vendredi 7 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2407401 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | JASPER AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 mai 2024, M. E C, représenté par Me Lasnier, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner une expertise, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, portant sur les conditions dans lesquelles il a été pris en charge du 9 au 21 février 2022 par le centre hospitalier Ambroise Paré de Boulogne-Billancourt (92100) pour le traitement d'une angioplastie de l'artère fémorale superficielle gauche ;
2°) d'enjoindre à l'expert de déposer un pré-rapport ;
3°) de réserver les dépens ;
4°) de réserver les frais irrépétibles.
Il soutient que :
- après l'injection d'anesthésiants en vue d'une angioplastie dans le cadre du traitement d'une artériopathie oblitérante de la fémorale superficielle gauche au centre hospitalier Ambroise Paré, il a souffert d'un arrêt cardiaque immédiat, avant même l'intervention chirurgicale, et a dû être transféré en service de médecine intensive de réanimation ;
- le rapport d'expertise diligenté par son assurance par le docteur A, spécialiste du dommage corporel, a conclu le 27 juillet 2023 à la nécessité d'une expertise compte tenu de ses nombreux antécédents, d'interrogations sur le suivi anesthésique et les suites de l'arrêt cardiaque et au regard des séquelles d'anoxie encéphalique tant sur le plan moteur que cognitif que présente l'intéressé ;
- la mesure est utile afin de rechercher toutes les causes de l'arrêt cardio-respiratoire et les éventuels manquements commis dans le cadre de sa prise en charge et d'évaluer l'importance des séquelles.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juin 2024, l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris, ne s'oppose pas à la mesure d'expertise, formule les protestations et réserves d'usage et conclut :
1°) à ce qu'il soit enjoint à M. C de justifier de sa capacité à agir ;
2°) à ce qu'il soit ordonné un expert spécialisé en anesthésie réanimation ;
3°) à ce qu'il soit enjoint à l'expert de déposer un pré-rapport ;
4°) au rejet du surplus des conclusions ;
5°) à ce que les frais d'expertise soient mis à la charge du requérant ;
6°) à la réserve des dépens.
Elle fait valoir que :
- le patient âgé de 55 ans au moment des faits présentait des antécédents notamment une artériopathie oblitérante des membres inférieurs, une hypertension artérielle, une insuffisance rénale chronique, un syndrome d'apnée du sommeil appareillé et un tabagisme actif ;
- un arrêt cardio respiratoire est intervenu après sédation par Remifentanil et prophylaxie par Cefuroxime ayant nécessité un massage et un bolus d'adrénaline avant retour de l' activité cardiaque ;
- l'hospitalisation a été marquée par l'apparition d'un état de mal épileptique ayant justifié plusieurs hospitalisations ;
- M. C ne justifie pas sa capacité à agir alors qu'il invoque des troubles neurologiques.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 juin 2024, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, représenté par Me Roquelle-Meyer, n'entend pas s'opposer à la demande d'expertise, formule les protestations et réserves d'usage et conclut :
1°) à ce que la mission soit complétée ;
2°) à ce qu'il soit enjoint à l'expert de déposer un pré-rapport ;
3°) à la réserver des dépens.
La requête a été transmise à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné Mme Grenier, première vice-présidente du tribunal, pour statuer sur les demandes de référés.
Considérant ce qui suit :
Sur la fin de non-recevoir opposée par l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris :
1. Si l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris relève que M. C invoque d'importantes séquelles neurologiques, aucun élément au dossier ne permet, en l'état de l'instruction, d'estimer qu'il serait privé de sa capacité à agir. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris doit être écartée.
Sur la demande d'expertise :
2. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction (). ".
3. L'expertise demandée par M. C relative aux conditions de sa prise en charge par le centre hospitalier Ambroise Paré de Boulogne-Billancourt dans le cadre d'une angioplastie présente un caractère utile, et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Par suite, il y a lieu de faire droit à sa demande et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.
Sur le dépôt d'un pré-rapport :
4. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'établissement d'un pré-rapport adressé aux parties en vue de recueillir leurs éventuelles observations ne constitue qu'une modalité opérationnelle de l'expertise dont il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité. Il suit de là que les conclusions tendant à ce que l'expert établisse un pré-rapport communicable aux parties ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les réserves exprimées :
5. Il n'appartient pas au juge des référés statuant sur le fondement des dispositions citées au point 1 de donner acte de protestations ou de réserves. Les conclusions présentées en ce sens ne peuvent qu'être rejetées.
Sur la demande d'injonction :
6. Il n'appartient pas au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de connaître de conclusions à fins d'injonction. Dès lors, les conclusions à fins d'injonction présentées par l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les dépens :
7. Aux termes de l'article R.761-4 du code de justice administrative : " La liquidation des dépens, y compris celle des frais et honoraires d'expertise () est faite par ordonnance du président de la juridiction () ". Dès lors, il n'appartient pas au juge des référés de statuer sur les conclusions relatives aux frais d'expertise ou à la réserve des dépens.
Sur les frais d'instance :
8. Il n'y a pas lieu, dans le cadre de la présente procédure qui ne tend qu'au prononcé d'une mesure d'instruction, de se prononcer sur des conclusions relatives à l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : M. D B, exerçant au 21 rue Moxouris Au Chesnay Rocquencourt (78150), est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :
- se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de M. C et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins et aux diagnostics pratiqués sur lui lors de sa prise en charge par le centre hospitalier Ambroise Paré de Boulogne-Billancourt ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; recueillir les doléances ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de M. C ainsi qu'éventuellement à son examen clinique ;
- rappeler l'état de santé antérieur de M. C et décrire son état de santé à la date de l'expertise ;
- décrire les conditions dans lesquelles M. C a été pris en charge par les services du centre hospitalier Ambroise Paré de Boulogne-Billancourt ; donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à l'état de M. C et aux symptômes qu'il présentait ;
- de manière générale, réunir tous les éléments permettant de déterminer si des fautes médicales, des fautes de soins ou des fautes dans l'organisation des services ont été commises lors de l'hospitalisation de M. C ;
- donner son avis sur le point de savoir si le dommage corporel constaté présente un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement imputable à l'établissement, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec la pathologie initiale et son évolution, à son état de santé antérieur ou avec toute autre cause étrangère à la prise en charge de M. C par l'établissement ; indiquer si le dommage résulte d'un événement indésirable ou d'une complication imputable à un acte de prévention de diagnostic ou de soins en en précisant la nature et le mécanisme et, dans la négative, s'il résulte d'un échec du traitement entrepris ; indiquer s'il résulte d'un accident médical non fautif, d'une affection iatrogène ou d'une infection nosocomiale et, dans ce dernier cas, donner tous éléments permettant de déterminer si l'infection a une cause étrangère à la prise en charge par l'établissement ; dans le cas d'une pluralité de causes à l'origine du dommage, indiquer la part imputable à chacune d'elles ;
- dire si l'on est en présence de conséquences anormales ou, à l'inverse, probables, au regard, non de l'intervention programmée, mais de l'état de santé de M. C, de l'évolution prévisible de cet état et de la fréquence du risque constaté ;
- préciser si le patient a été personnellement informé sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus ; en cas d'absence d'information ou d'information incomplète du patient, l'expert précisera si le médecin ou l'équipe médicale est intervenu(e) dans une situation d'urgence et/ou d'impossibilité d'informer et évaluera la probabilité pour le patient dûment informé de se soustraire à l'acte dommageable.
- dans le cas où la responsabilité de l'établissement de santé ne serait pas retenue, préciser les préjudices directement imputables à un ou des actes de prévention, de diagnostic ou de soins exécutés dans l'établissement ont eu pour M. C des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci, en appréciant leur niveau de gravité au regard des critères fixés à l'article D. 1142-1 du code de la santé publique ;
- dire si l'état de santé de M. C est consolidé et, le cas échéant, fixer la date de consolidation en expliquant les motifs ayant conduit à retenir cette date ; dans l'hypothèse où l'état de santé de M. C ne serait pas consolidé, fixer l'échéance à l'issue de laquelle l'intéressé devra à nouveau être examiné ;
- décrire la nature et l'étendue des préjudices résultant de la prise en charge hospitalière de M. C, non imputables à son état antérieur ni aux conséquences prévisibles de sa prise en charge médicale par le centre hospitalier Ambroise Paré de Boulogne-Billancourt si celle-ci s'était déroulée normalement ou à une cause étrangère, en distinguant les préjudices patrimoniaux (en particulier, dépenses de santé déjà engagées et futures, frais liés au handicap, assistance tierce personne, pertes de revenus, incidences professionnelles du dommage, autres dépenses liées au dommage corporel) et les préjudices personnels (en particulier, déficit fonctionnel, souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d'agrément, préjudice sexuel, préjudice d'établissement) en distinguant, pour chaque poste de préjudice, les préjudices temporaires avant consolidation et les préjudices permanents après consolidation ;
- de façon générale, recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis.
Article 2 : L'expert accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.
Article 3 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.
Article 4 : Le rapport d'expertise sera déposé au greffe par voie électronique, dans les conditions prévues à l'article R. 621-6-5 du code de justice administrative, dans les meilleurs délais. Des copies du rapport seront notifiées aux parties intéressées par l'expert et, avec leur accord, par voie électronique dans les conditions prévues à l'article R. 621-7-3 du même code.
Article 5 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.
Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée à M. E C, à l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris et à M. D B, expert.
Fait à Cergy-Pontoise, le 7 février 2025.
La juge des référés,
Signé
C. Grenier
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.