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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2206490

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2206490

mardi 7 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2206490
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation7ème Chambre
Avocat requérantVOLLE LEILA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 8 mai, 2 novembre 2022 et 16 décembre 2022, M. D H F C, représenté par Me Volle, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 avril 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jour, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé, lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an et l'a informé qu'il faisait l'objet d'un signalement dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine :

- à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

- à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui notifier une nouvelle décision dans un délai de trois mois à compter de cette notification, et dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

- de demander à la préfecture de police de Paris de transférer les pièces de son dossier à la préfecture des Hauts-de-Seine ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- cette décision est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant le refus de titre de séjour ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. F C ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 19 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de B E,

- les observations de Me Volle, représentant M. F C.

Considérant ce qui suit :

1. M. F C, ressortissant équatorien né le 18 octobre 1989, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 6 avril 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour sollicité sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a informé qu'il faisait l'objet d'un signalement dans le système d'information Schengen.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. F C est entré en France en 2013 et qu'il y réside habituellement depuis lors. Par ailleurs, M. F C soutient qu'il a débuté, en 2018, une relation sentimentale avec B A, compatriote titulaire d'une carte de résident CE valable jusqu'en 2028. A cet égard, le requérant établit, par les nombreuses pièces versées à l'instance, qu'il vit en concubinage avec celle-ci depuis le mois de juillet 2019, ainsi qu'avec les deux enfants de B P., nés en 2005 et 2011, qui attestent de leur attachement au compagnon de leur mère et de son implication dans leur éducation. Par ailleurs, M. F C justifie d'expériences professionnelles dans le secteur du bâtiment, notamment auprès du cabinet MetG, dont le gérant, qui loue les compétences professionnelles de l'intéressé, atteste de sa volonté de l'engager dans le cadre de trois projets immobiliers débutant en 2023. Il s'ensuit que M. F C, qui justifie avoir développé sur le territoire français des liens suffisamment intenses, anciens et stables, est fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer le titre de séjour sollicité, le préfet a porté atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale et, par suite, méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales précitées.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine, en date du 6 avril 2022, doit être annulé en toutes ses dispositions.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Il y a lieu, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Hauts-de-Seine ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence actuel de l'intéressé, de délivrer à M. F C une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à M. F C au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : L'arrêté du 6 avril 2022 du préfet du Hauts-de-Seine est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence actuel de l'intéressé, de délivrer à M. F C un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. F C la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D H F C et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 24 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

B Coblence, présidente,

B Fléjou, première conseillère et M. Goupillier, premier conseiller,

assistés de B Charleston, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2023.

La rapporteure,

signé

V. E

La présidente,

signé

E. CoblenceLa greffière,

signé

D. Charleston

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2206490

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