vendredi 13 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2206091 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | CASSEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 avril 2022 au greffe du tribunal sous le n° 2206091, Mme C E, représentée par la Selafa Cabinet Cassel, demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise, en présence du centre hospitalier Raymond Poincaré de Garches et de la caisse primaire d'assurance maladie des Hauts-de-Seine, en vue de dire si les soins reçus et sa prise en charge médicale à compter du 9 septembre 2018 pour une arthroplastie de la hanche gauche ont été attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, si des erreurs médicales ont été commises, si elle a été victime d'un accident médical et d'évaluer les préjudices subis.
Elle soutient que :
- la juridiction administrative est compétente ;
- la mesure d'expertise est utile ;
- elle est nécessaire afin de déterminer si l'infection contractée au cours de son hospitalisation du 9 au 14 septembre 2018 présente un caractère nosocomial.
Par un mémoire, enregistré au greffe du tribunal le 3 mai 2022 la caisse primaire d'assurance maladie de Paris fait valoir qu'elle intervient dans ce dossier en lieu et place de la caisse primaire d'assurance maladie des Hauts-de-Seine.
Par un mémoire, enregistré au greffe du tribunal le 14 novembre 2022, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (Oniam), représenté par la SCP Saidji et Moreau, demande au juge des référés :
1°) à titre principal, de le mettre hors de cause ;
2°) que les missions de l'expert soient complétées notamment avec la rédaction d'un pré-rapport ;
3°) de statuer sur les dépens.
Il soutient que la situation de la requérante ne permet pas d'envisager son intervention dans la mesure où les seuils de gravité requis par l'article D. 1142-1 du code de la santé publique ne sont pas atteints et où l'infection n'a pas entrainé un déficit fonctionnel permanent supérieur à 25%.
Par un mémoire, enregistré le 5 janvier 2023, l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris
(AP-HP) ne s'oppose pas à la demande d'expertise qui doit être confiée à un spécialiste en chirurgie orthopédique.
La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie des Hauts-de-Seine qui n'a pas présenté de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. D, premier vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'expertise :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction ". L'octroi d'une telle mesure est subordonné à son utilité pour le règlement d'un litige principal, appréciée en tenant compte, notamment, de l'intérêt de la mesure pour un contentieux né ou à venir n'étant pas manifestement insusceptible de relever de la compétence de la juridiction administrative.
2. Mme E fait valoir qu'elle a été hospitalisée au sein du centre hospitalier Raimond Poincaré du 9 septembre au 14 septembre 2018 pour la prise en charge d'une coxarthrose bilatérale plus prononcée à gauche. Le 10 septembre 2018 elle a bénéficié d'une arthroplastie totale de la hanche gauche. Le 21 septembre suivant, elle a été prise en charge en urgence au centre hospitalier Raimond Poincaré en raison d'un écoulement cicatriciel abondant nécessitant une ponction de la hanche gauche. Les examens réalisés ont mis en évidence une infection à staphylocoque ainsi qu'une synovectomie nécessitant le changement des implants mobiles. Le 26 septembre 2018 elle a subi une nouvelle intervention afin de procéder au changement de sa prothèse en raison de la dégradation de son état de santé et est restée hospitalisée jusqu'au 30 octobre 2018 en raison d'un syndrome inflammatoire. La commission de conciliation et d'indemnisation (CCI) d'Île-de-France, par une décision du 16 février, s'est reconnue incompétente ne l'absence d'atteinte des seuils de gravité. Dans ces conditions, en raison des préjudices subis lors de son hospitalisation, Mme E demande la désignation d'un expert.
3. La mesure d'expertise sollicitée par Mme E a pour objet, en vue d'un éventuel recours au fond, de réunir les éléments permettant de déterminer si la prise en charge et les soins prodigués à compter du 9 septembre 2018 au centre hospitalier Raimond Poincaré de Garches ont été conformes aux règles de l'art ou si elle a été victime ou non d'une faute médicale ou d'une infection nosocomiale, d'apprécier l'origine du dommage et d'évaluer les préjudices subis. La demande d'expertise présente un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu de faire droit à la demande d'expertise et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 2 de la présente ordonnance.
Sur les mises hors de cause et les mises en cause :
4. L'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) demande au juge des référés de le mettre hors de cause des opérations d'expertise. Cependant, en l'état de l'instruction, la participation de l'ONIAM aux opérations d'expertise, qui ne saurait préjuger de sa responsabilité, n'apparaît pas inutile. Il y a lieu, dès lors, de rejeter la demande de l'ONIAM tendant à sa mise hors de cause.
5. La caisse primaire d'assurance maladie de Paris fait valoir qu'elle assure en lieu et place de la caisse primaire d'assurance maladie des Hauts-de-Seine la gestion de ce dossier. Il y a lieu, dès lors, de faire participer la caisse primaire d'assurance maladie de Paris aux opérations d'expertise et de mettre hors de cause la caisse primaire d'assurance maladie des Hauts-de-Seine.
Sur les conclusions relatives aux dépens :
6. Aux termes de l'article R. 621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal ou de la cour, après consultation, le cas échéant, du magistrat délégué () en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires ". Ainsi il n'appartient pas au juge des référés, dans le cadre de la présente instance, de désigner la partie qui supportera la charge des dépens.
ORDONNE :
Article 1er : La caisse primaire d'assurance maladie des Hauts-de-Seine est mise hors de cause.
Article 2 : M. A B, domicilié 53 rue Pergolèse à Paris (75116), est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :
1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme E et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins et aux diagnostics pratiqués sur elle lors de sa prise en charge par le centre hospitalier Raimond Poincaré de Garches ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de Mme E ainsi qu'éventuellement à son examen clinique ;
2°) rappeler l'état de santé antérieur de Mme E et décrire son état à la date de l'expertise ;
3°) décrire les conditions dans lesquelles Mme E a été prise en charge par les services du centre hospitalier ; donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à l'état de Mme E et aux symptômes qu'elle présentait ;
4°) de manière générale, réunir tous les éléments permettant de déterminer si des fautes médicales, des fautes de soins ou des fautes dans l'organisation des services ont été commises lors de l'hospitalisation de Mme E ;
5°) donner son avis sur le point de savoir si le dommage corporel constaté présente un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement imputable à l'établissement, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec la pathologie initiale et son évolution ou avec toute autre cause étrangère à la prise en charge de Mme E par l'établissement ; indiquer si le dommage résulte d'un accident médical non fautif, d'une affection iatrogène ou d'une infection nosocomiale et, dans ce dernier cas, donner tous éléments permettant de déterminer si l'infection a une cause étrangère à la prise en charge par l'établissement ; dans le cas d'une pluralité de causes à l'origine du dommage, indiquer la part imputable à chacune d'elles ;
6°) dire si le dossier médical et les informations recueillies permettent de savoir s'il a été procédé de façon complète à l'information de Mme E, c'est-à-dire si elle a été informée, avant l'acte de soins litigieux, de l'ensemble des risques fréquents et des risques graves, même rares, normalement prévisibles, qu'elle encourait en donnant son consentement à l'acte de soins en cause ; dans la négative, préciser si Mme E a subi une perte de chance, exprimée en pourcentage, de se soustraire au risque en refusant l'acte de soins si elle en avait connu tous les dangers ;
7°) donner son avis sur le point de savoir si le ou les manquements éventuellement constatés ont fait perdre à Mme E une chance de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader ; dans cette hypothèse, quantifier la perte de chance ;
8°) dire si l'état de santé de Mme E est consolidé et, le cas échéant, fixer la date de consolidation ; dans l'hypothèse où l'état de santé de Mme E ne serait pas consolidé, fixer l'échéance à l'issue de laquelle l'intéressée devra à nouveau être examinée ;
9°) dire si l'état de Mme E est susceptible de modification en amélioration ou en aggravation ; dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et, dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;
10°) décrire la nature et l'étendue des préjudices résultant de la prise en charge hospitalière de Mme E, non imputables à son état antérieur ni aux conséquences prévisibles de sa prise en charge médicale par le centre hospitalier Raimond Poincaré de Garches si celle-ci s'était déroulée normalement, en distinguant les préjudices patrimoniaux (en particulier, dépenses de santé déjà engagées et futures, frais liés au handicap, pertes de revenus, incidences professionnelle et scolaire du dommage, autres dépenses liées au dommage corporel) et les préjudices personnels (en particulier, déficit fonctionnel, souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d'agrément, préjudice sexuel, préjudice d'établissement) et, pour chaque poste de préjudice, les préjudices temporaires avant consolidation et les préjudices permanents après consolidation ;
11°) pour le cas où la responsabilité de l'établissement de santé ne serait pas retenue, préciser les préjudices directement imputables à un ou des actes de prévention, de diagnostic ou de soins exécutés dans l'établissement ayant eu pour Mme E des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci, en appréciant leur niveau de gravité au regard des critères fixés à l'article D. 1142-1 du code de la santé publique (pourcentage et durée du déficit fonctionnel temporaire, inaptitude à exercer l'activité professionnelle, troubles particulièrement graves y compris d'ordre économique dans les conditions d'existence) ;
12°) de façon générale, recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis ;
13°) déposer un pré-rapport afin de permettre aux parties de faire valoir contradictoirement leurs observations préalablement au dépôt du rapport définitif.
L'expert disposera des pouvoirs d'investigations les plus étendus. Il pourra faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal.
Article 3 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.
Article 4 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.
Article 5 : L'expertise aura lieu contradictoirement en présence de Mme E, de l'AP-HP, de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (Oniam) et de la caisse primaire d'assurance maladie de Paris.
Article 6 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.
Article 7 : L'expert déposera son rapport au greffe en deux exemplaires dans un délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance et au plus tard le 31 juillet 2023. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.
Article 8 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.
Article 9 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 10 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C E, à l'AP-HP, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (Oniam), à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris, à la caisse primaire d'assurance maladie des Hauts-de-Seine et à M. A B, expert.
Fait à Cergy, le 13 janvier 2023.
Le premier vice-président,
signé
F. D
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.