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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2210689

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2210689

mercredi 19 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2210689
TypeDécision
Avocat requérantCABINET LOISEAU & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 juillet 2022 sous le n° 2210689, M. C A, représenté par Me Loiseau-Dias, demande au juge des référés,

1°) d'ordonner une expertise, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, portant sur les conditions dans lesquelles il a été pris en charge par le centre hospitalier René Dubos localisé à Pontoise (95300) suite à son opération d'arthroplastie totale de la hanche gauche le 4 avril 2018 ;

2°) de condamner l'office national d'indemnisation des accidents médicaux (ONIAM) à lui verser une provision de 20 000 euros à valoir sur ses préjudices ;

3°) de dire et juger que la consignation des honoraires d'expertise seront entièrement pris en charge par l'office national d'indemnisation des accidents médicaux (ONIAM) ;

4°) statuer sur les dépens.

Il soutient que :

- une carence dans l'assistance médicale de l'unité de soin a concouru à une atteinte du tronc sciatique gauche et du nerf crural qui a abouti à une importante limitation fonctionnelle du membre inférieur gauche, d'importantes douleurs neuropathiques ainsi qu'à des complications douloureuses au niveau des membres supérieurs du fait de l'utilisation prolongée de cannes anglaises ;

- l'expertise prescrite par la commission régionale de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux et rendue le 5 septembre 2019 atteste d'un certain nombre de postes de préjudices temporaires et permanents sans avoir pu fixer la date de consolidation des lésions ;

- la mesure d'expertise sollicitée est utile car elle doit permettre d'évaluer l'indemnisation de l'intégralité des préjudices subis par le demandeur et de fixer la date de consolidation de son état de santé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 août 2022, l'office national d'indemnisation des accidents médicaux (ONIAM) représenté Me Welsh ne s'oppose pas à la mesure d'expertise. S'il ne s'oppose pas davantage au principe de la demande de provision, il conclut au rejet en l'état.

Il fait valoir que :

- pour ne pas se heurter à une contestation sérieuse, la demande de provision doit être limitée aux préjudices retenus par la commission d'indemnisation, comprenant notamment les dépenses de santé actuelles et les pertes de gains professionnels de M. A du 1er octobre 2018 au 2 juillet 2019, et calculée en tenant compte du référentiel d'indemnisation de l'ONIAM versé aux débats ;

- il a déjà versé 9 505,40 euros au titre du protocole d'indemnisation transactionnelle partielle du 10 septembre 2020 ;

- M. A n'a versé aucun justificatif démontrant la réalité de dépenses de santé actuelles ou une perte de gains professionnels permettant un versement supplémentaire.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 août 2022, le centre hospitalier René Dubos, représenté par Me Budet, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- des opérations d'expertise ont déjà été mise en œuvre dans le cadre de la saisine de la commission d'indemnisation ;

- le rapport d'expertise du 5 septembre 2019 a exclu sa responsabilité fautive.

La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie du Val d'Oise qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Beaufaÿs, premier vice-président du tribunal, pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

Sur l'irrecevabilité de la demande d'expertise :

1. Il résulte de l'instruction que si M. A a bénéficié d'une expertise ordonnée par la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux le 11 avril 2019 et diligentée par le docteur B, à la date de rendu de son rapport le 5 septembre 2019, le docteur B a constaté que l'état de santé du requérant n'était pas consolidé et a proposé de fixer cette date à partir d'octobre 2020. Par suite, contrairement aux allégations du centre hospitalier de René Dubos, la présente demande d'expertise formée le 27 juillet 2022 n'est pas irrecevable.

Sur la demande d'expertise :

2. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".

3. L'expertise demandée par M. A présente un caractère utile, et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Par suite, il y a lieu de faire droit à sa demande et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur les conclusions de M. A à fin de provision :

4. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. "

5. En l'état de l'instruction, le principe et l'étendue du préjudice subi par M. A ne peuvent être regardés comme suffisamment établis pour que la créance, dont se prévaut le requérant, soit regardée comme non sérieusement contestable au sens des dispositions précitées de l'article R. 541-1 du code de justice administrative. Les conclusions à fin de provision doivent ainsi être rejetées.

Sur les dépens :

6. Aux termes de l'article R.761-4 du code de justice administrative : " La liquidation des dépens, y compris celle des frais et honoraires d'expertise () est faite par ordonnance du président de la juridiction, () ". Dès lors, il n'appartient pas au juge des référés de statuer sur les conclusions de M. A tendant à ce que les frais d'expertise soient mis à la charge de l'office national d'indemnisation des accidents médicaux (ONIAM) ou de fixer les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : M. E D, exerçant Centre de Tourville, 17, Avenue de Tourville à Paris (75007) est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :

- se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de M. A et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins et aux diagnostics pratiqués sur lors de sa prise en charge par le centre hospitalier René Dubos ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de M. A ainsi qu'éventuellement à son examen clinique ;

- rappeler l'état de santé antérieur de M. A et décrire son état à la date de l'expertise ;

- décrire les conditions dans lesquelles M. A a été pris en charge par les services du centre hospitalier ; donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à l'état de M. A et aux symptômes qu'il présentait ;

- dire si le dossier médical et les informations recueillies permettent de savoir s'il a été procédé de façon complète à l'information de M. A, c'est-à-dire s'il a été informé, avant l'acte de soins litigieux, de l'ensemble des risques fréquents et des risques graves, même rares, normalement prévisibles, qu'il encourait en donnant son consentement à l'acte de soins en cause ; dans la négative, préciser si M. A a subi une perte de chance, exprimée en pourcentage, de se soustraire au risque en refusant l'acte de soins s'il en avait connu tous les dangers ;

- dire si l'état de santé de M. A est consolidé et, le cas échéant, fixer la date de consolidation ; dans l'hypothèse où l'état de santé de M. A ne serait pas consolidé, fixer l'échéance à l'issue de laquelle l'intéressé devra à nouveau être examiné ;

- décrire la nature et l'étendue des préjudices résultant de la prise en charge hospitalière de M. A , non imputables à son état antérieur ni aux conséquences prévisibles de sa prise en charge médicale par le centre hospitalier René Dubos si celle-ci s'était déroulée normalement, en distinguant les préjudices patrimoniaux (en particulier, dépenses de santé déjà engagées et futures, frais liés au handicap, pertes de revenus, incidences professionnelle et scolaire du dommage, autres dépenses liées au dommage corporel) et les préjudices personnels (en particulier, déficit fonctionnel, souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d'agrément, préjudice sexuel, préjudice d'établissement) et, pour chaque poste de préjudice, les préjudices temporaires avant consolidation et les préjudices permanents après consolidation ;

- de façon générale, recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis.

Article 2 : L'expert accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R 621-14 du code de justice administrative.

Article 3 : L'expert déposera son rapport au greffe. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées.

Article 4 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A, à l'office national d'indemnisation des accidents médicaux (ONIAM), à la caisse primaire d'assurance maladie du Val d'Oise, au centre hospitalier René Dubos et à M. D, expert.

Fait à Cergy, le 19 juillet 2023.

Le juge des référés,

Signé

F. BEAUFAŸS

La République mande et ordonne au préfet du Val d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation

La greffière

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