mardi 27 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2207066 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | GACHE-GENET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 mai 2022 sous le n° 2207066, la ministre des armées demande au juge des référés, d'ordonner une expertise, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative en vue de déterminer l'origine et les causes des désordres qui affectent le bâtiment des blessés et de leur famille, dit " B des familles ", établissement localisé au sein de l'hôpital d'instruction des armées de Percy à Clamart (92140), indiquer si ces désordres portent atteinte à la solidité de l'ouvrage et s'ils sont de nature à le rendre impropre à sa destination, ainsi que les travaux nécessaires pour y remédier et leur coût et fournir tous les éléments permettant de déterminer les préjudices subis, en présence de :
-la société DUMEZ Île-de-France ;
-la société SMA sa ;
-la société EPDC ;
-la société Jaglin Quenault Architectes.
Elle soutient que :
- des désordres de nature à engager la responsabilité décennale de la société Dumez IDF, titulaire du marché relatifs aux travaux sur le bâtiment, ont été constatés ;
- la mesure d'expertise sollicitée est utile car elle doit permettre de déterminer avec exactitude les causes et origines des désordres, l'estimation des coûts et préjudices ;
- la mesure d'expertise est urgente car une aggravation des désordres a été relevée confirmant un caractère évolutif qui pourrait affecter la solidité de l'ouvrage ou le rendre impropre à sa destination. L'expertise pourrait par ailleurs prescrire les mesures à prendre à titre conservatoire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juin 2022, la société Jaglin Quenault Architectes, représentée par Me Puybaret, ne s'oppose pas à la demande d'expertise et demande au juge des référés que la ministre des armées fasse l'avance des frais d'expertise.
Par deux mémoires en défense enregistrés le 1er juin et le 12 juillet 2022, la société DP.r (anciennement DUMEZ IDF), représentée par Me Dessalces, ne s'oppose pas à la demande d'expertise et formule les protestations et réserves d'usage.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 octobre 2022, la société SMA SA représentée par Me Chamard-Sablier, formule les protestations et réserves d'usage à l'encontre de la décision d'expertise.
La requête a été communiquée à la société EPDC qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. C, premier vice-président du tribunal, pour statuer sur les demandes de référés.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'expertise :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. / Il peut notamment charger un expert de procéder, lors de l'exécution de travaux publics, à toutes constatations relatives à l'état des immeubles susceptibles d'être affectés par des dommages ainsi qu'aux causes et à l'étendue des dommages qui surviendraient effectivement pendant la durée de sa mission () ".
2. Le ministre des armées fait valoir que d'importants désordres affectant le bâtiment des blessés et de leur famille, dit " B des familles ", de l'hôpital d'instruction des armées de Percy à Clamart (92140), ont été constatés postérieurement à la réception définitive des travaux intervenue le 19 novembre 2015, notamment, la présence d'importantes tâches d'humidité et de moisissures sur certaines cloisons. Malgré la réalisation de travaux de reprise en 2017, de nouveaux désordres sont apparus en 2021, à savoir la présence de champignons, de traces d'humidité et de moisissures au niveau de trois chambres, l'apparition de fissures au niveau du mur d'un couloir, une importante dégradation du revêtement de l'escalier, une dégradation des murs de la lingerie apparaissant comme la conséquence d'une infiltration. Si la société DP. r a proposé une reprise partielle du désordre, cette reprise ne s'avère pas pérenne en l'absence de détermination des causes de ces désordres.
3. La mesure d'expertise demandée par le ministre des armées présente un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il a lieu de faire droit à sa demande et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.
Sur les réserves exprimées :
4. Il n'appartient pas au juge des référés statuant sur le fondement des dispositions citées au point 1 de donner acte de protestations ou de réserves. Les conclusions présentées en ce sens ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les dépens :
5. Il n'appartient pas au juge des référés de se prononcer sur la charge des dépens de la mesure d'instruction qu'il ordonne ni de la réserver pour le futur. Par suite, les conclusions présentées par la société Jaglin Quenault Architectes tendant à faire porter la charge de l'avance des frais d'expertise sur le ministère des armées doivent être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A D, exerçant au 122 rue du Pont Saint Jean à Etampes (91150), est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :
- se rendre sur les lieux et procéder à la constatation et au relevé précis et détaillé des désordres qui affectent le bâtiment des blessés et de leur famille, dit " B des familles ", au sein de l'hôpital d'instruction des armées de Percy à Clamart (92140) ;
- donner un avis motivé sur les causes et origines de chaque désordre et malfaçons dont il s'agit, en précisant s'ils sont imputables aux travaux de construction, à la conception, à un défaut de direction ou de surveillance, à leur exécution ou encore aux conditions d'utilisation et d'entretien de l'immeuble endommagé et, dans le cas de causes multiples, d'évaluer les proportions relevant de chacune d'elles ;
- déterminer si les désordres apparus sont de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination ;
- indiquer la nature des travaux nécessaires pour remédier à la situation actuelle, en assurant la solidité de l'ouvrage et un usage propre à sa destination, en précisant s'il en résulte une plus-value pour l'immeuble en cause ;
- déterminer et chiffrer les travaux de reprise ;
- décrire et chiffrer les préjudices passés et à venir subis par l'Etat et le ministère des armées ;
- d'une façon générale, recueillir tous éléments techniques et de fait et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis en cas de saisine au fond de la juridiction.
Article 2 : L'expert disposera des pouvoirs d'investigations les plus étendus. Il pourra faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal.
Article 3 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.
Article 4 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.
Article 5 : L'expertise aura lieu contradictoirement en présence de la société DP. r , de la société SMA SA, de la société EPDC et de la société Jaglin Quenault Architectes.
Article 6 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.
Article 7 : L'expert déposera son rapport au greffe en deux exemplaires dans un délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance et au plus tard le 27 juin 2023. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.
Article 8 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.
Article 9 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 10 : Le présent jugement sera notifié au ministre des armées, à la société DP. r, à la SMA SA, à la société EPDC à la Société Jaglin Quenault Architectes et à M. A D, expert.
Fait à Cergy, le 27 décembre 2022.
Le juge des référés,
signé
F. C