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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2206927

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2206927

mercredi 5 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2206927
TypeDécision
Avocat requérantYAHIA AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 mai 2022 sous le n° 2206927, M. et Mme E et D B, représentés par Me Yahia avocat, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner une expertise, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, portant sur les conditions dans lesquelles leur fils C a été pris en charge par le centre hospitalier de Beaujon à compter du 5 mars 2020 pour le traitement de son cancer jusqu'à son décès le 16 janvier 2021 ;

2°) d'ordonner à l'expert désigner la rédaction d'un pré-apport ;

3°) de mettre à la charge de l'assistance publique - Hôpitaux de Paris (APHP) la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur fils C a été pris en charge à partir du 26 février 2020 par différents établissements de santé, notamment le centre hospitalier de Beaujon, et est décédé le 16 janvier 2021 à l'âge de 25 ans d'un cancer du côlon ;

- des dysfonctionnements dans la prise en charge de leur fils et l'absence d'information sur les différentes options thérapeutiques disponibles n'ont pas permis de lui assurer les meilleures chances de survie ;

- la mesure d'expertise sollicitée est utile car elle doit permettre d'évaluer les responsabilités du centre hospitalier de Beaujon et l'indemnisation des préjudices subis par les demandeurs.

Par un mémoire, enregistré le 15 novembre 2022, la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine Saint Denis demande au juge des référés de recevoir son intervention et de lui donner acte de la réserve de ses droits.

La requête a été communiquée au directeur de l'assistance publique - Hôpitaux de Paris (APHP) qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. F, premier vice-président du tribunal, pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ". Aux termes de l'article R. 532-5 de ce code : " Les dispositions des articles R. 621-1 à R. 621-14, à l'exception du troisième alinéa de l'article R. 621-9, sont applicables aux référés mentionnés à l'article R. 532-1, sous réserve des dispositions du présent chapitre. () ".

2. L'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il est demandé au juge des référés d'ordonner sur le fondement de cette disposition doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher. De même, le juge des référés ne peut faire droit à une demande d'expertise permettant d'évaluer un préjudice, en vue d'engager la responsabilité d'une personne publique, en l'absence manifeste de lien de causalité entre le préjudice à évaluer et un ouvrage public dépendant de cette personne.

3. Il résulte de l'instruction que M. C B, fils de M. et Mme E et D B, a été pris en charge par le centre hospitalier de Québec le 22 février 2020 pour des douleurs abdominales épigastriques. Après avoir bénéficié d'une coloscopie qui a mis en évidence une sténose sur masse d'aspect tumorale du colon transverse sans qu'un diagnostic de certitude soit posé, il a été rapatrié en France, accueilli le 2 mars au service d'urgence de l'hôpital St-Camille à Bry-sur-Marne (94360) puis transféré le 5 mars à l'hôpital Beaujon à Clichy (92110). C'est dans cet hôpital qu'après de nouveaux examens, une laparotomie a permis de confirmer le 21 avril une carcinose péritonéale à haut grade de malignité d'origine digestive haute ou hépato biliaire et d'initier un traitement par chimiothérapie à partir du 28 avril. Le 31 décembre, il a été hospitalisé puis transféré à l'hôpital Paul Brousse à Villejuif (94800) avant d'y décéder le 11 janvier 2021. M. et Mme B soutiennent qu'il est utile qu'un expert soit désigné afin d'évaluer si le protocole d'annonce de la pathologie et l'obligation d'information ont bien été respectés, si le choix du traitement est conforme aux données acquises de la science, s'il a existé une démarche d'analyse des risques.

4. L'expertise demandée par M. et Mme B présente un caractère utile, et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Par suite, il y a lieu de faire droit à sa demande et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur le dépôt d'un pré-rapport:

5. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du principe du contradictoire. L'établissement d'un pré-rapport adressé aux parties en vue de recueillir leurs éventuelles observations ne constitue donc qu'une modalité opérationnelle de l'expertise dont il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité d'y recourir. Il suit de là que les conclusions de M. et Mme B tendant à ce que l'expert établisse un pré-rapport communicables aux parties ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les réserves exprimées :

6. Il n'appartient pas au juge des référés statuant sur le fondement des dispositions citées au point 1 de donner acte de protestations ou de réserves. Les conclusions présentées en ce sens ne peuvent qu'être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A G, exerçant à 30 rue de Paris à Boulogne (92100) est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :

- se faire communiquer l'entier dossier médicale de feu C B et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins et aux diagnostics pratiqués sur lors de sa prise en charge par le centre hospitalier de Beaujon ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de M. C B ;

- décrire les conditions dans lesquelles M. C B a été admis et soigné à compter du 5 mars 2020 ;

- préciser les examens et soins prodigués et les complications survenues qui ont conduit à la dégradation de son état de santé puis à son décès, et donner toutes explications utiles sur les causes du décès de M. C B ;

- dire si les soins et actes médicaux ont été attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science médicale ;

- réunir tous éléments devant permettre de déterminer si des erreurs, manquements ou négligences ont été commis par le centre hospitalier de Beaujon, ou d'éventuels autres intervenants, dans l'établissement du diagnostic, l'accomplissement des soins, ainsi, éventuellement, que dans le fonctionnement ou l'organisation du service ;

- préciser quels ont été les moyens permettant le diagnostic, les éléments cliniques, para-cliniques et biologiques retenus ;

- déterminer le contenu et l'étendue de l'information délivrée à sa famille concernant le pronostic vital de M. C B et sur les alternatives aux actes médicaux et à la prise en charge subis de telle sorte que, pour le cas où un défaut d'information serait relevé, ce manquement puisse être apprécié au regard de l'obligation qui pesait sur les praticiens hospitaliers au moment des faits ;

- dire si, en l'état des données acquises de la science, l'équipe médicale a pris tous les moyens pour éviter le risque de décès ou si celui-ci constituait un risque incompressible et irrésistible et se serait réalisé quelles que soient les précautions prises ;

- indiquer si le manquement éventuellement constaté a fait perdre à M. C B une chance de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader, et d'éviter son décès ; chiffrer la perte de chance (pourcentage ou coefficient) ;

- dire si une indemnisation au titre du préjudice moral de M. et Mme E et D B est justifié et dans l'affirmative le chiffrer ;

- de façon générale, recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis.

L'expert disposera des pouvoirs d'investigations les plus étendus. Il pourra faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal.

Article 2 : L'expertise aura lieu contradictoirement en présence de la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine Saint Denis.

Article 3 : L'expert déposera son rapport au greffe dans un délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : L'expert accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R 621-14 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme B, au directeur de l'assistance publique des hôpitaux de Paris, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine Saint Denis et à M. G, expert.

Fait à Cergy, le 5 avril 2023.

Le juge des référés,

Signé

F. F

La République mande et ordonne au préfet du Val d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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