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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2213076

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2213076

mercredi 2 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2213076
TypeDécision
Formation11ème Chambre
Avocat requérantCABRAL

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de Mme A, infirmière hospitalière, qui contestait le refus implicite de la directrice du centre hospitalier Roger Prévot de la placer en congé de longue maladie. La requérante soutenait que l'arrêté était entaché d'incompétence et d'une erreur d'appréciation. Le tribunal a écarté le moyen d'incompétence, la signataire disposant d'une délégation régulière. Sur le fond, il a jugé que les éléments produits, notamment un certificat médical, ne suffisaient pas à démontrer que la pathologie oculaire de Mme A remplissait les critères légaux (impossibilité d'exercer ses fonctions, soins prolongés, caractère invalidant et grave) pour ouvrir droit à un congé de longue maladie au sens de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 et de l'arrêté du 14 mars 1986.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 septembre 2022, Mme B A, représentée par Me Cabral, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2022 par lequel la directrice du centre hospitalier Roger Prévot l'a placée en congé de maladie ordinaire du 24 juin 2021 au 23 juin 2022 et a implicitement rejeté sa demande de placement en congé de longue maladie ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier Roger Prévot de la placer en congé de longue maladie à compter du 24 juin 2021, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier Roger Prévot une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

4°) de condamner le centre hospitalier Roger Prévot aux entiers dépens.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été adopté par une autorité incompétente ;

- il est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 juillet 2024, le centre hospitalier Roger Prévot conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme A une somme de

2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La demande d'aide juridictionnelle de Mme A a été rejetée par une décision du

23 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n°86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;

- le décret n°88-386 du 19 avril 1988 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Prost, premier conseiller ;

- les conclusions de Mme Charlery, rapporteure publique ;

- les observations de Me Cabral, représentant Mme A ;

- et les observations de Me Depasse, substituant Me Lesné, représentant le centre hospitalier Roger Prévot.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A est infirmière titulaire de la fonction publique hospitalière depuis le 15 janvier 2016. Elle a demandé, le 25 août 2021, à être placée en congé de longue maladie.

A la suite d'un avis défavorable du comité médical départemental du 30 juin 2022, la directrice du centre hospitalier Roger Prévot a, par un arrêté en date du 5 juillet 2022, implicitement rejeté sa demande de congé de longue maladie et l'a placée en congé de maladie ordinaire du 24 juin 2021 au 23 juin 2022. L'intéressée demande au tribunal, par la présente requête, d'annuler cette décision.

2. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée a été signée par

Mme C D, directrice des ressources humaines de l'établissement, qui disposait en application de l'article 1er de la décision du 30 octobre 2019, d'une délégation, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hauts-de-Seine

du 8 novembre 2019, lui permettant de signer la décision contestée. Par suite, ce moyen manque en fait et doit être écarté.

3. Aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986, repris désormais à l'article L. 822-6 du code général de la fonction publique " Le fonctionnaire en activité a droit : ()

3° A des congés de longue maladie d'une durée maximale de trois ans dans les cas où il est constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaires un traitement et des soins prolongés et présente un caractère invalidant et de gravité confirmée. () ". Aux termes de l'article 18 du décret du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière : " Pour l'application de l'article 41 (3°) de la loi du 9 janvier 1986 susvisée, le ministre chargé de la santé établit par arrêté, après avis du conseil médical supérieur, une liste indicative de maladies qui, si elles répondent en outre aux critères définis par ces dispositions législatives, peuvent ouvrir droit à congé de longue maladie après avis du comité médical. / Toutefois le bénéfice d'un congé de longue maladie demandé pour une affection qui n'est pas inscrite sur la liste prévue à l'alinéa précédent peut être accordé après l'avis du conseil médical compétent. ". Aux termes de

l'article 1er de l'arrêté du 14 mars 1986 relatif à la liste des maladies donnant droit à l'octroi de congés de longue maladie : " Un fonctionnaire est mis en congé de longue maladie lorsqu'il est dûment constaté qu'il est dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions au cours d'une des affections suivantes lorsqu'elle est devenue invalidante : () 7. Affections évolutives de l'appareil oculaire avec menace de cécité. () ". En vertu de ces dispositions, les maladies peuvent donner droit à un congé de longue maladie, dès lors qu'elles mettent l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rendent nécessaires un traitement et des soins prolongés et présentent un caractère invalidant et de gravité confirmée.

4. Pour contester la décision attaquée, Mme A fait valoir qu'elle souffre d'une maladie rare invalidante, une rétinite pigmentaire bilatérale, et produit un certificat d'un orthoptiste daté du 10 août 2022 selon lequel elle " ne peut mettre une clé dans une serrure sans l'aide du toucher, ne peut trouver un objet sur une table dans un délai court en raison de son champ de vision, ne peut trouver le curseur d'une souris sur un écran d'ordinateur ou encore un onglet dans un logiciel () ne peut avoir une appréciation normale des profondeurs, du relief et des trois dimensions () ne dispose plus d'une vision nocturne en raison de sa pathologie. ". Toutefois, s'il est constant que la requérante souffre effectivement d'une rétinite pigmentaire bilatérale, le constat précité du 10 août 2022 ne remet pas en cause utilement l'avis défavorable au placement en congé de longue maladie du conseil médical du Val-d'Oise du 30 juin 2022 qui relève que " la pathologie de l'agent ne présente pas de caractère de gravité ni de caractère invalidant ", avis confirmé par le conseil médical supérieur du 21 février 2023 ou encore les différentes préconisations du médecin du travail. Ce dernier a notamment confirmé l'aptitude aux fonctions de Mme A, le

17 juin 2021, sous réserve de l'absence de marche prolongée et d'une adaptation du poste de travail, et le 2 août 2022, sous réserve d'une adaptation du " poste de travail sans geste invasif ", " sans conduite automobile ", avec " un poste informatique aménagé ". Dans ces conditions, le centre hospitalier n'a pas méconnu les dispositions précitées ou commis d'erreur d'appréciation en rejetant implicitement sa demande de congé de longue maladie, dès lors qu'à la date de la décision attaquée, sa pathologie ne présentait pas un degré de gravité tel qu'il aurait justifié son placement en congé de longue maladie. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de Mme A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles liées aux frais du litige.

6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de

Mme A la somme demandée par le centre hospitalier Roger Prévot au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier Roger Prévot au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre hospitalier Roger Prévot.

Délibéré après l'audience du 13 mars 2025, à laquelle siégeaient :

M. d'Argenson, président,

M. Prost, premier conseiller,

M. Robert, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2025.

Le rapporteur,

signé

F.-X. Prost

Le président,

signé

P.-H. d'ArgensonLe greffier,

signé

V. Guillaume

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2213076

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