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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2201521

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2201521

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2201521
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation11ème Chambre
Avocat requérantCABINET HOUDART & ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a examiné la requête de Mme A, aide-soignante, qui demandait sa réintégration et l'indemnisation de préjudices suite à sa radiation des cadres pour abandon de poste par le centre hospitalier Roger Prévot. Le tribunal a jugé irrecevables les conclusions indemnitaires relatives à l'absence de décision sur sa situation administrative et aux vices de procédure, faute de liaison préalable du contentieux. Sur le fond, il a rappelé qu'une radiation pour abandon de poste nécessite une mise en demeure écrite préalable, et qu'un agent en congé de maladie ne peut être radié sans une mise en demeure spécifique liée à un refus de contre-visite médicale. La solution retenue n'est pas explicitée dans l'extrait, mais les textes appliqués sont la loi n°83-634 du 13 juillet 1983, la loi n°86-33 du 9 janvier 1986, et le code de justice administrative.

Texte intégral

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n°86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bocquet, conseillère ;

- les conclusions de Mme Charlery, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Laurent, représentant l'établissement public de santé Roger Prévot.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A était aide-soignante au sein du centre hospitalier spécialisé Roger Prévot depuis le 1er septembre 2012. A compter du 12 juillet 2017, elle a été victime d'un accident puis placée en congés maladie ordinaire. Le centre hospitalier Roger Prévot a prononcé sa radiation des cadres à compter du 11 décembre 2018 pour abandon de poste par une décision du

21 décembre 2018. Par une décision du 22 mars 2019, cette décision de radiation a été retirée. Par un courrier du 26 septembre 2021, Mme A a sollicité auprès de son employeur sa réintégration ainsi que le versement rétroactif de ses droits et l'indemnisation de son préjudice, demande qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. Par la présente requête, Mme A demande la condamnation du centre hospitalier Roger Prévot à la réintégrer sur son poste et à réparer les préjudices qu'elle estime avoir subis.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " () Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () ".

3. La décision par laquelle l'administration rejette une réclamation tendant à la réparation des conséquences dommageables d'un fait qui lui est imputé lie le contentieux indemnitaire à l'égard du demandeur pour l'ensemble des dommages causés par ce fait générateur, quels que soient les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages invoqués par la victime et que sa réclamation ait ou non spécifié les chefs de préjudice en question.

4. Il résulte de l'instruction que la demande indemnitaire préalable adressée par

Mme A au centre hospitalier Roger Prévot le 26 septembre 2021 se fondait exclusivement sur le préjudice qu'elle estimait avoir subi du fait de sa radiation des cadres. Par suite, dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que la requérante aurait adressé à l'administration une autre demande indemnitaire relative aux préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'absence de décision de l'administration quant à sa situation administrative et des vices de procédure entourant la commission départementale de réforme du 15 février 2018, les conclusions indemnitaires tendant à l'indemnisation de ces préjudices sont irrecevables à défaut de liaison du contentieux et ne peuvent qu'être rejetées. La fin de non-recevoir opposée par le centre hospitalier doit donc être accueillie.

Sur les conclusions indemnitaires afférentes à la radiation :

5. Une mesure de radiation des cadres pour abandon de poste ne peut être régulièrement prononcée que si l'agent concerné a, préalablement à cette décision, été mis en demeure de rejoindre son poste ou de reprendre son service dans un délai approprié qu'il appartient à l'administration de fixer. Une telle mise en demeure doit prendre la forme d'un document écrit, notifié à l'intéressé, l'informant du risque qu'il court d'une radiation des cadres sans procédure disciplinaire préalable. Lorsque l'agent ne s'est pas présenté et n'a fait connaître à l'administration aucune intention avant l'expiration du délai fixé par la mise en demeure, et en l'absence de toute justification d'ordre matériel ou médical, présentée par l'agent, de nature à expliquer le retard qu'il aurait eu à manifester un lien avec le service, cette administration est en droit d'estimer que le lien avec le service a été rompu du fait de l'intéressé.

6. L'agent en position de congé de maladie n'a pas cessé d'exercer ses fonctions. Par suite, une lettre adressée à un agent à une date où il est dans une telle position ne saurait, en tout état de cause, constituer une mise en demeure à la suite de laquelle l'autorité administrative serait susceptible de prononcer, dans les conditions définies au point précédent, sa radiation pour abandon de poste. Toutefois, si l'autorité compétente constate qu'un agent en congé de maladie s'est soustrait, sans justification, à une contre-visite médicale, elle peut lui adresser une lettre de mise en demeure, respectant les exigences définies au point précédent et précisant en outre explicitement que, en raison de son refus de se soumettre, sans justification, à la contre-visite à laquelle il était convoqué, l'agent court le risque d'une radiation alors même qu'à la date de notification de la lettre il bénéficie d'un congé de maladie. Si, dans le délai fixé par la mise en demeure, l'agent ne justifie pas son absence à la contre-visite à laquelle il était convoqué, n'informe l'administration d'aucune intention et ne se présente pas à elle, sans justifier, par des raisons d'ordre médical ou matériel, son refus de reprendre son poste, et si, par ailleurs, aucune circonstance particulière, liée notamment à la nature de la maladie pour laquelle il a obtenu un congé, ne peut expliquer son abstention, l'autorité compétente est en droit d'estimer que le lien avec le service a été rompu du fait de l'intéressé.

7. En l'espèce, il résulte de l'instruction que Mme A a été placée en arrêt de travail en raison d'un accident de service à compter du 12 juillet 2017 et jusqu'au 22 septembre 2017, date à compter de laquelle elle a été placée en congés maladie ordinaire jusqu'au 12 juillet 2020. Mme A a été convoquée pour des contrôles médicaux les 26 juillet 2018, 17 septembre 2018 et 12 octobre 2018, rendez-vous auxquels elle ne s'est pas présentée, sans motif légitime, son changement d'adresse n'ayant été notifié à l'administration que postérieurement à ces courriers. Par un courrier du 3 décembre 2018, Mme A a été mise en demeure de reprendre son poste le 10 décembre 2018, ce qu'elle n'a pas effectué. Toutefois, ce courrier ne précisait pas explicitement qu'en raison du refus de Mme A de se soumettre, sans justification, aux contre-visites auxquelles elle avait été convoquée, elle courait le risque d'une radiation. Dans ces conditions, ce courrier ne satisfaisait pas aux exigences précitées. L'arrêté de radiation des cadres du 21 décembre 2018 est donc entaché d'une illégalité qui présente un caractère fautif de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier.

8. Toutefois, Mme A, du fait de son absence de présentation aux nombreux rendez-vous médicaux qui lui ont été fixés, est elle-même à l'origine du préjudice qu'elle allègue. Dès lors, l'ensemble des conséquences dommageables qui résultent de la faute commise par le centre hospitalier Roger Prévot en prenant la décision de radiation litigieuse doivent être laissées à la charge de la requérante. Ses conclusions indemnitaires doivent donc être rejetées.

Sur les conclusions à fin de réintégration :

9. La contestation en excès de pouvoir de la décision de radiation du 21 décembre 2018 a fait l'objet d'un jugement du tribunal de céans n°1903003 du 27 mai 2021 donnant acte du désistement de l'intéressée, qui ne peut donc plus utilement, dans la présente instance relative à son litige indemnitaire, présenter à titre principal des conclusions à fin d'injonction de réintégration. Ces conclusions doivent donc être rejetées comme irrecevables.

Sur les frais du litige :

10. Il n'y a pas lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au profit de l'une ou l'autre partie.

D É C I D E :

Article 1 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du centre hospitalier Roger Prévot présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre hospitalier Roger Prévot.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. d'Argenson, président ;

M. C, première conseiller ;

Mme Bocquet, conseillère ;

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.

La rapporteure,

signé

P. Bocquet

Le président,

signé

P.-H. d'Argenson

Le greffier,

signé

V. Guillaume

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2201521

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