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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2113522

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2113522

mardi 12 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2113522
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCABINET JOULAIN-LERICH / HENAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 octobre 2021, Mme F, représentée par Me Hénault, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 février 2021 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) à Montrouge a refusé de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) de mettre à la charge de l'OFII le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors que son entretien de vulnérabilité est incomplet ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; en effet, outre que la décision attaquée emporte de graves conséquences sur sa situation personnelle, les circonstances de son séjour en France constituent un motif légitime de nature à justifier le dépôt tardif de sa demande d'asile.

La requête a été communiquée au directeur général de l'OFII qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une décision du 28 juin 2021 du bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise, Mme F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Huon, président-rapporteur a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C F, ressortissante de la république du Congo née le 1er août 2002, entrée en France le 7 mars 2020, a présenté une demande d'asile qui a été enregistrée le 18 février 2021 en procédure dite " accélérée " par les services de la préfecture des Yvelines. Par une décision du même jour, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Montrouge, lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'elle a présenté sa demande d'asile plus de quatre-vingt-dix jours après son entrée en France. Par la présente requête, Mme F demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme B D, directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Montrouge, en vertu d'une délégation qui lui a été consentie à cette fin par une décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 3 décembre 2018, mise en ligne le même jour sur le site Internet de cet établissement puis publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur (BOMI) n° 2019-01 du 17 janvier 2019. Le vice d'incompétence allégué manque donc en fait.

3. En deuxième lieu, la décision en litige, vise, en les citant, les dispositions du 2° de l'article L. 744-8 et de l'article D. 744-37 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que Mme F a présenté sa demande d'asile plus de quatre-vingt-dix jours après son entrée sur le territoire français. Ainsi cette décision, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments caractérisant la situation de la requérante, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est suffisamment motivée.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à l'espèce : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil () / Les informations attestant d'une situation particulière de vulnérabilité sont transmises, après accord du demandeur d'asile, par l'Office français de l'immigration et de l'intégration à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides () ".

5. Il ressort de la fiche d'évaluation versée au dossier, laquelle a été contresignée par Mme F, que l'intéressée a bénéficié, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile, d'un entretien individuel au cours duquel un agent de l'OFII l'a interrogée sur ses conditions d'hébergement ainsi que sur ses besoins particuliers. Par suite, et alors même qu'il ne précise pas sa date d'entrée en France ni ne mentionne une éventuelle transmission d'informations à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, ce document atteste de ce que la requérante a effectivement bénéficié de la garantie prévue par les dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La procédure n'est donc pas entachée d'irrégularité de ce chef.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : / () 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2 () ". Le 3° du III de l'article L. 723-2 de ce code fixe ce délai à quatre-vingt-dix jours à compter de l'entrée du demandeur en France.

7. Il est constant que Mme F est entrée en France le 7 mars 2020 et n'a déposé sa demande d'asile que le 18 février 2021, soit après l'expiration du délai de quatre-vingt-dix jours prévu par les dispositions précitées. Pour expliquer cette situation, la requérante fait valoir qu'elle était mineure lors de son entrée en France pour rejoindre son père, lui-même demandeur d'asile, et que leur situation matérielle, à tous deux, était précaire. Toutefois, alors qu'elle est devenue majeure en août 2020 et que son père a obtenu le statut de réfugié en septembre 2020, ces circonstances, évoquées en des termes généraux, ne sauraient légitimement justifier que la requérante n'ait présenté sa demande d'asile qu'en février 2021, soit près d'un an après son entrée sur le territoire national. C'est donc à bon droit que l'OFII a, par application du 2° de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

8. Enfin, Mme F, qui, en se bornant à mentionner qu'elle est hébergée avec son père chez un tiers, qui ne justifie pas d'une situation de vulnérabilité particulière, n'établit pas que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme F n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision en date du 18 février 2021 par laquelle la directrice territoriale de l'OFII de Montrouge lui a refusé l'octroi du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent également qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C F et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 27 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président,

Mme E et M. A, premiers conseillers,

Assistés de Mme Tainsa, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2024.

L'assesseur le plus ancien,

signé

A. E

Le président,

signé

C. HUONLa greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2113522

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