vendredi 11 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2202455 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET RSDA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 19 février 2022 et 24 avril 2024, M. B A et Mme C D, représentés par Me Royaï, avocat, demandent au Tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2013 et 2014, ainsi que des pénalités correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A et Mme D soutiennent que :
- la procédure d'imposition est entachée d'une irrégularité substantielle, dès lors que l'administration fiscale a manqué à son devoir de loyauté prévu par la charte des droits et obligations du contribuable vérifié en ne prenant pas en considération les justificatifs produits et en les invitant à se désister de leur demande de saisine de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires ;
- le solde débiteur du compte courant d'associé de M. A dans la société Ecolecta a été remboursé le 31 décembre 2014 ;
- les sommes créditées sur leurs comptes bancaires provenant des sociétés Ecolecta et Negoci Gestion Consulting ne sont pas constitutives de distributions occultes au sens du c. de l'article 111 du code général des impôts ;
- la majoration de 25 % du montant de leurs bases imposables à l'impôt sur le revenu prévue au 2° du 7. de l'article 158 du code général des impôts méconnaît l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- les cotisations supplémentaires de prélèvements sociaux et les pénalités sont, pour les mêmes motifs, mal fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 août 2022, l'administrateur général des finances publiques, chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Île-de-France conclut au rejet de la requête.
L'administrateur général des finances publiques, chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Île-de-France, fait valoit que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bergantz, conseillère ;
- et les conclusions de M. Villette, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A et Mme D ont fait l'objet d'un examen de leur situation fiscale personnelle portant sur les années 2013 et 2014. Par deux propositions de rectification en date des 21 décembre 2016 et 27 juillet 2017, l'administration fiscale leur a notifié, selon la procédure de rectification contradictoire, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2013 et 2014. M. A et Mme D ont, le 30 octobre 2019, présenté une première réclamation préalable en vue d'obtenir le dégrèvement de ces impositions supplémentaires, qui a fait l'objet d'une décision d'admission partielle en date du 30 juillet 2020. Puis, le 1er juillet 2021, les contribuables ont présenté une seconde réclamation préalable, qui a été rejetée par l'administration fiscale par une décision du 15 décembre 2021. M. A et Mme D demandent au Tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux restant à leur charge, ainsi que des pénalités correspondantes.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :
2. Les requérants soutiennent que l'administration fiscale a manqué à son devoir de loyauté à leur égard en ne prenant pas en compte certains justificatifs et en les invitant à se désister de leur saisine de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires. Toutefois, d'une part, et alors que l'appréciation portée par l'administration sur le caractère probant des justificatifs présentés par les contribuables relève du bien-fondé des impositions litigieuses et non de la procédure d'imposition, il ne résulte pas de l'instruction que le service n'aurait pas pris en compte certains courriers et pièces justificatives envoyés par les requérants. D'autre part, il résulte des dispositions de l'article L. 59 A du livre des procédures fiscales que la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires n'est pas compétente en matière de revenus de capitaux mobiliers. Par suite, et en tout état de cause, est sans influence sur la régularité de la procédure d'imposition suivie à l'égard de M. A et Mme D, qui n'ont été privés d'aucune garantie, la circonstance que l'administration fiscale les a invités à se désister de leur demande de saisine de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires.
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions litigieuses :
S'agissant du solde débiteur du compte courant d'associé de M. A dans la société Ecolecta :
3. Aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : / a. Sauf preuve contraire, les sommes mises à la disposition des associés directement ou par personnes ou sociétés interposées à titre d'avances, de prêts ou d'acomptes. / Nonobstant toutes dispositions contraires, lorsque ces sommes sont remboursées () à la personne morale qui les avait versées, la fraction des impositions auxquelles leur attribution avait donné lieu est restituée aux bénéficiaires ou à leurs ayants cause dans des conditions et suivant des modalités fixées par décret () ". En application de ces dispositions, doivent être regardés comme des revenus distribués, sauf preuve contraire, les montants des soldes débiteurs des comptes courants ouverts dans les écritures d'une société au nom de ses associés, actionnaires ou porteurs de parts au 31 décembre de l'année en cause.
4. Il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification du 21 décembre 2016, que le service a constaté, à l'occasion de l'examen de la situation fiscale personnelle de M. A et Mme D, que le compte courant d'associé de M. A dans la société Ecolecta présentait un solde débiteur d'un montant de 12 542,68 euros, correspondant à des dépenses personnelles des requérants. En l'absence de remboursement de cette somme par M. A à la date du 31 décembre 2013, l'administration fiscale a estimé qu'il s'agissait de revenus distribués entre les mains de M. A et Mme D au sens du a. de l'article 111 du code général des impôts. Les requérants soutiennent que cette somme a été remboursée au 31 décembre 2014. Un tel remboursement, postérieur à l'année contrôlée, est toutefois sans incidence sur le bien-fondé des impositions en litige. Au surplus, les requérants ne produisent aucun justificatif permettant de démontrer la réalité du remboursement allégué. C'est donc à bon droit que l'administration a, en application des dispositions précitées du a. de l'article 111 du code général des impôts, considéré que la somme de 12 542,68 euros comme un revenu distribué imposable entre les mains des requérants au titre de l'année 2013.
5. Les requérants invoquent, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, le bénéfice des énonciations du paragraphe n° 190 de la doctrine administrative publiée le 12 septembre 2012 au bulletin officiel des impôts sous la référence BOI-RPPM-RCM-10-20-20-20, selon lesquelles, lorsque l'administration découvre qu'une avance taxable a été intégralement remboursée, il est possible d'admettre, à titre de règle pratique, qu'il n'y a pas eu de distribution de revenus s'il apparaît que le remboursement a été opéré à une date antérieure à celle de la réception par la société de l'avis de vérification. Toutefois, ainsi qu'il a été dit précédemment, M. A et Mme D n'établissent pas qu'un tel remboursement aurait été effectué ni, par conséquent, entrer dans les prévisions de ces énonciations.
S'agissant des sommes versées par les sociétés dont M. A et Mme D sont associés :
6. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : () 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices () ".
7. Il résulte de l'instruction qu'au cours des opérations de contrôle, le service vérificateur a constaté, en examinant des extraits des comptes bancaires personnels de M. A et Mme D, que ces derniers ont reçu en 2013 et 2014 des sommes de la part de sociétés dont ils sont associés. L'administration fiscale a, dans un premier temps, dans ses propositions de rectification des 21 décembre 2016 et 27 juillet 2017, imposé ces sommes sur le fondement des dispositions du c. de l'article 111 du code général des impôts. Elle a toutefois, comme elle en a la possibilité à tout moment de la procédure contentieuse, procédé à une substitution de base légale au stade de ses décisions des 30 juillet 2020 et 1er juillet 2021 statuant sur les réclamations préalables des requérants, en établissant l'imposition des sommes litigieuses sur le fondement du 2° du 1. de l'article 109 du code général des impôts. Les requérants, qui ne contestent pas avoir appréhendé les sommes en cause, soutiennent que celles-ci correspondent à des remboursements d'apports effectués sur leurs comptes courants d'associés. Toutefois, ils n'apportent aucune précision ni élément de preuve quant à ces apports et, dès lors, ne justifient pas que les sommes en litige ne constituent pas des revenus distribués. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a imposé ces sommes entre leurs mains dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, sur le fondement des dispositions précitées du 2° du 1. de l'article 109 du code général des impôts.
S'agissant de l'application de la majoration de 25 % :
8. Aux termes du 7. de l'article 158 du code général des impôts : " Le montant des revenus et charges énumérés ci-après, retenu pour le calcul de l'impôt selon les modalités prévues à l'article 197, est multiplié par 1,25. Ces dispositions s'appliquent : () 2° Aux revenus distribués mentionnés aux c à e de l'article 111, aux bénéfices ou revenus mentionnés à l'article 123 bis et aux revenus distribués mentionnés à l'article 109 résultant d'une rectification des résultats de la société distributrice () ".
9. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a, par ses propositions de rectification des 21 décembre 2016 et 31 juillet 2017, augmenté l'assiette de l'impôt sur le revenu de M. A et Mme D au titre des années 2013 et 2014 en application la majoration de 1,25 prévue par les dispositions précitées du 2° du 7. de l'article 158 du code général des impôts aux revenus regardés comme distribués par la société Ecolecta sur le fondement du c. de l'article 111 du code général des impôts. Il résulte cependant de l'instruction que, par sa décision du 30 juillet 2020, antérieure à l'introduction de la requête, le service a prononcé le dégrèvement de ces impositions supplémentaires. Par suite, le moyen tiré de ce que les dispositions du 2° du 7. de l'article 158 du code général des impôts seraient contraires à l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté comme étant inopérant.
10. Il résulte de ce qui précède que M. A et Mme D ne sont pas fondés à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2013 et 2014 ainsi que des pénalités correspondantes.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Les conclusions présentées à ce titre par M. A et Mme D doivent, dès lors, être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A et Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et Mme C D et à l'administrateur général des finances publiques, chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Île-de-France.
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Kelfani, président, Mme Schneider, première conseillère, et Mme Bergantz, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.
La rapporteuse,
signé
A. BERGANTZ
Le président,
signé
K. KELFANI Le greffier,
signé
D. HAUDE
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2202455
Tribunal Administratif de Toulon — N° TA83-2301720
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