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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2404972

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2404972

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2404972
TypeDécision
RecoursAutorisation
Formation2ème Chambre
Avocat requérantVEILLAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 5 avril 2024 et le 11 avril 2024, et par un mémoire enregistré le 16 juillet 2024 qui n'a pas été communiqué, Mme D, représentée par Me Veillat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 mars 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet du Val-d'Oise ou au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au préfet du Val-d'Oise ou au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

4°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de sept jours à compter de la décision à intervenir ;

5°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Veillat qui renonce, le cas échéant, à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- le préfet du Val-d'Oise a entaché la décision attaquée d'une erreur de droit en refusant d'examiner sa demande de changement de statut sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif qu'elle se trouve en situation régulière sur le territoire français ;

- la décision attaquée méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation compte-tenu de sa vie privée et familiale et de son état de santé ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle doit être annulée par voie d'exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme C n'est fondé.

Par une décision en date du 21 mai 2024, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à Mme C le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Richard, rapporteure,

- et les observations de Me Veillat pour Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante gabonaise née le 21 janvier 1990, est entrée en France le 11 septembre 2012 sous couvert d'un visa long séjour " étudiant ", et a renouvelé son titre de séjour " étudiant " jusqu'au 26 novembre 2021. Le 8 octobre 2021, elle a sollicité un changement de statut pour se voir délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et à titre subsidiaire, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail sur le fondement de l'article 2 de l'accord franco-gabonais. Elle s'est vu délivrer une autorisation provisoire de séjour portant la mention " est autorisé à rechercher et à exercer un emploi " valable du 9 mars 2022 au 8 décembre 2022, qui a été renouvelée du 28 novembre 2022 au 27 août 2023. Le 21 août 2023, elle a sollicité à nouveau un changement de statut en demandant à titre principal un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et à titre subsidiaire, un titre de séjour portant la mention " salarié " sur le fondement des articles 2 et 3 de l'accord franco-gabonais. Par arrêté en date du 4 mars 2024, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Postérieurement à l'enregistrement de la requête, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé à Mme C le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 mai 2024. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Ces dispositions, qui ne font d'ailleurs et en tout état de cause nullement obstacle à l'exercice par le préfet du pouvoir discrétionnaire qui lui permet de régulariser la situation d'un étranger compte tenu de l'ensemble des éléments caractérisant sa situation personnelle, peuvent être invoquées, à l'appui d'une demande de renouvellement de titre de séjour, par un étranger pour le cas où il ne remplirait pas les conditions de renouvellement de ce titre.

5. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet du Val-d'Oise a refusé d'examiner la situation de Mme C au regard de ces dispositions au motif que l'intéressée se trouvait en situation régulière sur le territoire français. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que la circonstance, au demeurant inexacte, que Mme B se trouvait en situation régulière lorsqu'elle a présenté sa demande de changement de statut ne lui interdisait pas de se prévaloir dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'appui de sa demande. Dans ces conditions, Mme C est fondée à soutenir que le préfet du Val-d'Oise a entaché la décision attaquée d'une erreur de droit.

6. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision du 4 mars 2024 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Eu égard à la nature du moyen d'annulation retenu, les autres moyens de légalité interne n'étant pas fondés en l'état de l'instruction, le présent jugement n'implique pas la délivrance d'un titre de séjour à Mme C mais uniquement le réexamen de la situation de l'intéressée. Il y a lieu, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de délivrer à l'intéressée une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de deux semaines à compter de cette même date.

Sur les frais liés au litige :

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme que demande Me Veillat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de Mme C d'admission, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 4 mars 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de procéder au réexamen de la situation de Mme C et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de deux semaines à compter de cette même date.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D, à Me Veillat, conseil de Mme C, et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président ;

Mme Richard, première conseillère ;

M. Viain, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

La rapporteure,

signé

A. RICHARD

Le président,

signé

C. HUON

La greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2404972

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