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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2114516

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2114516

jeudi 13 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2114516
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantGHEDIR FRANCOIS JACQUEMIN

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 24 novembre 2021 et le 8 décembre 2021 sous le numéro 2114516, Mme A F, représentée par Me Ghedir, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 octobre 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

s'agissant de la décision de refus de séjour :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée de vices de procédure, dès lors qu'aucune pièce n'établit ni l'identité, ni la compétence des signataires de l'avis du collège des médecins de l'OFII, ni celle de l'auteur du rapport médical, ni l'existence du rapport établi par ce médecin et de sa transmission au collège des médecins de l'OFII, ni que ce médecin n'a pas siégé au sein de la formation collégiale ayant examiné cet avis ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- elle méconnaît les article L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que son fils nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'aucune prise en charge médicale adaptée n'existe au Maroc ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

s'agissant de la décision d'éloignement :

- le principe de contradictoire a été méconnu, en violation de son droit d'être entendu, garanti par le droit de l'Union européenne et de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que l'état de santé de son fils fait obstacle à son éloignement ;

- elle méconnaît les stipulations de l'articles 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation eu égard à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

s'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- la décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision d'éloignement ;

s'agissant de la décision d'interdiction de retour :

- la décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision d'éloignement ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa codification applicable depuis le 1er juin 2021 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation eu égard ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 janvier 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête, faisant valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 novembre 2021 et 8 décembre 2021 sous le numéro 2114517, M. B C, représenté par Me Ghedir, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 octobre 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient les mêmes moyens que ceux développés dans l'instance n° 2114517.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 janvier 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête, faisant valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu :

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêt rendu par la Cour de justice de l'Union européenne le 22 novembre 2012, dans l'affaire C 277/11 ;

- l'arrêt rendu par la Cour de justice de l'Union européenne le 10 septembre 2013, dans l'affaire C 383/13 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Monteagle, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant marocain, né le 20 janvier 1985, et Mme F, de même nationalité, née le 23 mai 1986, déclarent être entrés en France le 2 septembre 2015 et ont sollicité leur admission au séjour en raison de l'état de santé de leur fils. Par deux arrêtés du 7 octobre 2021, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté leurs demandes, les a obligés à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office et leur a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an. Les requérants demandent au tribunal d'annuler ces arrêtés dans toutes leurs dispositions.

2. Les requêtes nos 2114516 et 2114517 sont relatives à la situation au regard du séjour en France de deux concubins, parents de deux enfants. Elles présentent donc à juger des questions identiques et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre et de statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité des décisions de refus de séjour :

3. En premier lieu, les décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour énoncent les considérations de droit et de fait qui constituent leur fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 313-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont les garanties sont applicables aux ressortissants marocains sollicitant une admission au séjour pour soins : " Pour l'application du 11° de l'article L. 313-11, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. Les orientations générales mentionnées à la quatrième phrase du 11° de l'article L. 313-11 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé. ". L'article R. 313-23 du même code dispose : " Le rapport médical visé à l'article R. 313-22 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui le suit habituellement ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre () Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. () Le collège à compétence nationale, composé de trois médecins, émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du présent article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'office. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège () ".

5. Selon l'article 5 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le collège de médecins à compétence nationale de l'office comprend trois médecins instructeurs des demandes des étrangers malades, à l'exclusion de celui qui a établi le rapport ".

6. Il ressort des pièces du dossier que le rapport médical prévu par les dispositions précitées de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été établi le 16 juillet 2021 par le docteur D E, médecin sur la base du certificat médical produit par les intéressés. De plus, le collège des médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), où siégeaient les docteurs Levy-Attis, Delprat-Chatton et Mesbahy, a été saisi de ce rapport le 19 juillet 2021 et a rendu son avis le 7 septembre 2021. Il ressort des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine a fondé sa décision de refus de séjour sur cet avis du collège des médecins de l'OFII, versé au dossier, mentionnant le nom des médecins composant ce collège. Le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure manque donc en fait et ne peut ainsi qu'être écarté.

7. En troisième lieu, il ressort des termes des décisions et de pièces des dossiers que le préfet a bien procédé à un examen complet de la situation des requérants avant de prendre les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9. ". Et aux termes de l'article L. 425-9 du même code : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. () ".

9. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII allant dans le sens de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

10. Pour refuser de délivrer aux requérants les titres de séjour sollicités, le préfet des Hauts-de-Seine s'est notamment fondé sur l'avis du collège de médecins de l'OFII du 9 septembre 2021, qui indique que l'état de santé de l'un de leur fils mineur nécessite une prise en charge dont le défaut ne devrait pas entrainer pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Il ressort des pièces du dossier que le fils des requérants né en 2018, était atteint à la naissance d'une uropathie malformative grave, ayant pour conséquence, notamment, un reflux vésico-rénal bilatéral de haut-grade engendrant des douleurs abdominales et de multiples infections urinaires. Il ressort toutefois des pièces du dossier que cet enfant a fait l'objet d'un traitement endoscopique le 15 mai 2019, de sorte que seul persiste un reflux qualifié par les médecins de " bas grade " nécessitant un contrôle annuel clinique et échographique. Si les requérants font également valoir que leur fils a été opéré d'un kyste sur les parties génitales le 7 octobre 2021, il ressort des pièces médicales produites que ce kyste avait un caractère bénin. Enfin s'ils soutiennent que leur fils ferait de l'asthme, ils ne produisent aucune pièce de nature à établir la sévérité de ce dernier et les conséquences d'une exceptionnelle gravité qu'il engendrerait.

11. Par ailleurs, au vu du motif retenu par les décisions tirées de l'absence de conséquences d'une exceptionnelle gravité en cas de défaut de prise en charge médicale, le préfet n'avait pas à apprécier la disponibilité au Maroc du traitement et des soins dont a besoin l'enfant.

12. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le préfet a méconnu les dispositions des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

13. En cinquième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Il ressort des pièces du dossier que les requérants résident irrégulièrement depuis 2016 en France, où sont nés en 2018 et 2020 leurs deux enfants, sans établir aucune insertion sociale ou professionnelle, ni se prévaloir d'une famille proche, alors qu'il n'est pas contesté qu'ils ont vécu jusqu'à l'âge de trente ans dans leur pays d'origine Dans ces conditions, ils ne sont pas fondés à soutenir que les décisions de refus de séjour et d'éloignement méconnaissent les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

14. En sixième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

15. Les décisions de refus de séjour attaquées n'ont ni pour objet, ni pour effet de séparer les enfants mineurs actuellement présents en France de leurs deux parents qu'ils ont vocation à accompagner. En outre, l'impossibilité pour la cellule familiale de se reconstituer ailleurs qu'en France et notamment au Maroc n'est pas démontrée, alors que seul l'aîné est scolarisé en classe de maternelle depuis la rentrée 2021. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

16. En dernier lieu, si les requérants soutiennent que ces décisions sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation eu à égard à leurs conséquences sur leur situation personnelle, ils ne se prévalent que des circonstances déjà examinées aux points 10 et 13 du présent jugement. Leur moyen ne pourra donc qu'être écarté.

En ce qui concerne la légalité des décisions d'éloignement :

17. En premier lieu et d'une part, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de ladite charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux États membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union () ". aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".

18. Ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé dans ses décisions visées ci-dessus, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité de son séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que cette autorité s'abstienne de prendre à son égard une telle décision. Toutefois, dans les cas prévus au 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile où la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise concomitamment au refus de délivrance d'un titre de séjour, la mesure d'éloignement découle nécessairement de la décision de refus de séjour. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision d'obligation de quitter le territoire français, dès lors qu'elle a pu être entendue avant que n'intervienne, comme en l'espèce, la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour.

19. Il n'est pas contesté que les requérants ont pu présenter les observations sur leur situation qu'ils estimaient utiles dans le cadre de l'examen de leurs demandes de titre de séjour. De plus, ils ne pouvaient ignorer que, si leur demande de titre était rejetée, ils étaient susceptibles de faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de ce que leur droit à être entendu avant l'édiction des décisions attaquées aurait été méconnu doit être écarté.

20. D'autre part, il ressort des dispositions de l'article L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Dès lors, l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui fixe les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en vertu de ce code, ne saurait être utilement invoqué à l'encontre d'une décision portant obligation de quitter le territoire français.

21. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision d'éloignement aurait méconnu le principe du contradictoire doit être écarté.

22. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : () 10° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; () ".

23. Compte tenu de ce qui a été précisé au point 10 sur l'état de santé de leur fils, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions d'éloignement méconnaissent les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 et leur moyen ne peut qu'être écarté.

24. En troisième lieu, si les requérants soutiennent que leur fils est exposé à des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour au Maroc, où il ne pourrait être correctement pris en charge sur le plan médical, cette circonstance est sans incidence sur la légalité des décisions litigieuses, qui n'ont ni pour objet, ni pour effet, de fixer le pays de destination. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

25. En dernier lieu, les requérants, qui ne font pas valoir d'autres circonstances que celles déjà examinées aux points 10 et 13, ne sont pas fondés à soutenir que les arrêtés méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou sont entachés d'erreur manifeste d'appréciation eu égard à leurs conséquences sur leurs situations personnelles et celle de leur fils malade.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :

26. Il résulte de ce qui précède que les décisions d'éloignement ne sont entachées d'aucune illégalité. Les requérants ne sont dès lors pas fondés à demander sur ce fondement l'annulation par voie de conséquence des décisions fixant le pays de destination.

En ce qui concerne la légalité interne de l'interdiction de retour sur le territoire :

27. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. " L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

28. Il ressort des pièces du dossier que ni Mme F, ni M. C n'ont jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Il n'est par ailleurs ni établi, ni même soutenu, que leur présence sur le territoire français représenterait une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, ils sont fondés à soutenir que les interdictions de retour litigieuses sont entachées d'erreur d'appréciation et, pour ce motif et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens dirigés à leur encontre, à en obtenir l'annulation.

29. Il résulte de tout ce qui précède que Mme F et M. C sont seulement fondés à demander l'annulation des arrêtés du 7 octobre 2021 en tant que le préfet des Hauts-de-Seine leur a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

30. Le présent jugement n'implique aucune des mesures d'exécution sollicitées. Il y a donc lieu de rejeter les conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés à l'instance :

31. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à chacun des requérants de la somme de 800 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : Les décisions du préfet des Hauts-de-Seine du 7 octobre 2021 faisant à Mme F et à M. C interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an sont annulées.

Article 2 : L'État versera à Mme F la somme de 800 euros et à M. C la même somme sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes nos 2114516 et 2114517 est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A F, à M. B C et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 30 mars 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Van Muylder, présidente,

Mme G et M. H, premiers conseillers,

Assistés de Mme Nimax, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 avril 2023.

La rapporteure,

signé

M. GLa présidente,

signé

C. Van Muylder

La greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2114516 et 2114517

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CEExcès de pouvoir

Conseil d'État — N° 515333

Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de Mme A..., magistrate, qui demandait le report et l'encadrement de ses auditions par l'inspection générale de la justice (IGJ) dans le cadre d'une enquête administrative. La requérante invoquait une atteinte grave à ses droits de la défense, à sa dignité et à l'indépendance juridictionnelle. Le juge a estimé que l'audition prévue du 4 au 7 mai 2026, qui ne préjugeait pas de l'issue de l'enquête ni d'éventuelles poursuites disciplinaires, n'était pas susceptible de porter une atteinte manifestement disproportionnée à ses droits. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la condition d'urgence n'étant pas retenue comme caractérisant une illégalité grave.

03/05/2026

CEExcès de pouvoir

Conseil d'État — N° 509298

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Le Conseil d'État rejette la requête de M. A... pour défaut d'intérêt à agir, les circonstances invoquées (qualité de citoyen, d'usager ou de professionnel) n'étant pas suffisamment directes et certaines pour contester la nomination du président du conseil d'administration de l'OFII. La portée de cette décision est de rappeler la rigueur du contrôle de l'intérêt à agir en matière de nominations aux emplois publics.

09/04/2026

CEExcès de pouvoir

Conseil d'État — N° 507528

Le Conseil d'État refuse d'admettre le pourvoi de La Poste contre l'ordonnance ayant suspendu la révocation de M. B..., estimant qu'aucun moyen sérieux n'est soulevé.

09/04/2026