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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2114960

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2114960

jeudi 16 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2114960
TypeDécision
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBULAJIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 décembre 2021, Mme C, épouse D représentée par Me Bulajic, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 novembre 2021 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une carte de séjour, dans les trente jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour portant autorisation de travailler et de réexaminer sa situation, dans les trente jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'en l'absence de communication de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en date du 1er juillet 2021, il n'est pas possible d'en apprécier la régularité au regard des dispositions des articles L. 425-9, R. 425-11, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 425-9, R. 425-11 et R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle justifie de l'impossibilité pour elle de poursuivre de manière effective un traitement approprié à sa pathologie en Arménie et encore moins en Turquie, pays dont elle n'a pas la nationalité ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'il emporte sur sa situation personnelle.

Des pièces complémentaires, enregistrées les 6 décembre 2021 et 7 mars 2022, ont été produites pour Mme C, épouse D.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, épouse D, ressortissante arménienne, née en1960 est entrée en France le 9 octobre 2015 sous couvert d'un visa de type C pour y rejoindre son époux. Le 16 février 2021, elle a déposé une demande de titre de séjour en raison de son état de santé sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 3 novembre 2021, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée. Mme C, épouse D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué, en tant qu'il porte refus de délivrance d'un titre de séjour, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, ainsi, suffisamment motivé. Dès lors que l'arrêté contesté vise l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il est également suffisamment motivé en tant qu'il fait obligation à Mme C, épouse D de quitter le territoire français.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet du Val-d'Oise n'a pas, avant de prendre l'arrêté contesté, procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme C, épouse D au regard des éléments qui avaient été portés à sa connaissance. La circonstance que l'arrêté attaqué indique à tort que l'intéressée est de nationalité turque est à cet égard sans incidence, dès lors que l'ensemble des autres pièces du dossier, et notamment l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en date du 1er juillet 2021, sur lequel se fonde le refus de délivrance d'un titre de séjour pour soins, ne comporte aucune ambiguïté quant à la nationalité arménienne de la requérante. Par suite, l'erreur ainsi commise doit être regardée comme une simple erreur de plume et les moyens tirés du défaut d'examen et de l'inexactitude matérielle des faits sur lesquels se fonde l'arrêté attaqué doivent être écartés.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable () ".

5. En outre, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ". Aux termes de l'article

R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article () ". L'article R. 425-13 du code précité dispose que : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège () ". Aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 susvisé : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis () précisant : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement () ".

6. Il ressort de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration émis le 1er juillet 2021, versé au dossier par le préfet du Val-d'Oise le 26 juillet 2022, que celui-ci indique le nom du médecin rapporteur. Il comporte en outre le nom, le prénom et la signature de chacun des trois médecins qui composaient le collège, au sein duquel n'a pas siégé le médecin rapporteur. L'avis comporte également l'ensemble des précisions exigées par les dispositions de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 précité. Enfin, ainsi que l'établit la décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 1er mai 2021 modifiant la décision du 17 janvier 2017 portant désignation au collège de médecins à compétences nationales de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, publiée sur le site internet de l'Office, les trois praticiens signataires de l'avis du 1er juillet 2021 avaient été régulièrement nommés dans les conditions prévues à l'article R. 313-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure doit être écarté.

7. En quatrième lieu, d'une part, il résulte des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappelées au point 4, qu'il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour à un étranger qui en fait la demande au titre des dispositions précitées, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins mentionné à l'article L. 425-11, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que si le demandeur peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

8. D'autre part, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, la possibilité d'un bénéfice effectif d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions rappelées ci-dessus, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

9. En l'espèce, pour refuser à la requérante le bénéfice des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Val-d'Oise s'est fondé, notamment, sur l'avis émis le 1er juillet 2021 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Aux termes de cet avis, si l'état de santé de Mme C, épouse D " nécessite une prise en charge médicale " dont le défaut " peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité ", " Eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont [elle] est originaire, [elle] peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

10. Mme C, épouse D fait valoir que son état de santé nécessite une prise en charge médicale importante et qu'elle ne pourra accéder en Arménie à des traitements aussi perfectionnés que ceux dont elle peut bénéficier en France. Elle produit des certificats médicaux établis le 26 octobre 2021 par un spécialiste en cardiologie et maladies vasculaires et le 22 novembre 2021 par un médecin généraliste, dont il ressort notamment que son état de santé " nécessite une prise en charge médicale importante, cardiovasculaire, pulmonaire et diabétologique qui doit se faire en France dans des conditions optimales ". Toutefois, ni ces certificats médicaux ni les autres documents médicaux versés au dossier ne sont de nature à remettre utilement en cause l'appréciation du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, confortée par les éléments produits en défense par le préfet du Val-d'Oise issus notamment des données de la fiche MedCOI concernant l'Arménie, selon laquelle eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans ce pays, Mme C, épouse D peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état de santé. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Val-d'Oise a, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

12. Mme C, épouse D fait valoir qu'elle séjourne en France de manière ininterrompue depuis six ans à la date de l'arrêté attaqué, qu'elle vit avec son époux, de santé également très fragile, reconnu handicapé et en situation régulière, et que leurs quatre enfants majeurs vivent également en France. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la carte de séjour temporaire de M. D a expiré le 2 novembre 2021 et que la demande tendant à son renouvellement était en cours d'instruction à la date de l'arrêté attaqué ce qui ne lui donnait pas vocation à rester en France. La requérante ne produit par ailleurs aucune précision et aucun justificatif concernant la présence et la nature de ses relations avec ses enfants majeurs en France. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise a, en prenant l'arrêté attaqué, porté au droit de Mme C, épouse D au respect de sa vie privée et familiale une atteinte excessive. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

13. Au regard des circonstances mentionnées plus haut sur les attaches de la requérante sur le territoire français, le moyen tiré de ce que le préfet du Val-d'Oise a, en refusant de délivrer un titre de séjour à Mme C, épouse D, entaché son appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle de l'intéressée d'une erreur manifeste doit être écarté.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par Mme C, épouse D tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 3 novembre 2021 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

15. Les conclusions à fin d'annulation de Mme C, épouse D devant être rejetées, il s'ensuit que doivent l'être également, d'une part, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, puisque la présente décision n'appelle ainsi aucune mesure d'exécution, et d'autre part, celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ces dispositions faisant obstacle à ce que le tribunal fasse bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C, épouse D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, épouse D et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 17 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

M. Louvel, premier conseiller,

Mme Zaccaron Guérin, conseillère.

Assistés de M. Lux, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2023.

Le rapporteur,

signé

T. B

Le président,

signé

P. ThierryLe greffier,

signé

F. Lux

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°21149602/

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