jeudi 17 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2209384 |
| Type | Décision |
| Recours | Question préjudicielle |
| Publication | C |
| Formation | 9ème Chambre |
| Avocat requérant | SECK |
Vu la procédure suivante :
Par un jugement du 23 juin 2022, transmis et enregistré le 30 juin 2022 au greffe du tribunal, le conseil de prud'hommes de Nanterre a sursis à statuer sur le litige relatif à la demande de paiement de diverses indemnités introduit par Mme A B et a saisi le tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'une question préjudicielle portant sur la légalité de la décision rendue le 16 septembre 2019 par l'inspectrice du travail de l'Unité départementale des Hauts-de-Seine de la DIRECCTE (devenue DRIEETS) Ile-de-France autorisant la société MONTUPET à procéder à son licenciement.
Par des observations, enregistrées les 4 août et 19 octobre 2022, la société LINAMAR LIGHT METAL venant aux droits de la société MONTUPET, représentée par la SCP Fischer, Tandeau de Marsac, Sur et Associés, conclut à ce que le Tribunal déclare que la décision rendue le 16 septembre 2019 par l'inspectrice du travail de l'Unité départementale des Hauts-de-Seine de la DIRECCTE (devenue DRIEETS) Ile-de-France et autorisant la société MONTUPET à procéder au licenciement de Mme B n'est pas entachée d'illégalité.
Elle fait valoir que :
- la circonstance que les membres du comité social et économique d'établissement de Clichy de la société MONTUPET ont été consultés le 9 juillet 2019 sur le projet de licenciement de Mme B alors que le secrétaire de séance n'était pas physiquement présent à la réunion de cette instance n'est pas de nature à entacher d'illégalité la décision de l'inspectrice du travail rendue le 16 septembre 2019 ;
- la circonstance que les membres du comité social et économique d'établissement de Clichy de la société MONTUPET n'ont pas exprimé leur avis sur le projet de licenciement de Mme B au scrutin secret n'est pas non plus de nature à entacher d'illégalité la décision de l'inspectrice du travail rendue le 16 septembre 2019.
Par des observations, enregistrées le 25 août 2022, le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Île-de-France (DRIEETS) s'en remet à la sagesse du tribunal.
Il fait valoir que :
- le code du travail n'autorisait pas le secrétaire de séance à assister à la réunion du comité social et économique d'établissement de Clichy de la société MONTUPET du 9 juillet 2019 par téléphone dès lors que les conditions prévues par l'article L. 2316-16 de ce code -autorisant le recours à la visioconférence - n'étaient pas réunies en l'espèce ; toutefois, cette irrégularité n'est pas de nature à entacher d'illégalité la décision de l'inspectrice du travail rendue le 16 septembre 2019 ;
- en revanche, la circonstance que les membres du comité social et économique d'établissement de Clichy de la société MONTUPET n'ont pas exprimé leur avis sur le projet de licenciement de Mme B au scrutin secret - comme le prévoient les dispositions de l'article R.2421-9 du code du travail - a été de nature, dans les circonstances de l'espèce, à entacher d'irrégularité la procédure préalable au licenciement de Mme B.
La requête a été communiquée à Mme A B représentée par Me Seck qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bellity, rapporteur,
- les conclusions de Mme Riedinger, rapporteure publique,
- et les observations de Me Champy, représentant la société LINAMAR LIGHT METAL venant aux droits de la société MONTUPET.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision en date du 16 septembre 2019, l'inspectrice du travail de l'Unité départementale des Hauts-de-Seine de la DIRECCTE (devenue DRIEETS) Ile-de-France a autorisé la société MONTUPET à procéder au licenciement de Mme A B, occupant les fonctions d'assistante administrative et ayant la qualité de salarié protégé au titre de son mandat de membre suppléante du comité social et économique. A la suite de son licenciement pour motif économique, Mme B a saisi le 18 septembre 2020, le Conseil de prud'hommes de Nanterre en paiement de rappel de salaires et de diverses indemnités, en soutenant que la décision du 16 septembre 2019 autorisant la société MONTUPET à procéder à son licenciement est entachée d'illégalité. Par un jugement du 23 juin 2022, le Conseil de prud'hommes de Nanterre a sursis à statuer sur le litige relatif à la demande de paiement de diverses indemnités introduit par Mme B et a décidé de transmettre au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la question préjudicielle portant sur la légalité de la décision rendue le 16 septembre 2019 par l'inspectrice du travail de l'Unité départementale des Hauts-de-Seine de la DIRECCTE (devenue DRIEETS) Ile-de-France autorisant la société MONTUPET à procéder à son licenciement dès lors, d'une part, que le secrétaire de séance n'était pas physiquement présent à la réunion du comité social et économique d'établissement de Clichy de la société MONTUPET préalablement consulté le 9 juillet 2019 sur le projet de licenciement de Mme B, et, d'autre part, que les membres de cette instance ont exprimé leur avis à main levée sur ce projet de licenciement.
Sur la question préjudicielle :
2. Aux termes de l'article L. 2421-3 du code du travail : " Le licenciement envisagé par l'employeur d'un membre élu à la délégation du personnel au comité social et économique titulaire ou suppléant ou d'un représentant syndical au comité social et économique ou d'un représentant de proximité est soumis au comité social et économique, qui donne un avis sur le projet de licenciement dans les conditions prévues à la section 3 du chapitre II du titre Ier du livre III. " Aux termes du premier alinéa de l'article R. 2421-9 du même code dans sa version alors applicable : " l'avis du comité social et économique est exprimé au scrutin secret après audition de l'intéressé ".
3. Il résulte de ces dispositions que, saisie par l'employeur d'une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé auquel s'appliquent ces dispositions, il appartient à l'administration de s'assurer que la procédure de consultation du comité social et économique a été régulière. Elle ne peut légalement accorder l'autorisation demandée que si le comité social et économique a été mis à même d'émettre son avis en toute connaissance de cause, dans des conditions qui ne sont pas susceptibles d'avoir faussé sa consultation.
4. D'une part, en l'espèce, il est constant que les membres du comité social et économique d'établissement de Clichy de la société MONTUPET ont été consultés le 9 juillet 2019 sur le projet de licenciement de Mme B alors que le secrétaire de séance n'était pas physiquement présent à la réunion de cette instance mais y assistait par téléphone. Si aucune disposition législative ou réglementaire ne prévoit la possibilité pour l'un des membres du comité social et économique, consulté sur le projet de licenciement d'un salarié protégé, d'assister par téléphone à la réunion de cette instance - qui ne contient pas les garanties d'identification de l'ensemble des membres du comité et de leur participation effective apportées par le recours à la visioconférence régi par les articles L. 2315-4 et L. 2316-16 du code du travail - il ne ressort pas des pièces du dossier que cette circonstance ait été, à elle seule, de nature à vicier la procédure de consultation du comité sur le projet de licenciement.
5. D'autre part, il est constant qu'en l'espèce le comité social et économique d'établissement de Clichy de la société MONTUPET a émis à l'unanimité un avis favorable au licenciement de Mme B à la suite d'un vote à main levée. D'une part, cet avis a pu porter, par son sens, préjudice au salarié, lequel ne pouvait avoir un avis plus défavorable sur sa situation. Si l'avis a ainsi été émis à l'unanimité, cette circonstance ne permet pas d'exclure, eu égard aux spécificités du vote à main levée, l'hypothèse que la requérante ait pu obtenir un avis plus favorable si les membres du comité social et économique s'étaient prononcés à bulletins secrets alors qu'il ressort des échanges retranscrits dans le procès-verbal de la réunion du comité social et économique que certains des membres de cette instance ont émis des réserves sur la procédure de licenciement mise en œuvre. D'autre part, si la société LINAMAR LIGHT METAL venant aux droits de la société MONTUPET soutient que les membres du comité s'étaient accordés sur les modalités d'un tel vote, cette circonstance est sans incidence sur la méconnaissance de la règle imposée par les dispositions précitées du code du travail. Dès lors, la méconnaissance de la règle prévue par l'article R. 2421-9 précité du code du travail a été de nature, dans les circonstances de l'espèce, à influencer le sens du vote des membres du comité et, ainsi, à entacher d'irrégularité la procédure préalable au licenciement de Mme B.
6. Il résulte de ce qui précède que la décision rendue le 16 septembre 2019 par l'inspectrice du travail de l'Unité départementale des Hauts-de-Seine de la DIRECCTE (devenue DRIEETS) Ile-de-France autorisant la société MONTUPET à procéder au licenciement de Mme B est entachée d'illégalité.
D E C I D E :
Article 1er : Il est déclaré que la décision rendue le 16 septembre 2019 par l'inspectrice du travail de l'Unité départementale des Hauts-de-Seine de la DIRECCTE (devenue DRIEETS) Ile-de-France autorisant la société MONTUPET à procéder au licenciement de Mme B est entachée d'illégalité.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié au conseil de prud'hommes de Nanterre, à Mme A B, à la direction régionale et interdépartementale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Île-de-France et à la société LINAMAR LIGHT METAL venant aux droits de la société MONTUPET.
Délibéré après l'audience du 25 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Le Griel, présidente,
M. Bellity, premier conseiller,
Mme Debourg, conseillère,
assistés de Mme Bonfanti, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.
Le rapporteur,
signé
C. BELLITY
La présidente,
signé
H. LE GRIEL
La greffière,
signé
D. BONFANTI
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
POUR AMPLIATION, LE GREFFIER
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-24PA03101
La Cour administrative d’appel de Paris a été saisie par le ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique d’un appel contre un jugement du tribunal administratif de Paris ayant déchargé M. Capitaine de rappels de TVA pour 2016 et 2017. Le litige portait sur l’exonération de TVA des prestations d’hypnose et de thérapie familiale exercées par M. Capitaine, soumises à taxation d’office. La cour a annulé le jugement et rétabli les impositions, jugeant que M. Capitaine, qui ne justifiait pas des diplômes requis pour exercer en tant que psychologue ou psychothérapeute, ne pouvait bénéficier de l’exonération prévue à l’article 261-4-1° du code général des impôts. La décision s’appuie sur les directives européennes 77/388/CEE et 2006/112/CE, ainsi que sur les décrets et arrêtés nationaux relatifs aux professions de psychologue et psychothérapeute.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA01096
03/04/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-24PA05142
03/04/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-24PA04889
03/04/2026