Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 24 octobre 2022 et 15 mai 2023, Mme C... A..., représentée par Me Laugier, demande au tribunal :
1°) d’annuler, d’une part, la délibération de l’établissement public territorial Vallée Sud- Grand Paris du 6 septembre 2022 par laquelle son conseil de territoire a approuvé la modification n°5 du plan local d’urbanisme de la commune de Châtillon en tant qu’elle crée un espace paysager ou récréatif sur le terrain accueillant le treuil de la carrière Auboin et les parcelles environnantes au titre de l’article L. 151-23 du code de l’urbanisme, et, d’autre part, la délibération du même jour par laquelle le conseil de territoire a décidé de ne pas réaliser une évaluation environnementale du dossier de modification n°5 du plan local d’urbanisme de la commune de Châtillon ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Châtillon la somme de 3 500 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les délibérations en litige portent atteinte à son droit de propriété garanti par le code civil, le préambule de la constitution de 1958, la décision du conseil constitutionnel du 16 janvier 1982 et la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales dès lors qu’elles rendent son terrain inconstructible ;
- la délibération par laquelle le conseil de territoire a décidé de ne pas procéder à une évaluation environnementale méconnait les dispositions de l’article L. 151-23 du code de l’urbanisme dès lors que sa parcelle et les parcelles voisines sont bâties et qu’il n’y a aucune continuité écologique à protéger, elle méconnaît les objectifs du plan local d’urbanisme ;
- les décisions en litige favorisent les parcelles AB 51 et AB16 au détriment de la parcelle AB15 de la requérante ;
- les documents graphiques sont contradictoires : les limites de l’espace paysager ou récréatif sont différentes selon les documents.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 30 mars et 27 octobre 2023, l’établissement public territorial Vallée Sud Grand Paris, représenté par Me Blanc, conclut :
1°) au rejet de la requête ou à titre subsidiaire au sursis à statuer pour lui permettre de régulariser l’éventuel vice, ou à titre infiniment subsidiaire de limiter l’annulation à la seule institution d’un espace paysager ou récréatif sur la parcelle section AB n°15 ;
2°) à la mise à la charge de la requérante de la somme de 2 500 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir qu’aucun des moyens de la requête n’est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et son premier protocole additionnel ;
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère,
- les conclusions de Mme Chaufaux, rapporteure publique,
- les observations de Me Laugier représentant Mme A...,
- et les observations de Me Courbron-Tchoulev substituant Me Blanc représentant l’établissement public territorial Vallée Sud Grand Paris.
Considérant ce qui suit :
Mme A... est propriétaire de la parcelle AB15 attenante aux parcelles accueillant le treuil de la carrière Auboin à Châtillon. Par une délibération du 6 septembre 2022, le conseil de territoire de l’établissement public territorial Vallée Sud- Grand Paris a approuvé la modification n°5 du plan local d’urbanisme de la commune de Châtillon qui crée notamment un espace paysager ou récréatif sur le terrain accueillant le treuil de la carrière Auboin et les parcelles attenantes au titre de l’article L. 151-23 du code de l’urbanisme, rendant la parcelle de la requérante inconstructible en application de l’article UD1.6 de ce même plan local d’urbanisme. Par une délibération du même jour le conseil de territoire a décidé de ne pas réaliser une évaluation environnementale du dossier de modification n°5 du plan local d’urbanisme de la commune de Châtillon. Par la présente requête, Mme A... demande l’annulation de ces deux délibérations.
Aux termes de l’article L. 151-23 du code de l’urbanisme : « Le règlement peut identifier et localiser les éléments de paysage et délimiter les sites et secteurs à protéger pour des motifs d'ordre écologique, notamment pour la préservation, le maintien ou la remise en état des continuités écologiques et définir, le cas échéant, les prescriptions de nature à assurer leur préservation. Lorsqu'il s'agit d'espaces boisés, il est fait application du régime d'exception prévu à l'article L. 421-4 pour les coupes et abattages d'arbres. / Il peut localiser, dans les zones urbaines, les terrains cultivés et les espaces non bâtis nécessaires au maintien des continuités écologiques à protéger et inconstructibles quels que soient les équipements qui, le cas échéant, les desservent. »
Les dispositions précitées permettent au règlement d’un plan local d’urbanisme d’édicter des dispositions visant à protéger, mettre en valeur ou requalifier un élément du paysage dont l’intérêt le justifie. Le règlement peut notamment, à cette fin, identifier un secteur en raison de ses caractéristiques particulières. La localisation de ce secteur, sa délimitation et les prescriptions le cas échéant définies, qui ne sauraient avoir de portée au-delà du territoire couvert par le plan, doivent être proportionnées et ne peuvent excéder ce qui est nécessaire à l’objectif recherché. Une interdiction de toute construction ne peut être imposée que s’il s’agit du seul moyen permettant d’atteindre l’objectif poursuivi.
Il est constant que l’espace paysager ou récréatif à protéger que vise à créer la modification litigieuse du plan local d’urbanisme (PLU) grève la majorité de la parcelle de la requérante et a pour effet de la rendre inconstructible, l’article UD 1-6 du règlement de ce plan interdisant, sauf exception, toute nouvelle construction, toute extension et toute surélévation des constructions existantes dans la bande d’inconstructibilité de cinq mètres aux abords d’un espace paysager ou récréatif à protéger délimitée au plan de zonage. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la note de synthèse et de l’additif au rapport de présentation, que les auteurs des modifications au plan local d’urbanisme de Châtillon ont entendu créer un espace paysager ou récréatif au titre de l’article L. 151-23 du code de l’urbanisme sur la parcelle accueillant le treuil de l’ancienne carrière Auboin et sur les parcelles attenantes pour protéger les cœurs d’îlots et structurer la trame verte. La création de cet espace, qui s’inscrit dans les actions en faveur du développement durable, de l’environnement et de l’écologie, est justifiée dans l’additif au rapport de présentation par la politique de la commune de Châtillon en faveur de la nature en ville et son engagement dans le cadre de la modification n° 4 du PLU à identifier des espaces verts à préserver. Ce rapport de présentation indique encore que les études menées par la commune ont conduit à protéger le terrain accueillant le treuil de la Carrière Auboin et les parcelles environnantes, cette modification s’inscrivant dans les orientations du plan d’aménagement et de développement durable (PADD), à l’axe 3, dans l’objectif 3 « structurer la trame verte communale » - « en identifiant et préservant des espaces verts ou boisés privés d’importance existant sur le territoire communal notamment dans le secteur pavillonnaire ». Le treuil étant situé en pleine zone pavillonnaire, la commune de Châtillon souhaite protéger les cœurs d’îlot des parcelles qui le jouxtent, les parcelles AB 264, 51, 15, 16, 18 et une partie des parcelles AB 11 et 14. Il ressort de ces éléments que la création de l’espace paysager récréatif litigieux s’inscrit dans la continuité écologique et répond à des fins de cet ordre, la bande d’inconstructibilité créée autour des espaces paysagers et récréatifs à protéger visant à garantir leur rôle d’espace vert ouvert et de poumon vert dans la ville, instituant une zone tampon autour des espaces paysagers et récréatifs afin de les préserver des influences extérieures négatives. A cet égard la circonstance que le treuil de la carrière d’Auboin soit l’unique vestige industriel de l’extraction de la pierre calcaire en Ile de France au XIXème siècle et soit inscrit à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques ne fait pas obstacle à l’objectif de protection et de préservation des espaces verts ou boisés privés du secteur pavillonnaire. De tels motifs d’ordre écologique sont au nombre de ceux visés par le premier alinéa de l’article L. 151-23 du code de l’urbanisme qui n’exclut pas la création d’espace paysager ou récréatif préservé sur des terrains situés en zone urbaine. Il s’ensuit que l’espace paysager ou récréatif à protéger contesté participant à l’objectif du PADD de structurer la trame verte en préservant des espaces verts privés, situés en cœur d’ilot et actuellement non construits, il apparaît ainsi proportionné et nécessaire à l’objectif poursuivi, conformément à l’article L. 151-23 du code de l'urbanisme.
En deuxième lieu, il est de nature de toute réglementation d’urbanisme de distinguer des zones où les possibilités de construction et d’activités sont différentes, ainsi que des zones inconstructibles. Ainsi qu’il a été dit précédemment, la création de l’espace paysager et récréatif sur la parcelle de la requérante vise à structurer la trame verte sur le territoire communal, nécessitant de rendre inconstructibles ces espaces non construits pour éviter leur fragmentation, et présente un intérêt écologique. Le rapport du commissaire enquêteur confirme à cet effet que les parcelles comprises dans cet espace paysager ou récréatif à protéger « constituent l’un des derniers cœurs d’îlot de taille importante sans construction de la commune » et que « ce constat a été confirmé par la cartographie réalisée par les services de Vallée Sud - Grand Paris dans le cadre d’une étude sur les îlots de chaleur urbains sur le territoire qui montre que ce cœur d’îlot est une zone de fraîcheur ». En outre, la parcelle imperméabilisée de la parcelle AB15 de la requérante a été exclue, à la suite de l’enquête publique, de l’espace paysager et récréatif à protéger et les prescriptions induites par cet espace n’interdisent pas la réhabilitation ou la reconstruction à l’identique du pavillon implanté sur cette parcelle. Dans ces conditions, la création d’un espace paysager ou récréatif à protéger, en application de l’article L. 151-23 du code de l'urbanisme, sur la parcelle de la requérante n'apparait pas comme apportant des limites à l'exercice de son droit de propriété qui seraient disproportionnées au regard des buts d'intérêt général poursuivis, la délibération attaquée ne portant pas au droit de propriété de la requérante une atteinte incompatible avec l’article 1er du premier protocole additionnel de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
En troisième lieu, selon l’article R. 104-33 du code de l'urbanisme, lorsqu'elle estime que la modification du plan local d'urbanisme est susceptible d'avoir des incidences notables sur l'environnement, la personne publique responsable décide de réaliser une évaluation environnementale. Lorsqu’elle estime que tel n’est pas le cas et, en conséquence, que la réalisation d’une évaluation environnementale n’est pas nécessaire, elle a l’obligation, avant toute décision, de saisir pour avis conforme l’autorité environnementale d’un dossier décrivant notamment les principales caractéristiques du document d’urbanisme, ainsi que les raisons pour lesquelles elle estime que ce document n’est pas susceptible d’avoir des incidences notables sur l’environnement.
Il ressort des pièces du dossier que l’établissement public territorial Vallée Sud- Grand Paris a estimé que la modification du PLU n’était pas susceptible d'avoir des incidences notables sur l'environnement et donc qu’une évaluation environnementale n’était pas nécessaire. Elle a en conséquence saisie la mission régionale de l’autorité environnementale d’Ile-de-France qui, par une décision du 21 avril 2022, a estimé que la modification n°5 n’était pas soumise à évaluation environnementale. Par la délibération du 6 septembre 2022, l’établissement public territorial Vallée Sud- Grand Paris a, au vu de cet avis, décidé de ne pas réaliser une évaluation environnementale. Dès lors que, eu égard à ce qui a été dit précédemment, il ne ressort pas des pièces du dossier que la modification n°5 du PLU de Chatillon serait susceptible d’avoir des incidences notables sur l’environnement, le moyen tiré de ce que cette modification aurait dû faire l’objet d’une évaluation environnementale préalable ne peut qu’être écarté.
En quatrième lieu, la requérante n’établit pas que les délibérations en litige auraient été prises pour favoriser une personne privée à son détriment. L’existence d’un désaccord entre l’association « institut de sauvegarde et de réhabilitation du patrimoine industriel des carrières » et les propriétaires des parcelles attenantes à la parcelle accueillant le treuil de la carrière Auboin est sans incidence à cet égard. Par suite, le moyen tiré du détournement de pouvoir ne peut qu’être écarté.
En cinquième lieu, l’espace paysager ou récréatif créé sur la parcelle du Treuil de l’ancienne carrière Auboin et les parcelles attenantes a été modifié à la suite de l’enquête publique pour en exclure la partie imperméabilisée de la parcelle AB15 de la requérante. Ainsi les documents graphiques ne sont pas contradictoires mais permettent de souligner cette évolution entre les limites de l’espace paysager ou récréatif telles que définies avant l’enquête publique et celles issues de l’enquête publique. La circonstance que l’emprise figurant dans l’additif du rapport de présentation, qui constitue un document non opposable aux travaux, constructions et aménagements, soit celle soumise à enquête publique, procède d’un défaut d’actualisation et donc d’une erreur matérielle qu’il sera possible de corriger lors d’une prochaine évolution du plan local d’urbanisme. Par suite, le moyen doit être écarté.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation des délibérations attaquées doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées Mme A... sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de faire droit aux conclusions de l’établissement public territorial Vallée Sud Grand Paris présentées sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par l’établissement public territorial Vallée Sud Grand Paris sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C... A... et à l’établissement public territorial Vallée Sud Grand Paris.
Délibéré après l'audience du 20 janvier 2026, à laquelle siégeaient :
M. Bertoncini, président,
Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère,
M. Jacquinot, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 février 2026.
La rapporteure,
Signé
S. Cuisinier-HeisslerLe président,
Signé
T. Bertoncini
La greffière,
Signé
M. B...
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.