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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2417680

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2417680

mercredi 12 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2417680
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantPOMMELET

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé l’arrêté du 23 novembre 2024 par lequel le préfet de police avait obligé M. A., ressortissant ivoirien, à quitter le territoire français et fixé le pays de destination. Le tribunal a jugé que le préfet avait méconnu les dispositions du 2° de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, car M. A. avait demandé le renouvellement de son titre de séjour avant son expiration et ne s’était donc pas maintenu irrégulièrement sur le territoire. En conséquence, la décision fixant le pays de destination a également été annulée. L’État a été condamné à verser 1 000 euros au requérant au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 et 10 décembre 2024, M. B... A..., représenté par Me Pommelet, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 23 novembre 2024 par lequel le préfet de police l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d’enjoindre au préfet de police de procéder à l’effacement de son signalement dans le système d’information Schengen ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les dispositions du 2° de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dès lors qu’il a demandé le renouvellement de son titre de séjour dans les délais ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, en l’absence de vérification préalable de son droit au séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de sa situation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale en raison de l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire français ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen suffisant de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 avril 2025, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 15 mai 2025, l’instruction a été close avec effet immédiat.

Un mémoire, présenté pour le requérant, a été enregistré le 16 octobre 2025, postérieurement à la clôture de l’instruction, et n’a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme David-Brochen a été entendu au cours de l’audience publique.

Les parties n’étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

M. B... A..., ressortissant ivoirien né le 26 octobre 2003, est entré en France le 30 juin 2019 selon ses déclarations. Il a été muni d’un titre de séjour temporaire portant la mention « salarié » valable du 29 septembre 2023 au 28 septembre 2024. Par un arrêté du 23 novembre 2024, le préfet de police l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, il demande au tribunal d’annuler cet arrêté.



Sur les conclusions aux fins d’annulation :

Aux termes de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu’il se trouve dans les cas suivants : / 2° L’étranger, entré sur le territoire français sous couvert d’un visa désormais expiré ou, n’étant pas soumis à l’obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s’est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d’un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré. (…) ».

Il ressort des pièces du dossier que M. A... a sollicité le renouvellement de son titre de séjour le 29 août 2024, soit avant l’expiration de son titre de séjour le 28 septembre suivant, et que, dès le lendemain, les services préfectoraux l’ont convoqué à un rendez-vous, le 8 novembre 2024, pour l’enregistrement de sa demande. Ce rendez-vous a ensuite été décalé au 10 décembre 2024, date à laquelle M. A... a été muni d’un récépissé valable jusqu’au 9 juin 2025. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir qu’il ne s’est pas maintenu sur le territoire français sans demander le renouvellement de son titre de séjour. Par suite, le préfet de police a méconnu les dispositions du 2° de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile en l’obligeant, pour ce motif, à quitter le territoire français.

Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que la décision portant obligation de quitter le territoire français attaquée doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, la décision fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

Le présent jugement n’implique pas qu’il soit enjoint au préfet de police de procéder à l’effacement du signalement de M. A..., qui n’a pas fait l’objet d’une interdiction de retour sur le territoire français, du système d’information Schengen. Ses conclusions à fin d’injonction doivent donc être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


















D E C I D E:



Article 1er : L’arrêté du 23 novembre 2024 par lequel le préfet de police a obligé M. A... à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination est annulé.

Article 2 : L’Etat versera à M. A... une somme de 1 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet de police.


Délibéré après l’audience du 17 octobre 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme Mathieu, présidente ;
- Mme Mettetal-Maxant, première conseillère ;
- Mme David-Brochen, première conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2025.




























La rapporteure,
signé
L. David-Brochen

La présidente,
signé
J. Mathieu

La greffière,


signé


A. Pradeau

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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