lundi 13 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2312075 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Pole Social (JU) |
| Avocat requérant | LOCOH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 25 août 2023 et 25 mars 2024, Mme A B, représentée par Me Locoh, demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 40 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de son absence de relogement, assortie des intérêts au taux légal à compter du 24 juillet 2020.
Elle soutient que :
- la responsabilité pour faute de l'État est engagée dès lors qu'elle n'a reçu aucune proposition de logement, alors qu'elle a été reconnue prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable le 24 janvier 2020 et que l'ordonnance du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 16 février 2021 ordonnant son relogement n'a pas été exécutée ;
- elle subit en conséquence un préjudice moral, financier et des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence dès lors qu'elle occupe, avec ses quatre enfants mineurs, un logement trop étroit inadapté au handicap dont est atteint l'un d'entre eux et pour lequel elle s'acquitte d'un loyer disproportionné au regard de ses capacités financières.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 février 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la période de responsabilité de l'État ne peut commencer avant le 25 juillet 2020 ;
- la requérante n'établit pas l'existence d'un préjudice certain et direct qu'elle aurait subi du fait de son absence de relogement.
Vu :
- la décision du 27 mars 2023 par laquelle le président du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à Mme B l'aide juridictionnelle totale ;
- l'ordonnance n° 2008823 du 16 février 2021 par laquelle le tribunal administratif de Cergy - Pontoise a enjoint au préfet du Val-d'Oise de reloger Mme B sous astreinte de 200 euros par mois de retard ;
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;
- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport C Lepetit-Collin, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.
A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. La commission de médiation du Val-d'Oise a, par une décision du 24 janvier 2020, désigné Mme B comme prioritaire et devant être logée en urgence. Par une ordonnance du 16 février 2021, le tribunal, saisi par l'intéressée sur le fondement de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, a enjoint au préfet du Val-d'Oise d'assurer son relogement sous astreinte de 200 euros par mois de retard. N'ayant pas reçu de proposition de logement, Mme B a saisi le préfet d'une demande indemnitaire préalable par un courrier reçu le 20 mars 2023. Cette demande a été implicitement rejetée. Mme B demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 40 000 euros en réparation des préjudices subis.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".
3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement. Dans le cas où le demandeur a été reconnu prioritaire au seul motif que sa demande de logement social n'a pas reçu de réponse dans le délai réglementaire, son maintien dans le logement où il réside ne peut être regardé comme entraînant des troubles dans ses conditions d'existence lui ouvrant droit à réparation que si ce logement est inadapté au regard, notamment, de ses capacités financières et de ses besoins.
En ce qui concerne la responsabilité :
4. D'une part, la commission de médiation a reconnu, le 24 janvier 2020, le caractère urgent et prioritaire de la demande C B au motif qu'elle était en attente d'un logement social depuis un délai supérieur au délai fixé par arrêté préfectoral. Toutefois, le préfet n'a fait aucune offre de logement à Mme B avant le 24 juillet 2020, date à laquelle cette absence de relogement a revêtu un caractère fautif. D'autre part, l'ordonnance n° 2008823 du 16 février 2021 par laquelle le tribunal administratif de Cergy - Pontoise a enjoint au préfet du Val-d'Oise de reloger Mme B sous astreinte de 200 euros par mois de retard n'a reçu aucune exécution.
5. Il résulte de ce qui précède que la requérante est fondée à solliciter l'engagement de la responsabilité de l'État en raison de ces deux carences fautives dont il a fait preuve dans la mise en œuvre de son obligation de relogement.
En ce qui concerne l'évaluation du préjudice :
6. Il résulte de l'instruction que depuis 2015, Mme B occupe un logement de type F4 et d'une surface habitable de 60 mètres carrés, avec ses quatre enfants mineurs nés en 2011, 2013, 2017 et 2019, et dans lequel vivait également son conjoint jusqu'au mois de septembre 2021. Au regard de la composition familiale, tant passée qu'actuelle C B, ce logement ne présente pas, au regard de sa superficie, un caractère suroccupé. Par ailleurs et contrairement à ce qu'allègue Mme B, le montant du loyer dont elle s'acquitte pour ce logement ne présente pas un caractère disproportionné, dès lors que le montant résiduel du loyer s'élève à 308 euros mensuels et que ses ressources s'élèvent à 1 840 euros mensuels. Il résulte en revanche de l'instruction que le fils ainé C Mme B, né en 2011, est atteint de handicap moteur, ainsi que cela est établi par les différents certificats médicaux produits par la requérante et que son état de santé est incompatible avec un logement situé au premier étage d'un immeuble dépourvu d'ascenseur. Le logement occupé par Mme B doit être regardé comme inadapté à ses besoins. Le préfet du Val-d'Oise n'est donc pas fondé à soutenir que la requérante n'établirait pas l'existence d'un préjudice certain et direct du fait de son absence de relogement. Par suite, la persistance de cette situation à compter du 24 juillet 2020, date à laquelle la carence de l'Etat a revêtu un caractère fautif, a causé à Mme B des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence lui ouvrant droit à réparation.
7. Compte tenu des conditions de logement C B qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et de la composition de son foyer, la cellule familiale ayant été composée de six personnes jusqu'au mois de septembre 2021 et étant composée de cinq personnes depuis cette date, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en évaluant l'indemnisation due à la somme totale de 5 100 (cinq mille cent) euros tous intérêts confondus au jour du présent jugement.
8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'État à verser à Mme B la somme de 5 100 (cinq mille cent) euros tous intérêts confondus au jour du présent jugement.
D É C I D E :
Article 1er : L'État est condamné à verser à Mme B la somme de 5 100 (cinq mille cent) euros tous intérêts confondus au jour du présent jugement.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B, à Me Locoh et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mai 2024.
La magistrate désignée
signé
H. Lepetit-CollinLa greffière
signé
C. Mas
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
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