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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2504410

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2504410

jeudi 3 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2504410
TypeDécision
Avocat requérantMERIAU

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a suspendu l'exécution de la décision du préfet des Hauts-de-Seine refusant le renouvellement du titre de séjour pour raisons médicales de M. A, ressortissant ivoirien. La condition d'urgence a été présumée remplie en raison du refus de renouvellement, et un doute sérieux a été retenu quant à la légalité de la décision, notamment au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a enjoint au préfet de délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et a mis à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 mars 2025, M. B A, représenté par

Me Meriau, demande au juge des référés statuant sur le fondement des dispositions de l'article

L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner, la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé le renouvellement de son titre de séjour, contenu dans l'arrêté du

28 janvier 2025, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, l'autorisant à travailler, sans délai sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de réexaminer sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est présumée dès lors qu'il s'agit d'un refus de renouvellement de titre de séjour ; qu'en outre, la décision contestée a eu comme conséquence d'interrompre son activité professionnelle ; il est donc privé de ressources alors qu'il est atteint de deux pathologies lourdes ;

- la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision est remplie dès lors que la décision attaquée :

* elle est entachée d'un vice de procédure tiré de l'illégalité de l'avis des médecins de l'OFII, lequel méconnaît l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 ;

* elle est entachée d'une erreur de droit, le préfet des Hauts-de-Seine s'étant estimé en compétence liée par l'avis des médecins de l'OFII ;

* elle est entachée d'un défaut de saisine de la commission du titre de séjour ;

* elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le traitement qui est nécessaire à la prise en charge de ses pathologies n'est pas disponible en Côte d'Ivoire ;

* elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation .

La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 28 février 2025 sous le numéro 2503330 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22,

R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- le code de justice administrative ;

Le président du tribunal a désigné Mme Edert pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme El Moctar, greffière d'audience, Mme Edert a lu son rapport et entendu les observations de Me Meriau représentant

M. A.

Le préfet des Hauts-de-Seine n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien né le 14 octobre 1980, a sollicité du préfet des

Hauts-de-Seine, le 10 octobre 2024 le renouvellement de son titre de séjour étranger malade sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et valable jusqu'au 23 janvier 2025. Par une décision contenue dans l'arrêté du 28 janvier 2025, le préfet des Hauts-de-Seine lui en a refusé la délivrance. M. A en demande au juge des référés statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative la suspension de son exécution.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Cette condition d'urgence est, en principe, constatée dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait de titre de séjour. Par suite, M. A demandant la suspension du refus de renouvellement du titre de séjour qui lui a été opposé et le préfet des Hauts-de-Seine ne faisant état d'aucune circonstance particulière de nature à faire échec à cette présomption, dès lors qu'il n'a produit aucune observation en défense, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision :

4. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable au litige : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège./ () ". Aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 susvisé : " () / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle ./L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège. "

5. D'une part, en l'absence de défense par le préfet du Hauts-de-Seine, les moyens relatifs aux vices de procédure tirés de l'irrégularité de l'avis des médecins de l'OFII annexé à l'arrêté dont est entachée la décision de rejet de la demande de renouvellement du titre de séjour du requérant sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à sa légalité. D'autre part, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est également de nature à faire naitre un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction

6. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ". Il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des seules obligations provisoires qui en découlent pour l'administration.

7. L'exécution de la présente ordonnance implique qu'il soit enjoint au préfet des

Hauts-de-Seine, dans un délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance, de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour, l'autorisant à travailler, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision en litige.

Sur les frais liés au litige :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 28 janvier 2025 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler le titre de séjour de M. A est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour, l'autorisant à travailler, dans un délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance, et valable jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision du 28 janvier 2025 portant refus de renouvellement de son titre de séjour.

Article 3 : L'État versera à M. A une somme de 1 000 euros en application de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 3 avril 2025.

La juge des référés,

Signé

S. Edert

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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