jeudi 9 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2304258 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | TARDIEU GALTIER LAURENT DARMON ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 31 mars et 26 avril 2023 sous le n° 2304258, la commune de la Garenne Colombes, représentée par Me Bernard, demande au juge des référés dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'ordonner une expertise, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative en vue de déterminer l'origine des désordres affectant le colombarium du cimetière communal ;
2°) d'enjoindre à l'expert le dépôt d'un pré-rapport ;
3°) de l'autoriser à effectuer des travaux en cas d'urgence ;
4°) de réserver les dépens.
Elle soutient que :
- à la suite de travaux d'extension du colombarium effectués en 2014 par la société Rebillon Schmit Prévot, nouvellement dénommée société Rebitec, des désordres tels que des fissures, cassures et autres débuts de déscellement de cases du colombarium ont été constatés courant novembre 2021 ;
- le juge des référés du tribunal de céans saisi d'un référé mesure utile a toutefois rejeté sa demande d'injonction à agir aux motifs d'une contestation sérieuse quant à l'origine des désordres ;
- des travaux de sécurisation urgents nécessaires à l'impératif de sécurité publique et des travaux de reprise doivent être mis en œuvre dans le cadre d'une expertise judiciaire ;
- la mesure d'expertise est utile dès lors qu'il s'agit de rechercher la cause des désordres, d'évaluer les préjudices subis et de définir les travaux de nature à y mettre fin.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 mai 2023, la société Sas Garenne Développement, représentée par Me Gauvin,
1°) à titre principal, conclut au rejet de la requête ;
2°) entend demander sa mise hors de cause ;
3°) à titre subsidiaire, formule les protestations et réserves d'usage.
Elle fait valoir que les travaux qu'elle a réalisés en 2019 n'avoisinent pas le colombarium et ne sont pas en lien avec les désordres constatés en 2021 dans une zone de forte activité.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 mai 2023, la société MMA Iard, représentée par Me Auchet, conclut :
1°) au rejet de la requête ;
2°) à sa mise hors de cause ;
3°) subsidiairement, aux protestations et réserves d'usage ;
4°) à la mise en cause de la société Engie ;
5°) à la mise à la charge de la commune de la Garenne Colombes la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administratif ;
6°) à la condamnation de la demanderesse au paiement des dépens.
Elle fait valoir que :
- les désordres invoqués sont apparus plusieurs années après la date de réception sans réserve des travaux d'aménagement du columbarium et concomitamment au lancement d'une importante opération de chantier à proximité, dont un concernant la société Engie, comme l'a retenu le juge des référés dans son ordonnance n°2217575 du 30 mars 2023 ;
- elle ne garantit que la responsabilité civile de la société Rebitec qui est inopérante en l'espèce.
Par deux mémoire en défense enregistrés le 5 juin 2023, la société Rebitec, représentée par Me Azeroual, conclut :
1°) aux protestations et réserves d'usage ;
2°) à ce que les dépens soient réservés ;
3°) à l'intervention forcée de la société Allianz Iard.
Elle fait valoir que c'est la société Allianz Iard qui est son assureur décennal et non la société Mma Iard.
La requête a été communiquée à la société Covea Risks, la Société Sccv Garenne Ferry Fauvelle, la Société Allianz Iard qui n'ont pas produit d'observation.
Vu l'ordonnance n°2217575 du 30 mars 2023 du juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ;
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Beaufaÿs, premier vice-président du tribunal, pour statuer sur les demandes de référés.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'expertise :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".
2. Il résulte de l'instruction que la commune de la Garenne Colombes a attribué le marché de travaux d'extension du colombarium du cimetière communal à la société " Rebillon Schmit Prevot " devenue " Rebitec ". Les travaux ont été exécutés et réceptionnés sans réserve en 2014. Au mois de novembre 2021, la commune de la Garenne-Colombes a constaté que le colombarium réalisé présentait des désordres et en particulier des fissures, des cassures et des descellements de cases. La commune de la Garenne Colombes a alors introduit devant le tribunal de céans un référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, afin d'enjoindre à la société Rebitec de faire à ses frais avancés tous travaux urgents et nécessaires tendant à la sécurisation et à la conservation du colombarium. Le juge des référés a rejeté cette requête par ordonnance du 30 mars 2023, au motif qu'elle se heurtait à une contestation sérieuse quant à l'origine des désordres que seule une expertise permettrait de déterminer.
3. Dans ces conditions, l'expertise demandée présente un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Par suite, il y a lieu de faire droit à sa demande et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.
Sur la participation aux opérations d'expertise :
4. En premier lieu, il n'est pas contesté que la société Rebitec est assurée par la société Allianz Iard au titre de sa responsabilité décennale concernant les travaux en litige et non par la société MMA Iard, venue aux droits de la société Covea Risks. Il y a dès lors lieu de faire participer la société Allianz Iard à l'expertise et de mettre hors de cause la société MMA Iard, venue aux droits de la société Covea Risks.
5. En deuxième lieu, la mise en cause d'une partie dans une expertise, simple mesure d'instruction ordonnée avant tout procès, ne préjuge aucunement de l'existence et de l'étendue des responsabilités des parties. Il y a donc lieu de faire participer aux opérations d'expertise la société Sas Garenne Développement. Il appartiendra, le cas échéant, à l'expert, de demander sa mise hors de cause s'il juge sa présence inutile dans les opérations d'expertise.
Sur le dépôt d'un pré-rapport :
6. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du principe du contradictoire. L'établissement d'un pré-rapport adressé aux parties en vue de recueillir leurs éventuelles observations ne constitue donc qu'une modalité opérationnelle de l'expertise dont il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité d'y recourir. Il suit de là que les conclusions de la commune de la Garenne Colombes tendant à ce que l'expert établisse un pré-rapport communicable aux parties ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'autorisation de travaux :
7. Il n'appartient pas au juge des référés d'autoriser la commune de la Garenne Colombes à effectuer des travaux après que l'expert qu'il aura désigné aura effectué ses constatations. Les conclusions susvisées doivent être rejetées comme irrecevables.
Sur les réserves exprimées :
8. Il n'appartient pas au juge des référés statuant sur le fondement des dispositions citées au point 1 de donner acte de protestations ou de réserves. Les conclusions présentées en ce sens ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les dépens :
9. Aux termes de l'article R. 761-4 du code de justice administrative : " La liquidation des dépens, y compris celle des frais et honoraires d'expertise () est faite par ordonnance du président de la juridiction, () ".
10. Il ressort de ces dispositions, que, dans le cas d'une expertise ordonnée en référé, qu'il n'appartient pas au juge des référés de déterminer la charge des dépens de la mesure d'instruction qu'il ordonne ni de la réserver pour le futur. Les conclusions des parties qui y sont relatives doivent être rejetées.
Sur les frais d'instance :
11. Il n'y a pas lieu, dans le cadre de la présente procédure qui ne tend qu'au prononcé d'une mesure d'instruction, de se prononcer sur des conclusions relatives à l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A B, exerçant 26 rue de l'exposition à Paris (75007), est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :
- se rendre sur les lieux 96 rue Jules Ferry, cimetière communal à La Garenne Colombes (92250) ;
- se faire communiquer tous documents et pièces qu'il estimera utile à l'accomplissement de sa mission ;
- donner un avis sur les causes et origines des désordres affectant le colombarium nouveau du cimetière communal ; en cas de causes multiples indiquer la part d'imputabilité ;
- indiquer la nature des travaux nécessaires pour remédier à la situation actuelle et leurs montants ;
- d'une façon générale, recueillir tous éléments techniques et de fait et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis en cas de saisine au fond de la juridiction.
L'expert pourra entendre tous sachants, se faire communiquer tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal administratif.
Article 2 : L'expertise aura lieu contradictoirement en présence de la société Rebitec, de la société Sas Garenne Développement, de la société Sccv Garenne Ferry Fauvelle, de la société Allianz Iard.
Article 3 : L'expert accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.
Article 4 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.
Article 5 : La société MMA Iard, venues aux droit de lasocité Covea Risks, est mise hors de cause.
Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de la Garenne Colombes, à la société Rebitec, à la société Covea Risks, à la société Sas Garenne Développement, à la société Sccv Garenne Ferry Fauvelle, à la société MMA Iard, à la société Allianz Iard et à M. B, expert.
Fait à Cergy, le 9 novembre 2023.
Le juge des référés,
Signé
F. BEAUFAŸS
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.