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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2210462

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2210462

mercredi 17 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2210462
TypeDécision
Avocat requérantBOILEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 juillet 2022 sous le n° 2210462, Mme D C, représentée par Me Riondet, demande au juge des référés, d'ordonner une expertise, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, portant sur les conditions dans lesquelles elle a été prise en charge par le centre hospitalier René Dubos localisé à Cergy-Pontoise (95303) suite à son opération d'une fracture du tiers distal de l'humérus gauche survenue le 13 mai 2018.

Elle soutient que :

- à la suite de l'intervention, elle a dû être une nouvelle fois être opérée à cause d'une contusion du nerf radial ; elle souffre désormais du poignet et de la main gauche avec une perte de mobilité ;

- si une première expertise a eu lieu le 7 janvier 2022, elle n'a pu évaluer que provisoirement les dommages qu'elle a subis, son état n'étant pas consolidé ;

- cette expertise a néanmoins constaté un retard de prise en charge et une erreur de diagnostic qui ont entrainé une perte de chance de récupération et constituent un accident médical fautif ;

- la mesure d'expertise sollicitée est utile car elle permet d'évaluer l'entièreté des préjudices subis après consolidation de son état de santé dans la perspective d'un litige devant la justice administrative.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 août 2022, l'office national d'indemnisation des accidents médicaux (ONIAM), représenté par Me Saumon, n'entend pas s'opposer à la mesure d'expertise mais formule les protestations et réserves d'usage et demande au juge des référés :

1°) de compléter la mission d'expertise ;

2°) d'enjoindre à l'expert de déposer un pré-rapport ;

3°) de réserver les dépens.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 août 2022, le centre hospitalier René Dubos représenté Me Boileau ne s'oppose pas à la mesure d'expertise mais formule les protestations et réserves d'usage et demande au juge des référés :

1°) de désigner un expert en chirurgie orthopédique ;

2°) de compléter la mission de l'expert ;

3°) d'enjoindre à l'expert le dépôt d'un pré-rapport ;

4°) de mettre à la charge de Mme C la charge des frais d'expertise ;

5°) de réserver les dépens.

La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Beaufaÿs, premier vice-président du tribunal, pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ". Aux termes de l'article R. 532-5 de ce code : " Les dispositions des articles R. 621-1 à R. 621-14, à l'exception du troisième alinéa de l'article R. 621-9, sont applicables aux référés mentionnés à l'article R. 532-1, sous réserve des dispositions du présent chapitre. () ".

2. L'expertise demandée par Mme C présente un caractère utile, et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Par suite, il y a lieu de faire droit à sa demande et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur les réserves exprimées :

3. Il n'appartient pas au juge des référés statuant sur le fondement des dispositions citées au point 1 de donner acte de protestations ou de réserves. Les conclusions présentées en ce sens ne peuvent qu'être rejetées.

Sur le dépôt d'un pré-rapport :

4. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du principe du contradictoire. L'établissement d'un pré-rapport adressé aux parties en vue de recueillir leurs éventuelles observations ne constitue donc qu'une modalité opérationnelle de l'expertise dont il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité d'y recourir. Il suit de là que les conclusions de la Mme C tendant à ce que l'expert établisse un pré-rapport communicable aux parties ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais d'expertise et les dépens :

5. Aux termes de l'article R.761-4 du code de justice administrative : " La liquidation des dépens, y compris celle des frais et honoraires d'expertise () est faite par ordonnance du président de la juridiction, () ".

6. Dès lors, il n'appartient pas au juge des référés de statuer ni sur les conclusions de centre hospitalier René Dubos tendant à ce que les frais d'expertise soient mis à la charge de Mme C ni de réserver les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B A, exerçant au 43, rue Liancourt à Paris (75014) est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :

- se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme C et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins et aux diagnostics pratiqués sur elle lors de sa prise en charge par le centre hospitalier René Dubos ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; recueillir les doléances ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de Mme C ainsi qu'éventuellement à son examen clinique ;

- rappeler l'état de santé antérieur de Mme C et décrire son état à la date de l'expertise ;

- décrire les conditions dans lesquelles Mme C a été pris en charge par les services du centre hospitalier ; donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à l'état de Mme C et aux symptômes qu'elle présentait ;

- dire si l'état de santé de Mme C est consolidé et, le cas échéant, fixer la date de consolidation ; dans l'hypothèse où l'état de santé de Mme C ne serait pas consolidé, fixer l'échéance à l'issue de laquelle l'intéressée devra à nouveau être examinée ;

- évaluer les préjudices de Mme C selon la nomenclature Dinthillac ;

- dire si les préjudices subis sont directement imputables à un acte de prévention, de diagnostic ou de soins et préciser lesquels ; préciser les causes possibles du dommage et rechercher si d'autres pathologies ont pu interférer et notamment le rôle d'une pathologie initiale ; dire si on est en présence de conséquences anormales au regard de l'état de santé de la personne et de l'évolution prévisible de son état ;

- en cas de suspicion d'infection nosocomiale préciser à quelle date ont été constatés les premiers signes d'infection et déterminer son origine ; indiquer le taux d'incapacité permanente partielle subi par le patient du fait de l'infection en référence au barème mentionné à l'article L. 1142-1 II du code de la santé publique ;

- donner son avis sur le point de savoir si le ou les manquements éventuellement constatés ont fait perdre à Mme C une chance de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader ; dans cette hypothèse, quantifier la perte de chance ;

- fournir les éléments permettant d'apprécier la responsabilité des différents intervenants qui sont intervenu ultérieurement pour prendre en charge Mme C ;

- dire si l'état de Mme C est susceptible de modification en amélioration ou en aggravation ; dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et, dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;

- de façon générale, recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis.

Article 2 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C, au centre hospitalier René Dubos à la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines, l'office national d'indemnisation des accidents médicaux (ONIAM) et à M. A, expert.

Fait à Cergy, le 17 mai 2023.

Le juge des référés,

Signé

F. BEAUFAŸS

La République mande et ordonne au préfet du Val d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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