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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2413975

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2413975

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2413975
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantTAJ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2409497/12/3 du 25 septembre 2024, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise le 26 septembre 2024, le président du tribunal administratif de Paris a, sur le fondement de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, transmis au tribunal la requête de M. D, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Paris le 19 avril 2024.

Par cette requête, M. D, représenté par Me Taj, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 avril 2024 par lequel le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination ainsi que l'arrêté du même jour par lequel le même préfet a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- la notification de cette décision est irrégulière ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît L. 612-1, L. 612-2 et L. 730-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant signalement au fichier Schengen :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2024, le préfet de police de Paris représenté par Me Termeau conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Ouillon, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

A été entendus au cours de l'audience publique, le rapport de M. Ouillon, magistrat désigné.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant pakistanais né le 15 mars 1994, serait entré sur le territoire français selon ses dires en 2019. Par une décision du 20 octobre 2019, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande d'asile, rejet confirmé par la Cour nationale du droit d'asile le 17 janvier 2020. Par une décision de l'OFPRA du 22 septembre 2021, sa demande de réexamen de sa demande d'asile a été rejetée comme irrecevable. Le 15 avril 2024, M. D été interpellé par les services de police pour des faits présumés d'escroquerie. M. D demande au tribunal d'annuler les arrêtés du 17 avril 2024 par lesquels le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français et a fixé le pays de destination.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, par un arrêté, n° 2024-00198 du 16 février 2024, le préfet de police de Paris a donné à M. B C, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque en fait et doit dès lors être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 111-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'il est prévu aux livres II, V et VI et à l'article L. 742-3 du présent code qu'une décision ou qu'une information doit être communiquée à un étranger dans une langue qu'il comprend, cette information peut se faire soit au moyen de formulaires écrits, soit par l'intermédiaire d'un interprète. L'assistance de l'interprète est obligatoire si l'étranger ne parle pas le français et qu'il ne sait pas lire. / En cas de nécessité, l'assistance de l'interprète peut se faire par l'intermédiaire de moyens de télécommunication. Dans une telle hypothèse, il ne peut être fait appel qu'à un interprète inscrit sur l'une des listes mentionnées à l'article L. 111-9 ou à un organisme d'interprétariat et de traduction agréé par l'administration. () " ;

4. Si M. D soutient que la notification des décision litigieuses est irrégulière en l'absence de l'assistance d'un interprète lors de la garde à vue, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a bénéficié de l'assistance d'un interprète téléphonique en langue Ourdou, M. A. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de notification des décisions attaquées manque en fait et doit, en tout état de cause, être écarté.

5. En troisième lieu, dans ses arrêtés du 17 avril 2024, le préfet de police de Paris, après avoir visé notamment les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatifs aux obligations de quitter sans délai le territoire français et aux interdictions de retour sur le territoire français, a fait état d'éléments relatifs à la situation personnelle de M. D et a examiné sa situation au regard des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ces indications en droit et en fait ont permis au requérant, de comprendre et de contester les motifs pour lesquels le préfet a pris à son encontre les décisions en litige. Ces décisions sont, par suite, suffisamment motivées. La motivation des décisions attaquées révèle que le préfet a procédé à un examen de la situation du requérant avant de prendre à son encontre ces décisions. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation des décisions attaquées et du défaut d'examen de la situation du requérant doivent être écartés.

Sur les moyens propre à la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 730-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, dans les conditions prévues au présent titre, assigner à résidence l'étranger faisant l'objet d'une décision d'éloignement sans délai de départ volontaire ou pour laquelle le délai de départ volontaire imparti a expiré et qui ne peut quitter immédiatement le territoire français ".

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D aurait été assigné à résidence par le préfet de police de Paris. Dès lors, il ne peut se prévaloir utilement de la méconnaissance des dispositions de l'article précité.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. M. D déclare que l'arrêté en litige porte une atteinte disproportionnée à sa vie personnelle et familiale et fait valoir sa volonté de s'intégrer en France où il a noué des attaches incontestables. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé serait entré en France en 2019, que ses demandes d'asile ont été rejetées, qu'il est célibataire et ne se prévaut pas d'attaches familiales en France. Par ailleurs, il ne justifie pas d'une insertion sociale ou professionnelle particulière en France. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas porté au droit de M. D au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle emporte sur la situation personnelle du requérant.

Sur les moyens propres à la décision portant refus de délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. (). " Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; ()3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Et aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants :1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ;(.) 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; (..) 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité (..) qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale (.) ".

11. M. D ne conteste pas avoir été interpellé pour des faits d'escroquerie à la carte bancaire et être dépourvu de titre de séjour. En outre, il n'a pas déclaré se conformer à la décision d'éloignement prise à son encontre. Le seul fait qu'il ne se soit jamais vu refuser de titre de séjour au motif d'une demande infondée ou frauduleuse, ce qui n'est pas contesté, ne suffit pas à justifier de la régularité de son séjour ni de l'absence de risque de fuite. Dès lors, en l'absence de circonstances particulières de nature à y faire obstacle, il y a lieu de regarder comme établi le risque que M. D se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français. Dans ces conditions, le préfet de police de Paris pouvait, pour ces motifs, refuser de lui accorder un délai de départ volontaire et n'a pas commis d'erreur de droit ni d'erreur de fait ou d'appréciation.

12. En second lieu, pour les motifs exposés au point 9, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

Sur les moyens propres à la décision fixant le pays de destination :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 9 qu'aucun des moyens invoqués à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est fondé. Dès lors, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.

14. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention susvisée : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

15. Si M. D soutient qu'en cas de retour dans son pays d'origine, il serait exposé à des risques de peines ou traitements inhumains en raison de sa persécution par la police à la suite du meurtre de son frère, il ne produit aucune pièce à l'appui de ses allégations. Ainsi, il ne démontre pas la réalité des risques actuels et personnels auxquels il serait directement exposé en cas de retour au Pakistan, sa demande d'asile ayant en outre été rejetée respectivement par l'OFPRA et la CNDA. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur les moyens propres à la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

16. Compte tenu de la situation personnelle de l'intéressé, telle que rappelée au point 9 du jugement, lequel avait été interpellé par les services de police pour des faits présumés de fraude à la carte bancaire, le préfet de police de Paris n'a pas commis d'erreur d'appréciation en prononçant à l'encontre de l'intéressé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles relatives aux frais de l'instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

S. OuillonLe greffier,

Signé

Z. Bouayyadi

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2413975

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