jeudi 6 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2409020 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 11ème Chambre |
| Avocat requérant | GUILLOU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 21 juin 2024 et 31 janvier 2025, M. B A, représenté par Me Guillou, demande au tribunal :
1°) de bénéficier lors de l'audience de l'avocat de permanence ;
2°) d'annuler l'arrêté du 30 avril 2024, par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de le munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de procéder à l'effacement du système d'information Schengen des données le concernant à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
En ce qui concerne les moyens communs à l'arrêté dans son ensemble :
- il a été signé par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- il est entaché d'une erreur de droit, dès lors que le préfet a fondé son arrêté sur le fait qu'il aurait été condamné pour diverses infractions, dont la plus récente remonte à plus de trois ans, en méconnaissance des articles 133-12 et suivants du code pénal ;
- il est entaché d'une erreur de fait, dès lors que le préfet n'a pas examiné sa demande de titre de séjour au titre de son activité professionnelle ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et a méconnu le pouvoir discrétionnaire de régularisation du préfet ;
- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée, dès lors que le préfet se borne à viser l'avis médical pour estimer que sa demande de titre de séjour pour soins n'est pas justifiée ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'il est en droit de se voir attribuer de plein droit un titre de séjour au regard de l'ancienneté de sa présence en France, de son expérience professionnelle et de sa vie privée et familiale ;
En ce qui concerne la décision portant refus d'un délai de départ volontaire :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle porte atteinte au principe du contradictoire ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement :
- elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
- elle porte atteinte à sa vie privée et familiale ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 janvier 2025, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code pénal ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. d'Argenson, président, a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant bangladais né le 22 juin 1988, serait entré irrégulièrement en France le 17 juin 2017 selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 30 janvier 2018 et par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 22 octobre 2019. Il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 16 février 2022, qu'il n'a pas exécutée. L'intéressé a sollicité le 18 décembre 2023 son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 30 avril 2024, dont M. A demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement.
Sur les conclusions tendant à être assisté par l'avocat de permanence :
2. Les dispositions de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoient que l'étranger peut demander qu'un avocat soit désigné d'office, sont exclusivement applicables au recours présenté par l'étranger qui est placé en rétention ou qui est assigné à résidence. L'intéressé ne se trouve pas dans la situation où il peut demander au tribunal l'assistance de l'avocat de permanence. Ses conclusions tendant à la désignation d'un avocat d'office doivent donc être rejetées.
Sur les moyens communs à l'arrêté dans son ensemble :
3. Par arrêté n°23-071 du 22 décembre 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Val-d'Oise du même jour et librement accessible tant aux parties qu'au juge, le préfet du Val-d'Oise a donné délégation à Mme D, adjointe à la cheffe du bureau du contentieux de l'éloignement, à l'effet de signer toutes décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque ainsi en fait et doit, par suite, être écarté.
4. L'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il satisfait, dès lors, aux exigences de motivation prévues par les dispositions précitées de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ainsi qu'à celles de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
5. Il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des autres pièces du dossier, que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé au regard des éléments qui avaient été portés à sa connaissance avant de prendre l'arrêté du 30 avril 2024. La situation professionnelle de l'intéressé a été examinée, contrairement à ce qu'il soutient. Les moyens tirés du défaut d'examen réel et sérieux de la situation de M. A et de l'erreur de fait doivent donc être écartés.
Sur les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français :
6. Aux termes de l'article 133-12 du code pénal : " Toute personne frappée d'une peine criminelle, correctionnelle ou contraventionnelle peut bénéficier, soit d'une réhabilitation de plein droit dans les conditions prévues à la présente section, soit d'une réhabilitation judiciaire accordée dans les conditions prévues par le code de procédure pénale ". Aux termes de l'article 133-13 du code pénal: " La réhabilitation est acquise de plein droit à la personne physique condamnée qui n'a, dans les délais ci-après déterminés, subi aucune condamnation nouvelle à une peine criminelle ou correctionnelle :/ 1° Pour la condamnation à l'amende ou à la peine de jours-amende après un délai de trois ans à compter du jour du paiement de l'amende ou du montant global des jours-amende, de l'expiration de la contrainte judiciaire ou du délai de l'incarcération prévue par l'article 131-25 ou de la prescription accomplie ;/ 2° Pour la condamnation unique soit à un emprisonnement n'excédant pas un an, soit à une peine autre que la réclusion criminelle, la détention criminelle, l'emprisonnement, l'amende ou le jour-amende, après un délai de cinq ans à compter soit de l'exécution de la peine, soit de la prescription accomplie ;/3° Pour la condamnation unique à un emprisonnement n'excédant pas dix ans ou pour les condamnations multiples à l'emprisonnement dont l'ensemble ne dépasse pas cinq ans, après un délai de dix ans à compter soit de l'expiration de la peine subie, soit de la prescription accomplie./ Les délais prévus au présent article sont doublés lorsque la personne a été condamnée pour des faits commis en état de récidive légale./Lorsqu'il s'agit de condamnations assorties en tout ou partie du sursis, du sursis probatoire ou du sursis avec obligation d'accomplir un travail d'intérêt général, les délais de réhabilitation courent, pour chacune de ces condamnations et y compris en cas de condamnations multiples, à compter de la date à laquelle la condamnation est non avenue. " Aux termes de l'article 133-16 du même code : " La réhabilitation produit les mêmes effets que ceux qui sont prévus par les articles 133-10 et 133-11. Elle efface toutes les incapacités et déchéances qui résultent de la condamnation ". Enfin, aux termes de l'article 775 du code de procédure pénale : " Le bulletin n° 2 est le relevé des fiches du casier judiciaire applicables à la même personne, à l'exclusion de celles concernant les décisions suivantes : / () 5° Les condamnations ayant fait l'objet d'une réhabilitation de plein droit ou judiciaire () ".
7. Il ne ressort pas des pièces du dossier, en particulier des mentions au bulletin n°2 du casier judiciaire du requérant, qu'une réhabilitation de plein droit ou une réhabilitation judiciaire aurait été acquise à la date de l'arrêté en litige. En outre, à supposer même qu'une réhabilitation ait été constituée, cette circonstance ne faisait pas obstacle à ce que les faits à l'origine des condamnations puissent être pris en considération. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit au regard des dispositions précitées du code pénal doit être écarté.
8. M. A ne démontre pas avoir sollicité un titre de séjour pour soins sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sa fiche de salle mentionnant l'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié. Le préfet du Val-d'Oise n'était donc pas tenu de recueillir l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). L'arrêté contesté comporte l'énoncé suffisamment précis des circonstances de droit et de fait qui le fonde. Par conséquent, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision portant refus de titre de séjour doit être écarté.
9. Aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ". Et aux terme de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
10. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné le 6 août 2018 à 250 euros d'amende pour vente à la sauvette (offre, vente ou exposition en vue de la vente de biens dans un lieu public sans autorisation ou déclaration régulière en violation des dispositions réglementaires sur la police de ce lieu), le 11 octobre 2019 à 200 euros d'amende pour les mêmes faits, le 15 janvier 2020 à 1 000 euros d'amende pour les mêmes faits et enfin le 4 janvier 2021 à six mois d'emprisonnement avec sursis pour les mêmes faits. Compte tenu de la récurrence de ces faits sur une période de trois ans, le préfet du Val-d'Oise a pu, à bon droit et sans commettre d'erreur d'appréciation, considérer qu'au vu de ces éléments et de l'ensemble de la situation de l'intéressé, qu'il a par ailleurs examinée, l'intéressé ne justifiait d'aucun motif exceptionnel d'admission, quand bien même les faits précités ne suffiraient pas à caractériser une menace pour l'ordre public. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance du pouvoir général discrétionnaire de régularisation du préfet du Val-d'Oise, de l'erreur manifeste d'appréciation et de l'erreur de droit doivent être écartés.
11. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
12. M. A soutient être entré en France en 2017, y résider depuis lors et y être inséré professionnellement. Toutefois, l'intéressé est célibataire, sans charge de famille et n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où réside sa fratrie et où il a vécu jusqu'à l'âge de 28 ans. S'il fait état d'un contrat à durée déterminée signé le 1er juin 2022 et de 24 bulletins de salaire, cette seule circonstance n'est pas de nature à démontrer l'intensité de son insertion sociale en France. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit précédemment, M. A a fait l'objet de quatre condamnations pour vente à la sauvette ainsi que d'une précédente mesure d'éloignement le 16 février 2022 à laquelle il s'est soustrait. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a été pris. Dès lors, les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
En ce qui concerne les décisions portant refus d'un délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français :
13. M. A demande l'annulation des décisions portant refus d'un délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Toutefois, aucune décision portant refus d'un délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an n'ont été adoptées. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'annulation de ces décisions sont irrecevables.
En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement :
14. Les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégales, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige serait, par la voie de l'exception, illégale.
15. Le moyen tiré de l'atteinte à la vie privée et familiale de M. A est inopérant à l'encontre de la décision fixant le pays d'éloignement.
16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 6 février 2025, à laquelle siégeaient :
M. d'Argenson, président,
M. Prost, premier conseiller,
Mme Bocquet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mars 2025.
Le président-rapporteur,
signé
P.-H. d'ArgensonL'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
signé
F.-X. ProstLa greffière,
signé
M. C
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2409020
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2416543
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04/02/2026
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2505285
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04/02/2026