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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2404619

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2404619

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2404619
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantBENJAMIN ABRAHAM AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 15 et 29 mars 2024, M. A B, représenté par Me Abraham, forme opposition à la contrainte émise le 24 mai 2023 par la caisse d'allocations familiales de Paris en vue du recouvrement d'indus de prime exceptionnelle de fin d'année, d'allocation de logement sociale et de revenu de solidarité active d'un montant total de 6 881, 47 euros.

Il soutient que :

- il n'est pas possible d'émettre une contrainte pour obtenir un remboursement d'indu ;

- la créance doit être liquide, certaine et exigible ; or, en l'état, il n'est pas possible d'identifier la réalité des créances litigieuses à défaut de production d'un titre exécutoire, des méthodes de calcul et du bien-fondé des demandes ; en l'espèce, le seul titre exécutoire existant est un jugement du tribunal administratif de Paris ;

- la somme litigieuse a déjà fait l'objet d'un épurement via un échéancier de paiement ;

- la décision attaquée méconnait les stipulations de l'article 6 de la convention européenne des sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les articles L. 111-3 et L. 111-4 du code des procédures civiles d'exécution rendent impossible l'exécution d'une décision passé un délai de dix ans ; il n'est donc plus possible de faire exécuter la décision du 17 septembre 2023 à son encontre ;

- les créances sont prescrites par application des dispositions de l'article L. 244-8-1 du code de la sécurité sociale.

Vu :

- la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code des procédure civiles d'exécution ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. D'une part, aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : / () ; 7º Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé (). ".

2. Aux termes de l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale : " Pour le recouvrement d'une prestation indûment versée (), le directeur d'un organisme de sécurité sociale peut, dans les délais et selon les conditions fixées par voie réglementaire, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement () ". Aux termes de l'article R. 133-3 de ce même code : " Si la mise en demeure ou l'avertissement reste sans effet au terme du délai d'un mois à compter de sa notification, les directeurs des organismes créanciers peuvent décerner, dans les domaines mentionnés aux articles L. 161-1-5 ou L. 244-9, une contrainte comportant les effets mentionnés à ces articles. () / Le débiteur peut former opposition par inscription au secrétariat du tribunal compétent dans le ressort duquel il est domicilié () par lettre recommandée avec demande d'avis de réception adressée au secrétariat dudit tribunal dans les quinze jours à compter de la notification ou de la signification. L'opposition doit être motivée ; une copie de la contrainte contestée doit lui être jointe. Le secrétariat du tribunal informe l'organisme créancier dans les huit jours de la réception de l'opposition. / La décision du tribunal, statuant sur opposition, est exécutoire de droit à titre provisoire ".

3. En premier lieu, il résulte des dispositions précitées au point 2, que le moyen tiré de ce il ne serait " pas possible d'émettre une contrainte pour obtenir un remboursement d'indu " doit être écarté comme inopérant.

4. En deuxième lieu, la décision attaquée du 24 mai 2023 vise les textes applicables à la situation de M. B, notamment les articles L. 161-1-5, R. 133-3 et R. 133-9-2 du code de la sécurité sociale et L. 262-46 et R. 262-94-1 du code de l'action sociale et des familles. Elle comporte en outre la référence à la mise en demeure ayant précédé son édiction ainsi que la mention des allocations concernées, le montant de la somme réclamée et le motif et la période sur laquelle porte la récupération. Ainsi, et contrairement à ce que soutient le requérant, il est possible d'identifier la réalité des créances litigieuses. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de cette décision et de la méconnaissance, pour ce motif, des droits de la défense tels que garantis par l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, sont manifestement infondés.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 111-3 du code des procédures civiles d'exécution dans sa version applicable à la date de la décision attaquée : " Seuls constituent des titres exécutoires : / 1° Les décisions des juridictions de l'ordre judiciaire ou de l'ordre administratif lorsqu'elles ont force exécutoire, ainsi que les accords auxquels ces juridictions ont conféré force exécutoire ; / 2° Les actes et les jugements étrangers ainsi que les sentences arbitrales déclarés exécutoires par une décision non susceptible d'un recours suspensif d'exécution, sans préjudice des dispositions du droit de l'Union européenne applicables ; () ". Aux termes des l'article L. 111-4 du même code : " L'exécution des titres exécutoires mentionnés aux 1° à 3° de l'article L. 111-3 ne peut être poursuivie que pendant dix ans, sauf si les actions en recouvrement des créances qui y sont constatées se prescrivent par un délai plus long. / Le délai mentionné à l'article 2232 du code civil n'est pas applicable dans le cas prévu au premier alinéa. ".

6. Si M. B soutient que la contrainte litigeuse est intervenue en méconnaissance des dispositions du code des procédures civiles d'exécution rappelées au point précédent dès lors que le jugement n°1215995/6-2 du Tribunal administratif de Paris, qui statuait sur une décision d'indu de revenu de solidarité active prise par la caisse d'allocations familiales de Paris, date du 17 septembre 2013 et donc de plus de dix années à la date de la contrainte en litige, il résulte des dispositions de l'article L. 161-1-5 du cas également rappelés au point 2 que la contrainte est, par nature, un acte comportant tous les effets d'un jugement et que la contrainte litigieuse ne peut donc être regardée comme intervenant pour permettre l'exécution du jugement sus évoqué. Le moyen doit donc être écarté comme inopérant.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 244-8-1 du code de la sécurité sociale : " Le délai de prescription de l'action civile en recouvrement des cotisations ou des majorations de retard, intentée indépendamment ou après extinction de l'action publique, est de trois ans à compter de l'expiration du délai imparti par les avertissements ou mises en demeure prévus aux articles L. 244-2 et L. 244-3. ". Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions, qui ne sont pas applicables aux indus litigieux, doit être écarté comme inopérant.

8. En dernier lieu, le moyen tiré que la somme litigieuse aurait déjà fait l'objet d'un épurement via un échéancier de paiement, n'est, en tout état de cause et en l'état de sa formulation, pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B, qui repose sur des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens inopérants ou non assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé, peut être rejetée par application des dispositions précitées du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie sera adressée à la caisse d'allocations familiales et au département de Paris.

Fait à Cergy, le 10 octobre 2024.

La vice-présidente,

Signé

H. Lepetit-Collin

La République mande et ordonne à la ministre du travail et de l'emploi en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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