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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2204397

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2204397

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2204397
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation5ème Chambre
Avocat requérantELBAZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 mars 2022, M. A B, agissant en qualité de mandataire ad hoc de la SARL ART MONET, représenté par Me Elbaz, avocat, demande au Tribunal :

1°) de prononcer la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle la SARL ART MONET a été assujettie au titre de l'année 2013, ainsi que des majorations correspondantes, et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour les années 2013 et 2014, ainsi que des majorations correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B, agissant en qualité de mandataire ad hoc de la société ART MONET, soutient que :

- la procédure d'imposition est viciée, dès lors que le refus de l'administration fiscale de saisir le supérieur hiérarchique et la commission départementale des impôts directs et taxes sur le chiffre d'affaires a privé la société ART MONET de garanties substantielles ;

- l'administration fiscale a manqué à son obligation d'information prévue par les dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales et précisée par les énonciations du paragraphe 280 de l'instruction administrative référencée BOI-CF-PGR-30-10 ;

- l'avis de mise en recouvrement est irrégulier, dès lors que les rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de l'année 2014 n'étaient pas mentionnés dans la proposition de rectification du 30 avril 2015 à laquelle il fait référence ;

- la somme totale de 2 600 euros encaissée sur les comptes bancaires de la société ART MONET, résultant de versements d'espèces et d'un virement effectué depuis le compte bancaire de M. B, doit être déduite des résultats de celle-ci dans le cadre de la reconstitution de son chiffre d'affaires ;

- la majoration de 40 % ne pouvait pas être appliquée à la société ART MONET faute d'avoir été précédée d'une mise en demeure.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 mai 2022, le directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Le directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bergantz, conseillère ;

- et les conclusions de M. Villette, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL ART MONET, qui exerçait une activité de peinture, maçonnerie, revêtement et décoration, a fait l'objet de deux vérifications de comptabilité portant sur les périodes du 1er octobre 2012 au 31 décembre 2013 s'agissant de l'ensemble des déclarations fiscales et du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2014 s'agissant de la taxe sur la valeur ajoutée. A l'issue de ces contrôles, l'administration fiscale lui a notifié, par deux propositions de rectification en date du 30 avril 2015, une cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés au titre de l'année 2013 selon la procédure de taxation d'office en application du 2° de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre des années 2013 et 2014 et de contribution sur la valeur ajoutée des entreprises au titre de l'année 2013 selon la procédure de taxation d'office en application du 3° de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales, et des rappels de taxe d'apprentissage, de contribution au développement de l'apprentissage et de taxe de participation des employeurs au développement de la formation professionnelle continue au titre de l'année 2013 selon la procédure de rectification contradictoire. La taxe d'apprentissage, la contribution au développement de l'apprentissage, la taxe de participation des employeurs au développement de la formation professionnelle continue et la contribution sur la valeur ajoutée des entreprises ont été dégrevées d'office les 14 octobre et 3 novembre 2015. Sa réclamation ayant été rejetée par une décision du 28 janvier 2022, M. B, désigné en qualité de mandataire ad hoc par une ordonnance du 4 janvier 2022 du tribunal de commerce de Nanterre, doit ainsi être regardé comme demandant au Tribunal de le prononcer la décharge des impositions restant à la charge de la société ART MONET, en droits et majorations.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 10 du livre des procédures fiscales, dans sa version applicable au litige : " () Avant l'engagement d'une des vérifications prévues aux articles L. 12 et L. 13, l'administration des impôts remet au contribuable la charte des droits et obligations du contribuable vérifié ; les dispositions contenues dans la charte sont opposables à l'administration. ". Aux termes de cette charte, dans sa version de mai 2014 avant l'engagement de la vérification de comptabilité : " Si le vérificateur a maintenu totalement ou partiellement les rectifications envisagées, des éclaircissements supplémentaires peuvent vous être fournis si nécessaire par l'inspecteur divisionnaire ou principal. Vous pouvez faire appel à l'interlocuteur Si, après ces contacts des divergences importantes subsistent, vous pouvez faire appel à l'interlocuteur spécialement désigné par le directeur dont dépend le vérificateur () ".

3. Ces dispositions assurent au contribuable qui en fait la demande la garantie substantielle de pouvoir obtenir, avant la clôture de la procédure de rectification, un débat avec le supérieur hiérarchique du vérificateur puis avec l'interlocuteur départemental, régional ou interrégional dans les conditions qu'elles précisent.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 59 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable au litige : " Lorsque le désaccord persiste sur les rectifications notifiées, l'administration, si le contribuable le demande, soumet le litige à l'avis () de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires () ".

5. M. B soutient que la SARL ART MONET a été privée de garanties substantielles, dès lors que l'administration a refusé de faire droit à ses demandes de saisines, d'une part, du supérieur hiérarchique du vérificateur et, d'autre part, de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires. Il résulte toutefois de l'instruction que le courrier du 7 octobre 2015 dont se prévaut M. B, et dans lequel le bénéfice de ces deux garanties était demandé, n'a pas été présenté par la SARL ART MONET, qui avait alors encore une existence légale, mais par le requérant en son nom personnel à l'encontre des impositions supplémentaires auxquelles il a été assujetti en conséquence de la vérification de comptabilité de la société ART MONET. Il ne résulte d'aucune autre pièce que la société ART MONET aurait demandé un débat avec le supérieur hiérarchique ou la saisine de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires. Par suite, le requérant ne peut utilement soutenir que la SARL ART MONET aurait été privée de garanties à ce titre que la procédure serait, pour ce motif, irrégulière.

6. Aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande. "

7. Il résulte de ces dispositions qu'il incombe à l'administration, quelle que soit la procédure d'imposition mise en œuvre, et au plus tard avant la mise en recouvrement, d'informer le contribuable de l'origine et de la teneur des renseignements obtenus auprès de tiers qu'elle a effectivement utilisés pour établir les impositions, avec une précision suffisante pour permettre à l'intéressé, notamment, de discuter utilement leur provenance ou de demander que les documents qui contiennent ces renseignements soient mis à sa disposition avant la mise en recouvrement des impositions qui en procèdent.

8. Le requérant soutient d'abord que le service aurait manqué à son obligation d'information en ce qu'il se serait borné a indiqué avoir demandé aux clients de la société ART MONET " la copie des factures et des documents obligatoires prévus à l'article L. 8222-1 du code du travail ", sans préciser la nature de ces documents obligatoires. Toutefois la seule mention de l'article L. 8222-1 du code du travail, qui renvoie aux articles L. 8221-3 et L. 8221-5 du même code, est suffisante. En outre, contrairement à ce que soutient le requérant, la proposition de rectification du 30 avril 2015 mentionne que le service a demandé aux clients de la société ART MONET les comptes fournisseurs de cette dernière. Enfin, si le requérant soutient que l'administration fiscale, qui reproche à la société ART MONET de ne pas avoir déposé de déclaration annuelle des données sociales tout en ayant effectué des déclarations préalables à l'embauche entre mars et décembre 2013, aurait nécessairement obtenu des documents auprès de l'Urssaf alors qu'elle ne le précise pas, il ne résulte pas de l'instruction qu'une telle demande aurait été présentée, alors que l'administration fait valoir sans être contredite qu'elle a obtenu les informations en cause par le biais d'applications informatiques à sa disposition. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que l'administration fiscale aurait méconnu son obligation d'information au sens des dispositions précitées de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales doit être écarté.

9. M. B ne peut utilement se prévaloir, sur le fondement des dispositions de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des énonciations de l'instruction référencée BOI-CF-PGR-30-10 n° 280, du 12 septembre 2012 qui sont relatives à la procédure d'imposition.

10. Aux termes de l'article L. 256 du livre des procédures fiscales : " Un avis de mise en recouvrement est adressé par le comptable public compétent à tout redevable des sommes, droits, taxes et redevances de toute nature dont le recouvrement lui incombe lorsque le paiement n'a pas été effectué à la date d'exigibilité () ". Aux termes de l'article R. 256-1 du même livre : " L'avis de mise en recouvrement prévu à l'article L. 256 indique pour chaque impôt ou taxe le montant global des droits, des pénalités et des intérêts de retard qui font l'objet de cet avis () Lorsque l'avis de mise en recouvrement est consécutif à une procédure de rectification, il fait référence à la proposition prévue à l'article L. 57 ou à la notification prévue à l'article L. 76 et, le cas échéant, au document adressé au contribuable l'informant d'une modification des droits, taxes et pénalités résultant des rectifications () ".

11. Il résulte de l'instruction que l'avis de mise en recouvrement émis le 30 septembre 2015 à l'encontre de la SARL ART MONET porte notamment sur des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de l'année 2014. Si le requérant soutient que la proposition de rectification du 30 avril 2015 à laquelle il est fait référence ne lui notifiait pas de telles impositions supplémentaires, il résulte cependant de l'instruction, ainsi qu'il l'a été mentionné au point 1, que la société ART MONET a fait l'objet de deux vérifications de comptabilité, dont l'une portait uniquement sur la taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2014. Il n'est pas contesté que cette proposition de rectification du 30 avril 2015 résultant de ce contrôle a été régulièrement notifiée à la société. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'avis de mise en recouvrement serait entaché d'irrégularité au regard des dispositions précitées de l'article R. 256-1 du livre des procédures fiscales.

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions litigieuses :

12. Il résulte de l'instruction que, en l'absence de présentation de tout document comptable par la SARL ART MONET au titre des périodes vérifiées, le service a procédé à la reconstitution de son chiffre d'affaires. M. B soutient que, dans le cadre de cette reconstitution, la somme totale de 2 600 euros n'aurait pas dû être prise en compte dès lors qu'elle correspond, pour une partie, à des versements en espèces de faibles montants, et pour une autre partie, à une libération partielle du capital. Toutefois, le requérant ne produit aucune pièce de nature à établir ces allégations, alors que la charge de la preuve lui incombe. M. B n'est, par suite, pas fondé à soutenir que la reconstitution du chiffre d'affaires de la société ART MONET serait erronée.

En ce qui concerne les pénalités :

13. Aux termes de l'article 1728 du code général des impôts : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : () b. 40 % lorsque la déclaration ou l'acte n'a pas été déposé dans les trente jours suivant la réception d'une mise en demeure, notifiée par pli recommandé, d'avoir à le produire dans ce délai () ".

14. Il résulte de l'instruction que, par deux courriers du 22 septembre 2014, l'administration fiscale a mis en demeure la SARL ART MONET de déposer des déclarations mensuelles de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier 2013 au 30 juin 2014 et une déclaration de ses résultats au titre de l'année 2013. Les plis contenant ces mises en demeure ont été présentés le 24 septembre 2014 à l'adresse de la société SARL ART MONET, puis ont été retournés à l'administration fiscale avec la mention " pli avisé et non réclamé ". Ainsi, contrairement à ce que soutient le requérant, l'administration fiscale a régulièrement notifié à la SARL ART MONET les mises en demeures mentionnées au b. du 1. de l'article 1728 du code général des impôts. Par suite, c'est à bon droit qu'elle a fait application de la majoration de 40 % prévue par ces dispositions.

15. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé, en sa qualité de mandataire ad hoc de la SARL ART MONET, à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles la société Art Monet a été assujettie au titre de l'année 2013, ainsi que des majorations correspondantes, et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui ont été réclamés à cette société au titre des années 2013 et 2014, ainsi que des majorations correspondantes.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Les conclusions présentées à ce titre par M. B, en qualité de mandataire ad hoc de la société ART MONET, doivent, dès lors, être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B, agissant en qualité de mandataire ad hoc de la SARL ART MONET, est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B, mandataire de la société ART MONET, et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, Mme Schneider, première conseillère, et Mme Bergantz, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.

La rapporteuse,

signé

A. BERGANTZ

Le président,

signé

K. KELFANI Le greffier,

signé

D. HAUDE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2204397

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