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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2205049

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2205049

mercredi 2 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2205049
TypeDécision
Formation11ème Chambre
Avocat requérantLAURENT

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a examiné la requête de M. A, adjoint de sécurité, contestant le refus du préfet de police de Paris de lui délivrer l'agrément nécessaire à sa nomination comme gardien de la paix. Le requérant invoquait notamment l'incompétence de l'auteur de l'acte, un défaut de motivation et une erreur manifeste d'appréciation. Le tribunal a rejeté l'ensemble de ses moyens, jugeant que la décision était suffisamment motivée et fondée sur des faits matériellement exacts révélant un manquement au devoir de loyauté, incompatible avec les fonctions sollicitées. La solution retenue est le rejet de la requête, sur le fondement du décret n°95-654 du 9 mai 1995 et des articles L. 114-1 et R. 434-2 du code de la sécurité intérieure.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n°2200792 du 1er avril 2022, la présidente du tribunal administratif de Versailles a, sur le fondement de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête de M. B A enregistrée au greffe du tribunal administratif de Versailles le 2 février 2022.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise sous le n°2205049, et des mémoires complémentaires enregistrés les 8 février 2022

et 16 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Deschamps, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 2 décembre 2021 par laquelle le préfet de police de Paris a refusé de lui délivrer l'agrément permettant sa nomination à un emploi de gardien de la paix ;

2°) d'enjoindre à l'administration de procéder au réexamen de sa demande d'agrément dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'aucun des motifs relevés n'est de nature à justifier un refus d'agrément.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2022, le préfet de police de Paris conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n°95-654 du 9 mai 1995 ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Robert, premier conseiller ;

- les conclusions de Mme Charlery, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Deschamps, représentant M. A.

Une note en délibéré, produite pour M. A, a été enregistrée

le 27 mars 2025. Elle n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, adjoint de sécurité de la police nationale (ADS) au commissariat de Clamart, a été admis au concours interne à l'affectation régionale Ile-de-France de gardien de la paix le 22 septembre 2020. Par un courrier du 1er octobre 2021, le préfet de police de Paris a informé l'intéressé qu'il était susceptible de lui refuser l'agrément pour exercer cet emploi et l'a invité à formuler des observations. Par une décision du 2 décembre 2021, le préfet de police de Paris a refusé de lui délivrer l'agrément précité en faisant valoir que les éléments recueillis lors de l'enquête administrative diligentée à son encontre révélaient un manquement au devoir de loyauté et aux impératifs de sécurité incompatible avec les fonctions sollicitées. Par la présente requête, M. A sollicite l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 4 du décret du 9 mai 1995 fixant les dispositions communes applicables aux fonctionnaires actifs de la police nationale : " Outre les conditions générales prévues par l'article 5 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée et les conditions spéciales prévues par les statuts particuliers, nul ne peut être nommé à un emploi des services actifs de la police nationale : () 3° Si sa candidature n'a pas reçu l'agrément du ministre de l'intérieur ".

Aux termes de l'article L. 114-1 du code de la sécurité intérieure : " I. - Les décisions administratives de recrutement, d'affectation, de titularisation, d'autorisation, d'agrément ou d'habilitation, prévues par des dispositions législatives ou réglementaires, concernant soit les emplois publics participant à l'exercice des missions de souveraineté de l'Etat, soit les emplois publics ou privés relevant du domaine de la sécurité ou de la défense, (), peuvent être précédées d'enquêtes administratives destinées à vérifier que le comportement des personnes physiques ou morales intéressées n'est pas incompatible avec l'exercice des fonctions ou des missions envisagées.". Aux termes de l'article R. 434-2 du même code : " Placées sous l'autorité du ministre de l'intérieur pour l'accomplissement des missions de sécurité intérieure () la police nationale et la gendarmerie nationale ont pour mission d'assurer la défense des institutions et des intérêts nationaux, le respect des lois, le maintien de la paix et de l'ordre publics, la protection des personnes et des biens. Au service des institutions républicaines et de la population, policiers et gendarmes exercent leurs fonctions avec loyauté, sens de l'honneur et dévouement ".

3. Il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans l'intérêt du service, si les candidats à un emploi des services actifs de la police nationale présentent les garanties requises pour l'exercice des fonctions auxquelles ils postulent, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir à qui il appartient de vérifier que le refus d'agrément d'une candidature est fondé sur des faits matériellement exacts et de nature à le justifier légalement. Par ailleurs, l'administration peut opposer un refus d'agrément, même après que l'intéressé a été reçu au concours, mais avant sa nomination, lorsqu'ont été révélés à l'administration des faits laissant supposer que le candidat ne présente pas toutes les garanties requises pour occuper un emploi dans les services actifs de la police nationale.

4. En l'espèce, aux termes de la décision attaquée, le préfet de police de Paris a refusé de délivrer à M. A l'agrément lui permettant la nomination à un emploi de gardien de la paix au motif que les éléments recueillis lors de l'enquête administrative révélaient un manquement au devoir de loyauté et aux impératifs de sécurité attendus d'un candidat aux fonctions de gardien de la paix.

En ce qui concerne le manquement au devoir de loyauté :

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A, adjoint de sécurité de la police nationale (ADS) en Ile-de-France depuis septembre 2017, n'avait pas informé sa hiérarchie et ses collègues qu'il avait précédemment bénéficié d'un premier contrat d'ADS dans une autre région du 1er juin 2015 au 12 juin 2016. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait dissimulé ses précédentes fonctions lors de son recrutement en Ile-de-France dès lors qu'il a conservé le même numéro de matricule et que le service des ressources humaines avait connaissance de son premier contrat. Dans ces conditions, aussi regrettable que soit cette ommission qui a pu rompre le lien de confiance entre M. A et les autres agents de son service, celle-ci était limitée à son entourage professionnel immédiat et ne présente pas une gravité telle qu'elle puisse caractériser un manquement au devoir de loyauté l'empêchant d'occuper un autre emploi dans les services actifs de la police nationale.

En ce qui concerne le manquement aux impératifs de sécurité :

6. Il ressort des conclusions défavorables de l'enquête administrative effectuée par la direction du renseignement le 1er septembre 2021 que M. A a été affecté au commissariat de Boulogne-Billancourt " où il a été progressivement cantonné à la mission d'accueil, sa hiérarchie indiquant, que malgré beaucoup d'efforts déployés, il manquait de professionnalisme et de rigueur et qu'il devait encore progresser dans sa façon d'être pour prétendre à un poste de gardien de la paix ", puis a été transféré au commissariat de Clamart où il " a été affecté dans un premier temps aux missions de police-secours et au poste de standardiste. Du fait de ses nombreuses lacunes (difficulté à s'exprimer à l'oral comme à l'écrit et à se faire comprendre, à retranscrire une information sans l'altérer ni l'interpréter, affirmation de choses erronées, incapacité à la conduite de véhicule), il est depuis limité à la seule mission d'accueil, où il ne donne pas pleinement satisfaction à sa hiérarchie, son comportement ayant entraîné des différends avec les usagers. ". Le préfet de police de Paris produit en défense deux autres rapports aux termes similaires. Toutefois, si ces éléments révèlent des difficultés professionnelles qui pourraient, le cas échéant, conduire à un refus de titularisation à l'issue de la formation de gardien de la paix, il est constant que le requérant a été admis à un concours interne comportant notamment des résolutions de cas pratiques et un oral avec un jury où il a eu des notes supérieures à la moyenne, ce qui conduit à relativiser les lacunes précitées. En outre, M. A produit les attestations de quatre collègues, dont trois gradés, mentionnant sa rigueur et son implication dans l'accomplissement des tâches qui lui sont confiées. Enfin, l'enquête administrative précitée mentionne que M. A est inconnu des fichiers de police. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que le comportement de M. A serait incompatible avec l'exercice des fonctions de gardien de la paix.

7. Il résulte des motifs exposés aux points 5 et 6 que le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation doit être accueilli.

8. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du

2 décembre 2021 par laquelle le préfet de police de Paris a refusé de lui délivrer l'agrément permettant sa nomination à un emploi de gardien de la paix

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. L'annulation de la décision contestée implique nécessairement, eu égard au motif retenu, qu'il soit enjoint au préfet de police de Paris de réexaminer la demande d'agrément de M. A à un emploi de gardien de la paix dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 2 décembre 2021 par laquelle le préfet de police de Paris a refusé de délivrer à M. A l'agrément permettant sa nomination à un emploi de gardien de la paix est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de Paris de réexaminer la demande d'agrément de

M. A à un emploi de gardien de la paix dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police de Paris.

Délibéré après l'audience du 13 mars 2025, à laquelle siégeaient :

M. d'Argenson, président,

M. Prost, premier conseiller.

M. Robert, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2025.

Le rapporteur,

signé

D. Robert

Le président,

signé

P.-H. d'ArgensonLe greffier,

signé

V. Guillaume

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

.

N°2205049

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