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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2210249

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2210249

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2210249
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème Chambre
Avocat requérantELBAZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 juillet 2022, l'EURL Cab Excellence, représentée par Me Elbaz, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des rappels de TVA qui lui ont été assignés pour la période du 1er janvier 2016 au 31 août 2018, à hauteur de 41 148,04 euros en base, ainsi que des impôts supplémentaires sur les sociétés mis à sa charge au titre des années 2016 et 2017, à raison d'un rehaussement du bénéfice imposable limité à 5 423 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la procédure d'imposition est irrégulière et méconnaît l'article L. 57 du livre des procédures fiscales, dès lors que la proposition de rectification du 17 juin 2019 ne permet pas de comprendre les éléments de calcul du taux moyen de TVA facturée retenu par le vérificateur ; par ailleurs, le taux retenu diffère entre la proposition de rectification et la décision d'admission partielle du 9 mai 2022 ;

- les méthodes de reconstitution du chiffre d'affaires retenues par l'administration sont excessivement sommaires, dès lors que le chiffre d'affaires reconstitué varie selon les deux méthodes utilisées et que le chiffre d'affaire de 2017 est bien supérieur à celui de 2016 ; que le montant moyen appliqué aux factures prétendument omises est arbitraire ; que l'existence de ruptures dans la séquentialité des factures peut s'expliquer par le fonctionnement même du logiciel ; que les clients des VTC ne réglant que par cartes bancaires, très peu en chèques et jamais en espèces, l'administration n'aurait dû reconstituer le chiffre d'affaire qu'à partir des comptes bancaires de la société ;

- La somme de 12 954,64 euros, correspondant au remboursement par l'assureur des frais de réparation sur un véhicule, doit être déduite du montant du chiffre d'affaire HT pour 2017, qui doit donc être réduit à hauteur de 171 128,50 euros.

Par un mémoire enregistré le 30 septembre 2022, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Viain, premier conseiller,

- et les conclusions de M. Chabauty, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. L'EURL Cab Excellence, exerçant une activité de voiture de transport avec chauffeur et de location de véhicules via la plateforme Uber, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017, période étendue en matière de TVA jusqu'au 31 août 2018. A l'issue de ce contrôle et aux termes d'une proposition de rectification du 17 juin 2019, l'administration, après avoir rejeté la comptabilité présentée comme irrégulière et non probante, a reconstitué le chiffre d'affaires et le bénéfice imposable de la société au titre des années 2016 et 2017. Les suppléments d'impôt sur les sociétés et les rappels de TVA établis par voie de conséquence selon la procédure d'office, sauf en ce qui concerne l'impôt sur les sociétés de l'exercice 2016, ont été contestés par des réclamations des 17 septembre 2020 et 31 octobre 2021, qui ont fait l'objet d'une admission partielle. Par la requête susvisée, l'EURL Cab Excellence demande au tribunal la décharge des impositions restant à sa charge.

Sur les conclusions en décharge :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

2. Aux termes de l'article L. 76 du livre des procédures fiscales : " Les bases ou éléments servant au calcul des impositions d'office et leurs modalités de détermination sont portées à la connaissance du contribuable trente jours au moins avant la mise en recouvrement des impositions () ".

3. La proposition de rectification du 17 juin 2019 comporte la désignation de la taxe qui est l'objet du rappel et de la période objet du redressement, ainsi que des bases des impositions. Le service vérificateur indique avoir calculé, à partir des informations du logiciel de facturation Invoice 2 Go, un taux moyen de TVA facturée sur les montants réglés à partir de ce logiciel, en comparant la TVA totale facturée et le montant total facturé, soit 15,71 % pour 2016 et 12,56 % pour 2017. La proposition de rectification souligne que ce taux moyen de TVA de 15,71 % a été ramené à 14,21 % après prise en compte des factures omises et des encaissements UBER, qui ne donnent pas lieu à facturation dans le logiciel Invoice 2 Go. Dans ces conditions, la proposition de rectification est, en ce qui concerne la TVA, suffisamment motivée au regard des exigences posées par les dispositions de l'article L. 76 du livre des procédures fiscales.

4. Par ailleurs, les irrégularités qui pourraient entacher la décision de rejet d'une réclamation contentieuse n'ont d'influence ni sur la régularité de la procédure d'imposition, ni sur le bien-fondé des impositions contestées. Dès lors, la circonstance que la décision d'admission partielle du 9 mai 2022 fasse état d'un taux moyen de TVA facturée de 13,56 % pour 2017 et non de 12,56 % comme indiquée dans la proposition de rectification du 17 juin 2019, est sans incidence sur la régularité de la procédure d'imposition ou le bien-fondé des impositions litigieuses. En tout état de cause, cette erreur de plume n'a pu, en l'espèce, induire en erreur les contribuables.

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

5. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré ".

6. Il n'est pas contesté que la société requérante n'a pas répondu à la proposition de rectification du 17 juin 2019 dans le délai de trente jours, prorogé de trente jours supplémentaires, qui lui était imparti. Par suite, la société requérante qui a tacitement accepté les rectifications, supporte, en application des dispositions de l'article R. 194-1 précité, la charge de la preuve du caractère exagéré des impositions supplémentaires en litige.

En ce qui concerne les méthodes de reconstitution du chiffre d'affaires :

7. L'administration a considéré la comptabilité de l'EURL Cab Excellence comme irrégulière et dépourvue de toute valeur probante au titre des exercices 2016 et 2017 et a reconstitué son chiffre d'affaires à partir de deux méthodes, l'une basée sur les encaissements bancaires de la société à partir de laquelle elle a procédé aux rappels de TVA, et l'autre sur les données issues du logiciel de facturation Invoice 2 Go, retenue pour les rectifications en matière d'impôt sur les sociétés. La contribuable, qui ne conteste expressément que cette seconde méthode, soutient que le chiffre d'affaires reconstitué varie selon les deux méthodes et que le chiffre d'affaire reconstitué pour 2017 est bien supérieur à celui de 2016. Elle fait également valoir que l'administration réintègre au chiffre d'affaires reconstitué pour 2017 un montant de 41 148 euros, correspondant à 41 factures faisant défaut dans la séquentialité de la numérotation, qui est arbitraire, dès lors que le montant moyen appliqué aux factures prétendument omises n'est pas justifié et que l'existence de ruptures dans la séquentialité des factures peut s'expliquer par le fonctionnement même du logiciel. Enfin, elle remarque que les clients des VTC réglant essentiellement par cartes bancaires, très peu en chèques et jamais en espèces, l'administration aurait dû n'utiliser que la méthode de reconstitution à partir des comptes bancaires. L'administration souligne toutefois que la différence entre les deux méthodes de reconstitution pour 2017 s'explique par l'existence de ruptures dans la facturation particulièrement importantes en fin d'année 2017, rendant le montant moyen de facturation moins certain, ainsi que par la moindre fiabilité de la saisie des paiements dans l'application de facturation en 2017. Elle remarque également que le chiffre d'affaires plus important en 2017 s'explique par l'utilisation de trois véhicules supplémentaires par la société. Elle remarque en outre que le montant moyen appliqué aux factures omises n'est pas arbitraire, mais a été calculé à partir des factures enregistrées sur le logiciel Invoice 2 Go. Concernant, les ruptures de séquences, la société n'apporte aucun élément à l'appui de son allégation selon laquelle elles pourraient être dues à l'utilisation du logiciel lui-même. Enfin, à supposer établi que les clients règlent essentiellement par carte bancaire, cette circonstance ne fait pas obstacle à ce que l'administration utilise une méthode de reconstitution de recette à partir des facturations du logiciel Invoice 2 Go. Par suite, l'EURL Cab Excellence, qui ne propose par ailleurs aucune méthode alternative de reconstitution qui permettrait une meilleure approximation que celle de l'administration, laquelle s'appuie sur les données propres à l'entreprise, n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, que la reconstitution par le service des bénéfices de la requérante pour les années 2016 et 2017 serait radicalement viciée ou excessivement sommaire.

En ce qui concerne le remboursement de la somme de 12 954,64 euros :

8. Si la société fait valoir que l'administration a reconnu le remboursement en avril 2017, par sa compagnie d'assurance, des frais de réparation d'un véhicule endommagé pour un montant total de 12 954,64 euros, elle n'établit pas, en l'absence de justificatifs, que ce montant aurait été pris en compte à tort par l'administration dans sa reconstitution du chiffre d'affaire de la requérante à partir des encaissements bancaires sur son compte n°0001008044271 ouvert à l'agence de la BNP de Châtillon. Par suite, l'EURL Cab Excellence n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, que l'administration aurait dû déduire cette somme du montant du chiffre d'affaires reconstitué pour 2017.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge de la requête de l'EURL Cab Excellence doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative :

10. Ces dispositions font obstacle à ce que l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamné à payer à l'EURL Cab Excellence la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de l'EURL Cab Excellence est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'EURL Cab Excellence et au directeur des finances publiques du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président ;

Mme Richard, première conseillère ;

M. Viain, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

Le rapporteur,

signé

T. VIAIN

Le président,

signé

C. HUONLa greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2210249

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