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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2203944

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2203944

mercredi 11 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2203944
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10ème Chambre
Avocat requérantPEIFFER DEVONEC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 17 mars et le 9 mai 2022, Mme C E, représentée par Me Peiffer-Devonec, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 août 2021 par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et si besoin sous astreinte, à titre subsidiaire, de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " salarié ", à titre infiniment subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- cette décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle remplit les conditions de l'article L. 453-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en tant que fondée sur une décision illégale de refus de séjour ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale en tant que fondée sur des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français elles-mêmes illégales.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 décembre 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Par une ordonnance du 2 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 décembre 2022 à 12h00.

Un mémoire complémentaire a été produit pour Mme E, le 12 décembre 2022 à 18h51, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.

Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République de Côte-d'Ivoire relative à la circulation et au séjour des personnes, signée le 21 septembre 1992 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Poyet, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique du 16 décembre 2022, qui s'est tenue en présence de Mme Lefebvre, greffière, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C E, ressortissante ivoirienne née le 24 février 2001 à Daloa (Côte d'Ivoire), est entrée en France le 19 avril 2017 selon ses déclarations. Elle a ensuite bénéficié de plusieurs titres de séjour portant la mention " étudiant " dont le dernier expirait le 30 novembre 2020. Elle en a demandé le renouvellement, le 3 novembre 2020, en sollicitant un changement de statut pour obtenir un titre de séjour portant la mention " salarié " sur le fondement de l'article 5 de la convention franco-ivoirienne. Par un arrêté du 11 août 2021, le préfet du Val-d'Oise a rejeté cette demande, a obligé l'intéressée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme E demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 21-028 du 1er avril 2021 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet du Val-d'Oise a donné délégation à Mme B F, cheffe du bureau du contentieux des étrangers de la préfecture du Val-d'Oise, signataire de l'arrêté attaqué, pour signer les décisions refusant la délivrance de titre de séjour. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision en litige manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police (). ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. La décision portant refus de titre de séjour vise les dispositions légales sur lesquelles elle se fonde et comporte la mention des considérations de fait qui ont conduit à son édiction. Le préfet du Val-d'Oise a notamment mentionné la situation personnelle, professionnelle et familiale de Mme E. En particulier, il a indiqué que la société " RC 30 La Cabane de Massepain " n'a pas donné suite à une demande de pièces complémentaires du 9 février 2021 de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (Direccte), que l'avis de la Direccte précise que le poste proposé est inférieur au SMIC mensuel brut, et que la requérante ne justifiant d'aucune considération humanitaire ou motif exceptionnel, elle ne pouvait bénéficier d'un titre de séjour en qualité de salarié. Le préfet a ajouté que Mme E ne pouvait davantage prétendre au renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant " dès lors qu'elle avait achevé ses études en France à l'issue de l'année scolaire 2019-2020 et que, célibataire sans charge de famille en France et non dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents et sa fratrie, elle n'était pas éligible à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision contestée doit être écarté comme manquant en fait.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas procédé à l'examen particulier de la situation personnelle de Mme E avant de refuser de l'admettre au séjour en France.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. Quand bien même Mme E serait entrée en France le 19 avril 2017 pour suivre des études, il est constant qu'elle est célibataire sans charge de famille et non dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, où elle ne conteste pas que vivent ses parents et sa fratrie et où elle a vécu jusqu'à l'âge de seize ans. Les circonstances qu'elle ait été prise en charge par l'aide sociale à l'enfance (ASE) du département du Val-d'Oise puis par l'intermédiaire d'un placement judiciaire par une ordonnance du 4 décembre 2017 ne sont pas susceptibles, à elles seules d'ouvrir droit à un titre de séjour " vie privée et familiale ". Par ailleurs, si Mme E se prévaut d'une intégration professionnelle réussie, elle ne justifie, à cet égard, que d'un contrat d'apprentissage dans le cadre d'un CAP option cuisine au sein de la société " La Cabane de Massepain " du 21 juillet 2018 au 31 août 2020 et d'un contrat à durée indéterminée dans ladite boulangerie depuis le 4 novembre 2020, soit moins d'un an à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, Mme E n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France. Dès lors, les moyens tirés de ce que le préfet du Val-d'Oise a méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peuvent être accueillis.

8. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs, Mme E n'est pas fondée à soutenir que la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

9. Si Mme E soutient qu'elle remplissait les conditions d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle n'établit pas avoir introduit une demande sur ce fondement dans l'année qui a suivi son dix-huitième anniversaire. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit ainsi être écarté comme inopérant.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant refus de titre de séjour n'est pas illégale. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écartée.

11. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 4 et 5 du présent jugement, les moyens tirés de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de la situation personnelle de Mme E doivent être écartés.

12. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 7 et 8 du présent jugement, les moyens tirés de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme E doivent être écartés.

Sur la décision fixant le pays de destination :

13. Il résulte de ce qui précède que les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ne sont pas illégales. Dès lors, l'exception d'illégalité de ces décisions, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination, doit être écartée.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme E tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence, que ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte, ainsi que celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E, à Me Peiffer-Devonec et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 16 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Bories, présidente,

M. D et Mme A, premiers conseillers,

assistés de Mme Lefebvre, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 janvier 2023

Le rapporteur,

signé

M. D

La présidente,

signé

C. Bories

La greffière,

signé

S. Lefebvre

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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