lundi 31 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2412963 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | MAILLET DELPHINE |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 4 septembre 2024, enregistrée le 6 septembre 2024, le président du tribunal administratif de Montreuil a renvoyé au présent tribunal la requête de Mme A B, enregistrée le 4 juillet 2024.
Par cette requête, Mme A B, représentée par Me Maillet, forme opposition à la contrainte émise à son encontre le 31 mai 2024 par le directeur de la caisse d'allocations familiales (CAF) de la Seine-Saint-Denis pour le recouvrement de la somme totale de 30 715,55 euros d'indus de revenu de solidarité active (RSA), d'allocations familiales, de primes exceptionnelles de fin d'année pour 2020 et 2021 et d'aide exceptionnelle de solidarité au titre des mois d'avril 2020 et de novembre et décembre 2020.
Elle soutient qu'aucune mise en demeure préalable ne lui a été adressée et que la CAF de Seine-Saint-Denis ne dispose pas d'un titre exécutoire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mars 2025, la CAF de Seine-Saint-Denis conclut à l'incompétence du tribunal administratif pour statuer sur les conclusions à fin d'opposition à contrainte, en tant que la contrainte porte sur un indu d'allocations familiales, et au rejet du surplus de la requête.
Par un mémoire en réplique, enregistré le 18 mars 2025, Mme B confirme les conclusions de sa requête.
Elle soutient que :
- elle n'a pas reçu la mise en demeure préalable envoyée par la CAF de Seine-Saint-Denis ;
- la dette est prescrite, compte tenu de la prescription biennale qui lui est applicable ;
- la dette n'est pas fondée, dès lors que, d'une part, elle a été présente en France en 2018 et 2019 et que son absence en Algérie à compter de février 2020 est la conséquence de la fermeture des frontières dans ce pays entre le 17 mars 2020 et le 1er juin 2021 et que, d'autre part, les sommes versées sur son comptes bancaire par le père de son enfant ne sont pas des ressources, qui sont pour partie une pension pour élever leur enfant et pour l'autre servent à régler son emprunt immobilier.
Vu :
- la décision par laquelle le président du tribunal administratif a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour signer les ordonnances visées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le décret n°2020-1746 du 29 décembre 2020 ;
- le décret n° 2021-1657 du 15 décembre 2021 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux et des cours peuvent, par ordonnance : () 2° Rejeter les requêtes ne relevant manifestement pas de la compétence de la juridiction administrative ; () 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé () ".
Sur les conclusions à fin d'opposition en tant qu'elles concernent des allocations familiales :
2. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de la sécurité sociale : " Les prestations familiales comprennent : () / 2°) les allocations familiales ". Aux termes de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale : " Le contentieux de la sécurité sociale comprend les litiges relatifs : / 1° A l'application des législations et réglementations de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole ". Aux termes de l'article L. 142-8 du même code : " Le juge judiciaire connaît des contestations relatives : / 1° Au contentieux de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 ". Aux termes de l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire : " Des tribunaux judiciaires spécialement désignés connaissent : / 1° Des litiges relevant du contentieux de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale ".
3. La CAF de Seine-Saint-Denis fait valoir en défense que l'indu sur lequel se fonde la contrainte en litige concerne partiellement les allocations familiales sous condition de ressources qu'a perçues la requérante entre le 1er février 2020 et le 29 février 2020 pour la somme de 171,22 euros et entre le 1er mars 2020 et le 30 novembre 2021 pour la somme de 3 607,38 euros. Cette allocation constitue une prestation familiale entrant dans le champ d'application de l'article L. 511-1 du code de la sécurité sociale dont il appartient au seul juge judiciaire de connaître. Par suite, l'opposition à contrainte, en tant qu'elle porte sur un indu d'allocations familiales, doit être rejetée par application des dispositions précitées du 2° l'article R. 222-1 du code de justice administrative comme portée devant une juridiction manifestement incompétente pour en connaître.
Sur le surplus :
4. Aux termes de l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale : " Pour le recouvrement d'une prestation indûment versée ou d'une prestation recouvrable sur la succession et sans préjudice des articles L. 133-4 du présent code et L. 725-3-1 du code rural et de la pêche maritime, le directeur d'un organisme de sécurité sociale peut, dans les délais et selon les conditions fixés par voie réglementaire, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement () ". Aux termes de l'article R. 133-3 dudit code : " Si la mise en demeure ou l'avertissement reste sans effet au terme du délai d'un mois à compter de sa notification, le directeur de l'organisme créancier peut décerner la contrainte mentionnée à l'article L. 244-9 ou celle mentionnée à l'article L. 161-1-5. La contrainte est signifiée au débiteur par acte d'huissier de justice ou par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. () Le débiteur peut former opposition par inscription au secrétariat du tribunal compétent dans le ressort duquel il est domicilié ou par lettre recommandée avec demande d'avis de réception adressée au secrétariat dudit tribunal dans les quinze jours à compter de la signification. () ".
5. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de la contrainte que Mme B a été mise en demeure de régler la somme totale de 30 715,55 euros correspondant aux montant total de la dette couvert par la contrainte en litige, par un courrier recommandé n° 2C 183 253 9780 4 qui lui a été adressé le 16 mars 2023, la CAF de Seine-Saint-Denis ayant produit tant la copie de cette mise en demeure que la preuve que Mme B a été avisée du courrier recommandé portant précisément ce numéro le 24 mars 2023, courrier que Mme B n'est pas venue le réclamer. Le moyen tiré du défaut d'envoi de la mise en demeure préalable prévue par les dispositions citées au point 4 est donc manifestement infondé.
6. En deuxième lieu, la CAF de Seine-Saint-Denis, qui n'est pas une collectivité territoriale, n'a pas à émettre de titre exécutoire préalablement à l'envoi d'une contrainte en vue du recouvrement d'une somme d'argent qui lui est dûe. Le moyen de Mme B tenant à ce que la CAF ne peut se prévaloir d'un titre exécutoire préalablement émis est donc inopérant.
7. En troisième et dernier lieu, après l'expiration du délai de recours contre un acte administratif sont irrecevables, sauf s'ils sont d'ordre public, les moyens présentés par le requérant qui ne se rattachent pas à l'une ou l'autre des deux causes juridiques, tirées de la régularité de la décision attaquée et de son bien-fondé, invoquée dans la requête avant l'expiration de ce délai. Ce délai de recours doit être regardé comme commençant à courir soit à compter de la publication ou de la notification complète et régulière de l'acte attaqué soit, au plus tard, à compter, pour ce qui concerne un requérant donné, de l'introduction de son recours contentieux contre cet acte.
8. Au cas d'espèce, Mme B n'a soulevé aucun moyen tenant au bien-fondé de la dette que la contrainte met à sa charge dans sa requête déposée le 4 juillet 2024 devant le tribunal administratif de Montreuil. Si, en réplique au mémoire en défense et dans un mémoire présenté seulement le 18 mars 2025, elle soulève pour la première fois des moyens tenant au bien-fondé de cette dette, ces moyens, qui ne sont pas d'ordre public et qui ont été présentés plus de deux mois après l'expiration du délai de recours contentieux, sont irrecevables.
9. Il résulte de ce qui précède que le surplus des conclusions de la requête de Mme B n'est assorti que de moyens de légalité externe manifestement infondés, de moyens inopérants et de moyens irrecevables. Par suite, il ne peut qu'être rejeté en application des dispositions précitées du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
Par ces motifs, le tribunal ordonne:
Article 1er : Les conclusions de Mme B à fin d'opposition à la contrainte du 31 mai 2024, en tant que cette contrainte porte sur un indu d'allocations familiales, sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à la ministre du travail, de la santé, de la solidarité et des familles et au département de Seine-Saint-Denis.
Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de Seine-Saint-Denis.
Fait à Cergy, le 31 mars 2024.
La magistrate désignée,
Signé
M. Monteagle
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, de la solidarité et des familles et au préfet de Seine-Saint-Denis en ce qui les concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition
La greffière