apporte pas d'éléments circonstanciés et justifiés qui seraient de nature à établir que la méthode retenue par l'administration serait radicalement viciée et ou excessivement sommaire.

21. D'autre part, il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification en date du 6 novembre 2017, adressée à la société Happy Courses, qu'au vu des éléments recueillis lors du contrôle de cette société, il a été constaté que les services fournis par la société Happy Courses à la SAS TSE Express Médical se sont élevés, au titre de l'année 2014, à une somme totale de 380 261 euros, sur un montant total de services fournis de 539 370 euros, soit une proportion de 70.50 %. Par ailleurs, il résulte également de l'instruction que les services fournis par la société Happy Courses à la SAS TSE Express Médical se sont élevés, au titre de l'année 2015, à une somme totale de 530 515 euros, sur un montant total de services fournis de 629 245 euros, soit une proportion de 84.31 %. Ainsi, alors que la somme de 313 395 euros aurait dû être mise à la charge de la société requérante, il ressort de l'avis de mise en recouvrement du 25 janvier 2018, adressés à la TSE Express Médical, que celle-ci s'est vu réclamer une somme totale de 295 104.23 euros, en droits et pénalités. Ainsi, alors qu'elle ne conteste aucun de ces éléments, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que les sommes qui lui sont réclamées ne sont pas proportionnelles à la valeur des prestations qui lui ont été fournies par la SARL Happy Courses.

22. Il résulte de tout ce qui précède que la SAS TSE Express Médical n'est pas fondée à demander la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2014 et 2015 et des droits supplémentaires de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015, dont le paiement lui est réclamé en sa qualité de débiteur solidaire sur le fondement de l'article 1724 quater du code général des impôts.

Sur les frais d'instance :

23. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme au titre des frais exposés par la société requérante et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS TSE Express Médical est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS TSE Express Médical et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

Mme Saïh, première conseillère,

Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

Z. Saïh

Le président,

Signé

T. BertonciniLa greffière,

Signé

N. Magen

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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