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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2417532

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2417532

lundi 26 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2417532
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPole Social (JU)
Avocat requérantLALANNE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a été saisi par M. B..., reconnu prioritaire et devant être logé en urgence par la commission de médiation du droit au logement opposable le 4 novembre 2020, afin d’obtenir réparation du préjudice subi du fait de l’absence de relogement par l’État. Le tribunal a jugé que la carence fautive de l’État était établie, aucune offre de logement n’ayant été faite dans le délai de six mois suivant la décision de la commission. Pour évaluer le préjudice, il a pris en compte la situation de M. B..., menacé d’expulsion avec son épouse et leurs trois enfants mineurs, et a condamné l’État à lui verser une somme de 3 000 euros en réparation des troubles dans ses conditions d’existence. Cette décision s’appuie sur les articles L. 300-1 et L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 3 et 12 décembre 2024 et le 9 novembre 2025, et des pièces complémentaires, enregistrées le 1er juillet 2025, M. A... B..., représenté par Me Lalanne, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l’État à lui payer la somme de 50 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de son absence de relogement ;

2°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu’il renonce à percevoir la part contributive de l’État versée au titre de l’aide juridictionnelle.

Il soutient que :
- la responsabilité pour faute de l’État est engagée dès lors qu’il n’a reçu aucune proposition de logement alors qu’il a été reconnu prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable le 4 novembre 2020 ;
- il subit en conséquence des troubles de toute nature dans ses conditions d’existence dès lors qu’il est toujours menacé d’expulsion et qu’il est handicapé.

La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine, qui n’a pas produit de mémoire en défense.
Vu :
- la décision du 4 novembre 2020 par laquelle la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a statué sur le recours amiable n° 0922020002028 de M. B... ;
- la décision du 19 mai 2025 par laquelle le président du bureau d’aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à M. B... l’aide juridictionnelle totale ;
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Saïh, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;
- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience ;
- les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Saïh, magistrate désignée,
- les observations de Me Toihiri, substituant Me Lalanne représentant M. B...

La clôture de l’instruction a été reportée, à l’issue de l’audience publique, au 12 janvier 2026 à 12h00, pour permettre aux parties d’apporter des pièces complémentaires au soutien de leurs écritures.

Des pièces ont été produites par M. B... le 5 janvier 2026, qui n’ont pas été communiquées.



Considérant ce qui suit :

La commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a, par une décision du 4 novembre 2020, désigné M. B... comme prioritaire et devant être logé en urgence. N’ayant pas reçu de proposition de logement, M. B... a saisi le préfet d’une demande indemnitaire préalable par un courrier du 23 septembre 2024, reçu le 26 septembre suivant par l’administration. Cette demande a été implicitement rejetée. M. B... demande au tribunal de condamner l’État à lui verser la somme de 50 000 euros en réparation des préjudices subis.

Sur les conclusions indemnitaires :

Aux termes de l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation : « Le droit à un logement décent et indépendant (…) est garanti par l'État à toute personne qui (…) n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ».

Lorsqu’une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d’urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation, la carence fautive de l’État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d’existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l’intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l’État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l’État, qui court à l’expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l’article R. 441-16-1 du code de la construction et de l’habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.

En ce qui concerne la faute :

La commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a reconnu, le 4 novembre 2020, le caractère urgent et prioritaire de la demande de M. B... au motif qu’il était menacé d’expulsion et sans solution de relogement. Toutefois, le préfet n’a fait aucune offre de logement à M. B... dans le délai de six mois qui a suivi cette décision, soit avant le 4 mai 2021.

Il résulte de ce qui précède que la carence fautive dont l’État a fait preuve dans la mise en œuvre de son obligation de relogement à l’égard de M. B... est établie.

En ce qui concerne l’évaluation des préjudices :

Il résulte de l’instruction que M. B... occupe, depuis le 16 mai 2012, avec son épouse et leurs trois enfants mineurs un appartement situé 13 résidence des coquelicots à Nanterre, dont il est menacé d’expulsion avec octroi de la force publique le 19 mai 2021. Le requérant est, dès lors, fondé à soutenir que la carence de l’État à assurer son relogement, fautive à compter du 4 mai 2021, a entraîné des troubles dans ses conditions d’existence devant être réparés.

Il résulte de ce qui précède que, compte tenu des conditions de logement de M. B... qui ont perduré du fait de la carence de l’État, de la durée de cette carence, qui a elle-même perduré jusqu’à la date du présent jugement et de la composition de son foyer, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en évaluant l’indemnisation due à la somme totale de 8 000 euros.

Il résulte de tout ce qui précède qu’il y a lieu de condamner l’État à verser à M. B... la somme de 8 000 euros tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

M. B... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susmentionnée. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, et sous réserve que Me Lalanne, conseil de M. B..., renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État, de mettre à la charge de l’État le versement à Me Lalanne de la somme de 1 100 euros.




Par ces motifs, le tribunal décide :


Article 1er : L’État est condamné à verser à M. B... la somme de 8 000 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Article 2 : L’État versera la somme de 1 100 euros à Me Lalanne, conseil de M. B..., sous réserve qu’il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État au titre de l’aide juridictionnelle, sur le fondement des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., à Me Lalanne et au ministre de la ville et du logement.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2026.


La magistrate désignée,
Signé
Z. Saïh
La greffière,
Signé
Leborgne



La République mande et ordonne au ministre de la ville et du logement en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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