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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2204463

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2204463

mardi 16 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2204463
TypeDécision
RecoursAutorisation
Formation2ème Chambre
Avocat requérantHANAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 29 mars 2022 et le 24 octobre 2023, M. C B, représenté par Me Hanau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 15 février 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé sa demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse et de son fils ;

2°) à titre principal, d'enjoindre audit préfet, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'accorder le regroupement familial dans un délai de deux mois à compter du jugement ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre audit préfet, sur le fondement de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, de réexaminer sa demande ;

4°) dans tous les cas, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors qu'il n'a pas été précédé d'un examen particulier de sa situation ;

- il est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation, en ce que le préfet du Val d'Oise n'a pas tenu compte ni de la situation liée à la pandémie de Covid-19 pour apprécier ses ressources ni de l'écart minime entre le montant des revenus justifiés et le montant des ressources exigées, lesquelles ont, par ailleurs, connu une évolution favorable postérieurement au dépôt de sa demande ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 avril 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Froc, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant égyptien, entré en France en 1995 selon ses déclarations et titulaire d'un titre de séjour valable jusqu'au 3 juillet 2024, a sollicité auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), par une demande enregistrée le 17 février 2020, le regroupement familial au bénéfice de son épouse, Mme A I G J et de son fils G C H E, résidant en Egypte. Le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande le 15 février 2022, au motif qu'il ne disposait pas de ressources suffisantes. Par la requête susvisée, M. B demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. La décision attaquée est signée par Mme D F, adjointe au directeur des migrations et de l'intégration, qui bénéficiait, à cette fin d'une délégation qui lui a été consentie par arrêté du préfet du Val-d'Oise en date du 21 octobre 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le Val-d'Oise du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée manque en fait.

3. Il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B avant d'édicter à son encontre la décision en litige.

4. Aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial :1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans. ".Aux termes de l'article L.434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes:1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille;2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique;3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil. Enfin, aux termes de l'article R. 434-4 du même code : " Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à :1° Cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes ;2° Cette moyenne majorée d'un dixième pour une famille de quatre ou cinq personnes ;3° Cette moyenne majorée d'un cinquième pour une famille de six personnes ou plus. ".

5. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que le caractère suffisant du niveau de ressources du demandeur est apprécié sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum interprofessionnel de croissance au cours de cette même période, même si, lorsque ce seuil n'est pas atteint au cours de la période considérée, il est toujours possible, pour le préfet, de prendre une décision favorable en tenant compte de l'évolution des ressources du demandeur, y compris après le dépôt de la demande.

6. En premier lieu, il ressort des termes de la décision contestée que, pour rejeter la demande de regroupement familial présentée par M. B, le préfet du Val-d'Oise s'est fondé sur la circonstance que le revenu net mensuel moyen de l'intéressé, calculé sur les douze mois précédant le dépôt de la demande s'élevait à 1 081,24 euros et était ainsi inférieur au seuil de 1 171 euros prévu pour trois personnes en vertu des dispositions précitées. En se bornant à se prévaloir de l'avis de l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration, qui ne lie pas le préfet, le requérant, qui n'apporte aucun justificatif quant à ses revenus, ne combat pas utilement cette constatation. Par ailleurs, pour justifier de la faiblesse de ses ressources, l'intéressé ne saurait utilement se prévaloir de la crise liée au covid-19 qui a débuté au mois de mars 2020, soit postérieurement à la période de référence. Il ne saurait davantage utilement se prévaloir du caractère minime, selon lui, de l'écart entre les revenus perçus et le seuil réglementairement requis.

7. En second lieu, si M. B soutient qu'en tant qu'auto-entrepreneur, il perçoit une rémunération mensuelle de 1 650 euros depuis 2021, conforme aux exigences prévues à l'article R. 434-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le requérant ne produit, à l'appui de cette allégation, que quatre déclarations trimestrielles de chiffres d'affaires mentionnant un total de 39 600 euros pour la période du 1er janvier 2021 au 31 décembre 2021, lesquelles ne permettent pas d'établir le montant de ses revenus effectivement perçus ni, par suite, le respect du seuil mentionné au point précédent. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que le préfet du Val-d'Oise a refusé sa demande de regroupement familial au motif que ses ressources étaient insuffisantes. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Il résulte de ces stipulations que, lorsqu'il se prononce sur une demande de regroupement familial, le préfet dispose d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu par les dispositions précitées, notamment dans le cas où il est porté une atteinte excessive au droit de mener une vie familiale normale.

10. Il ressort des pièces du dossier que M. B n'apporte aucun justificatif ou élément de nature à démontrer l'impossibilité pour son épouse et son fils de lui rendre visite sous couvert d'un visa de court séjour, de même que M. B ne conteste pas pouvoir rendre visite à sa famille en Egypte, pays dans lequel résident également ses deux autres enfants. Au demeurant la décision attaquée ne fait pas obstacle à ce que le requérant, qui ne justifie pas d'une intégration professionnelle ancienne et stable, poursuive sa vie familiale dans son pays d'origine ou, s'il s'y croit fondé, notamment au vu de l'évolution de ses ressources, présente une nouvelle demande de regroupement familial. Dès lors, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, la décision attaquée n'a pas porté, eu égard aux buts qu'elle poursuit, une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

12. Alors que le fils de M. B, né le 5 novembre 2004, vit avec sa mère et ses deux frères et sœurs en Egypte depuis 2004, la décision attaquée n'a, par elle-même, ni pour objet ni pour effet de modifier sa situation familiale. Par ailleurs, comme il a été dit, le requérant était titulaire, à la date de la décision contestée, d'un titre de séjour valable jusqu'au 3 juillet 2024, lui permettant de rendre visite à son fils en Egypte. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du préfet du Val-d'Oise du 15 février 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction, et celles sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président ;

M. Viain, premier conseiller ;

Mme Froc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.

Le rapporteur,

signé

E. FROC

Le président,

signé

C. HUON La greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2204463

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